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Les autorités françaises promettent une sécurité maximale pour l'Euro-2016 en France mais en privé, policiers, hauts responsables et experts craignent le pire, dans la perspective d'un événement qui représentera une cible idéale pour le groupe État islamique. Après les attentats du 13 novembre à Paris et du 22 mars à Bruxelles, des voix s'élèvent pour affirmer qu'une manifestation d'une telle ampleur, qui va attirer des millions de personnes et la presse du monde entier du 10 juin au 10 juillet, sera quasiment impossible à protéger et offrira à tout agresseur une caisse de résonance sans pareille.

"Pour l'Euro, on flippe vraiment très, très fort" confie à l'AFP un membre des services anti-terroristes qui demande à rester anonyme. "J'ai participé récemment à une réunion avec des gars du comité d'organisation. Ils envisageaient un attentat, savoir si les matchs pourraient reprendre le lendemain, ou le jour d'après. Je fulminais dans mon coin. J'ai pris la parole et demandé : 'A partir de combien de morts on arrête tout ?'" "Le pire, ce sont ces fameuses fans-zones", dit-il. "Une belle ânerie. Comment vous protégez ça ? D'ailleurs nous savons que plusieurs municipalités se tâtent sérieusement, envisagent de les annuler. Ils ne trouvent même pas sur le marché assez de vigiles privés. Et de toutes façon, ce ne sont pas eux qui pourront empêcher quoi que ce soit".

Les attaques de Paris contre les terrasses de restaurant ont prouvé qu'en ouvrant le feu sur ce que les spécialistes appellent des "cibles molles", rassemblements de civils pris au hasard, l'impact terrorisant était le même, voire supérieur.

Si les fans-zones, lieux clôturés où il est prévu que quelque sept millions d'amateurs de foot se rassemblent devant des écrans géants, sont gardées, il suffira de s'en prendre à un bar bondé à cent mètres de là pour symboliquement attaquer l'Euro-2016 et parvenir au même résultat.

Une source policière assure que "trouver la parade contre des terroristes qui peuvent attaquer à tout moment avec des kalachnikovs, c'est impossible (...). Mais on ne peut pas remettre en cause un tel événement, même si la menace terroriste est élevée et qu'un attentat est possible. Fermer des matchs au public ou renoncer aux fans-zones ne serait pas la solution et donnerait une image déplorable de la manifestation. Nous sommes préparés à réagir en cas d'attentat, et c'est malheureusement une possibilité".

Pour Yves Trotignon, ancien analyste anti-terroriste à la DGSE (service de renseignement extérieur), "le problème c'est que symboliquement et économiquement, personne ne peut se permettre d'annuler l'Euro. Il va falloir tenir le choc. Mais tout le monde flippe, à juste raison".

"Le premier cauchemar", ajoute-t-il, "ce serait d'être confrontés à de grosses équipes terroristes, genre Bruxelles. Ils ont tout le temps de se préparer : on connait les dates, les lieux, ils ont tout le temps de faire leurs repérages. C'est comme attaquer une banque : les gars peuvent passer des mois à étudier comment faire le coup".

"Le second cauchemar, ce serait l'action indépendante d'un type qui va agir seul", ajoute-t-il. "Il agit de façon autonome, au nom de la cause, sans que rien ne puisse permettre de le détecter à l'avance : pas de coup de téléphone, pas de message qui passe. Imparable".

En plus des enjeux politiques et économiques, le déroulement de l'Euro-2016 va également influer sur le choix de la ville-hôte des Jeux Olympiques de 2024, qui va être fait en 2017. Paris est candidate, comme Los Angeles, Rome et Budapest.

"Pour la France, comme pour tous pays, le dossier sécurité est donc très important" assure Pascal Boniface, amateur de football et directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). "Mais il faut dire la vérité : le risque zéro n'existe pas. Rien n'est plus facile que d'organiser un attentat. Vous protégez mille cibles, c'est la mille-unième qui va être visée (...) Passer en voiture et tirer sur une foule de piétons, c'est à la portée de beaucoup de monde.