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"Rarement une équipe s'est qualifiée en jouant aussi mal": la BBC donne le ton au sujet d'une équipe d'Angleterre qui a son billet en poche pour le Mondial-2018, mais suscite toujours autant de doutes pour la suite.

Le sélectionneur Gareth Southgate s'est bien gardé de faire des promesses en vue du tournoi l'été prochain en Russie. "Ce que nous devons faire, c'est maximiser nos chances", expliquait-il après la rencontre remportée contre la Slovénie (1-0) jeudi soir. "Est-ce que nous allons devenir l'Espagne en huit mois ? Non, cela ne va pas arriver. Ma façon préférée de jouer et la façon dont nous allons jouer à la Coupe du monde, seront probablement deux choses différentes."

La presse n'est pas tendre. "L'Angleterre va se qualifier pour le Mondial (...) mais pour tout le monde, elle est à mille lieux de pouvoir répéter les exploits de Charlton et des gars de 1966", résumait le Times dans la semaine, en référence à la seule Coupe du monde remportées par les "Trois Lions".

Il faut dire que les dix dernières années ont été cauchemardesques dans les grandes compétitions et en coulisses pour la sélection. Sur le terrain, les déboires se sont enchaînés entre la non-qualification pour l'Euro-2008 et l'élimination dès les huitièmes par la modeste Islande lors de l'Euro-2016.

Scandales à répétition

En dehors, on ne compte plus les scandales: le prédécesseur de Southgate, Sam Allardyce, avait démissionné après 67 jours en poste et un seul match dirigé, piégé par le Daily Telegraph en train de révéler comment contourner les règles sur certains transferts, contre rétribution...

Et les photos de Wayne Rooney dans une soirée très arrosée, en plein rassemblement de l'équipe nationale, n'avaient pas arrangé le tableau. Le problème Rooney est réglé puisqu'il a annoncé sa retraite internationale fin août.

Pour le reste, depuis son arrivée il y a un an, Southgate a apporté un léger vent de fraîcheur et son calme. Marcus Rashford, qui a connu l'ambiance de l'Euro-2016, en témoigne. "Les joueurs forment un groupe d'une manière bien différente qu'à ce moment-là. Le cadre, l'objectif et la vision sont bien meilleurs maintenant. C'est grâce au manager. Tous les joueurs ont embarqué".

L'expérience de Southgate avec l'équipe d'Angleterre en tant que joueur et sa capacité à parler et faire confiance à la nouvelle génération (il a été entraîneur des moins de 21 ans) ont fait du bien.

Mais le technicien ne pourra pas tout changer à lui seul. Il doit maintenant prier pour que Harry Kane ne se blesse pas. Le joueur de Tottenham est indispensable et il l'a encore prouvé en marquant dans le temps additionnel contre la Slovénie.

Qui dans les buts ?

Il s'impose à 24 ans en effet comme l'un des meilleurs buteurs du monde, au point de susciter des comparaisons avec Messi et Ronaldo. Avec 13 buts en 8 matches en septembre, il a en tout cas montré sa puissance de feu. Mais, peut-être encore plus important pour l'Angleterre, le Londonien prend peu à peu le rôle de capitaine. Southgate voit d'ailleurs en Kane un "genre de modèle absolu" pour les autres joueurs.

Avec Kane, tout va bien en attaque, mais le sélectionneur a un casse-tête à gérer à l'arrière. Si Gary Cahill est un titulaire indiscutable en défense centrale, le nom de l'autre pendant de la charnière n'est pas encore gravé dans le marbre. Phil Jones (Manchester United) a la cote, mais ses blessures à répétition le freinent. John Stones, l'un des défenseurs les plus chers du monde, est en train de se montrer dans le sillage d'un début de saison très réussie avec Manchester City. Harry Maguire (Leicester) et Michael Keane (Everton), loués la saison passée avec Hull et Burnley, peinent eux cette année dans leurs nouveaux clubs.

Et qui mettre dans les buts ? Joe Hart, vraiment ? Ses erreurs ont plombé les "Trois Lions" dans le passé, notamment contre l'Islande. Barré à Manchester City, il enchaîne les prêts, Torino puis West Ham, bien loin du niveau Ligue des champions. Et derrière, ça pousse. Jack Butland (Stoke) et Jordan Pickford (Everton) multiplient les exploits en championnat. Mais le favori des médias, Tom Heaton (Burnley), remplaçant à l'Euro et brillant la saison passée, a du mal à se remettre d'une opération à une épaule. Encore tant de questions...