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Voilà bien un sujet délicat: cerner les managers des joueurs en Belgique. Officiellement, ils sont quarante-deux, reconnus par l'Union belge, détenteurs d'une licence nationale. Dans la réalité, malgré les efforts de la Fifa et de la Fédération belge, tout est bien plus flou. Certains managers sont carrément persona non grata dans des clubs de l'élite. D'autres formations travaillent exclusivement avec certains agents - on connaît des clubs de division 1 où les joueurs doivent changer de manager pour signer un contrat. D'autres joueurs sont entourés d'avocats, qui peaufinent leurs contrats ou certains, encore, se débrouillent tout seul.

«Soyons clairs: dans les clubs, je suis présumé... coupable», explique Serge Trimpont, agent Fifa depuis trois ans, et auparavant journaliste puis dirigeant. «Et je comprends les dirigeants. Notre profession n'est pas assez protégée, car malgré les efforts de la Fédération, les règles d'admission sont laxistes. Dès lors, avec un tel accès à la profession, c'est la guerre, où chacun défend son territoire à tout prix...»

C'est que l'os qu'ils rongent est de plus en plus petit. Quarante-deux managers dans le Royaume pour... une vingtaine de transferts depuis le début du mois de juin et dix vrais talents dans le championnat, ce sont des facteurs de crise, pour eux comme pour les autres. «Personnellement, les rigolos qui sont là pour un one-shot ne me dérangent pas», explique Yves Baré, l'ancien Diable rouge et joueur du FC Liégeois, manager depuis 1986. «Evidemment, c'est râlant de voir que les clubs sont prêts à négocier avec le boucher du coin s'il leur propose un bon joueur. Mais à la longue, les comiques s'effacent d'eux-mêmes...»

Par contre, tous les managers sont d'accord, pour les nouveaux, c'est la galère. Faire une place au soleil alors que tous les beaux rôles sont déjà occupés, c'est un sacerdoce. «Il faut être imaginatif», précise Daniel Striani, manager officiel depuis septembre 2001. «Les vedettes du championnat sont toutes déjà prises. Si on veut faire son trou, il faut aller voir des matchs des équipes de jeunes et dénicher les futurs talents...»

C'est donc un drôle de jeu qui se met en place, un jeu de charme, d'abord, entre l'agent et le joueur. Un jeu d'argent, ensuite, avec les clubs. «Que ce soit bien clair, poursuit Yves Baré. Depuis 1986, je n'ai jamais pris un franc à un joueur. Tout l'argent vient des commissions qu'on touche des clubs. C'est le paradoxe du système: on doit défendre l'intérêt des joueurs, mais ce sont les clubs, au bout du compte, qui délient les cordons de la bourse...»

Un leitmotiv repris en choeur par tous les managers interrogés qui insistent sur ce point: leur commission est payée par les clubs (lors d'un transfert ou d'un renouvellement de contrat). En moyenne, on estime qu'elle avoisine les 7pc du salaire annuel brut du joueur.

Et pour l'instant, vu le marché, les comptes en banque restent plutôt muets. «L'âge d'or est passé, poursuit Yves Baré. Quand on voit que le transfert de Beckham ne représente qu'un tiers de celui de Zidane, il y a deux ans, c'est un bon paramètre. Désormais, les clubs y regardent à plusieurs reprises avant de se lancer. Un exemple: Utrecht a visionné 12 fois Stefan Tanghe avant de se décider...»

En outre, les managers veulent aussi prouver leur sérieux en multipliant les services offerts. «Le cas de Blondel est significatif à ce propos, explique Serge Trimpont. Jean-Pierre Detremmerie prétend que j'ai gagné beaucoup d'argent sans rien faire dans le transfert de Jonathan à Tottenham. Je réponds que le joueur est suivi à plein temps par un représentant de mes associés anglais, qu'il est pris en charge de A à Z et qu'il est mis dans les meilleures conditions pour exercer son métier. L'argent de ma commission a été largement investi...»

© Les Sports 2003