Football Entretien Envoyé spécial à Liverpool

La nouvelle vie de Milan Jovanovic commence ce soir. À Skopje, à 420 kilomètres de Bajina Basta, la ville où habitent ses parents, il joue son premier match officiel avec Liverpool contre Rabotnicki, en préliminaires de l’ Europa League . Avant son départ, il nous a reçus chaleureusement dans un hôtel luxueux, du centre de Liverpool. "La couleur est restée la même" , sourit-il, en caressant sa veste de training. "Vous connaissez le dicton : ‘Rouge un jour, rouge toujours.’ "Mes fils ne portent que des maillots du Standard. Pas de la Serbie. Du Standard." Quelques heures avant notre rencontre, Milan Jovanovic avait été officiellement présenté à la presse, avec la vedette Joe Cole et le jeune Danny Wilson des Rangers, les deux autres transferts. Là aussi, il avait été confronté avec le Standard, puisque "Standard Chartered", une banque, est le nouveau sponsor principal, figurant sur le maillot des "Reds". "C’est vraiment incroyable , sourit-il. Les journalistes serbes ne cessent d’en faire des blagues. Le Standard ne me lâche pas."

Quatre ans dans le même club, cela ne s’oublie pas.

En effet. J’ai tout donné à ce club. (Après un long silence) Et c’est parce que je l’aime tant, que je suis si déçu. (Il essaie de cacher son émotion ) Ce qui s’est passé lors des trois ou quatre derniers mois m’a fait mal.

Vous ne jouiez plus bien.

Mais je ne le faisais pas volontairement. J’avais plein de soucis. Mon genou, mon contrat à Liverpool,

La Coupe du monde ?

Non. Les gens pensaient que je n’allais pas à fond pour ne pas me blesser en vue du Mondial qui se déroulait en Afrique du Sud. Ridicule ! Tout footballeur sait que la seule façon de ne pas se blesser, c’est de se donner à 100 %. Quand on retire le pied, on se blesse.

A votre départ, pas un adieu…

Le président, D’Onofrio (NdlR : il veut dire Luciano, le vice-président et homme fort) a toujours été très correct avec moi. Comme lors du Soulier d’Or. Il a invité Paul Van Himst, Michel Preud’homme et Wilfried Van Moer. C’était un rêve pour moi. Mais je ne sais vraiment pas pourquoi je n’ai pas pu dire adieu aux supporters. (Il frappe sur la table) Vraiment pas ! Une baisse de forme de deux ou trois mois n’efface quand même pas quatre ans d’histoire commune ? Je m’attendais à plus de la part du Standard. Vous ne trouvez pas que je méritais des fleurs ?

Dix bouquets.

Merci. Quand je fais le résumé de mes quatre ans au Standard, je n’en retiens que les beaux moments. Mais il y a aussi eu des moments difficiles. Pendant six mois, j’ai joué avec des infiltrations alors que je devais me faire opérer d’une pubalgie. La saison passée, j’ai reçu des infiltrations au genou pendant trois mois parce que le Standard jouait en Ligue des Champions. Voilà combien j’aimais et j’aime le Standard. Mais je ne suis pas fâché sur le club. Le Standard, c’est plus que 5 personnes. C’est un grand club. C’est aussi Gerets, Preud’homme, Van Moer, Takac, Dragutinovic, Defour. Et tous les supporters.

Dont certains vous ont sifflé.

C’est vrai, et, honnêtement, cela m’a blessé. (Il prend le quotidien anglais "The Daily Mail" qui est devant lui et l’ouvre brutalement) Mais quand vous lisez tous les jours dans le journal que "Jova" a la tête ailleurs, n’est-ce pas normal de réagir de cette manière ? Or, les gens ne connaissaient pas la vérité. Et personne ne va me croire. Absolument personne ! Je n’étais pas dans le "Top 5 "des meilleurs salaires. Pas dans le "Top 5", my friend ! Quand Dieumerci Mbokani, moi ou Axel Witsel disons, avant le début de la saison, que nous souhaitons partir, les supporters du club ne comprennent pas pourquoi. Mais ils ne connaissent pas notre situation. Liverpool est peut-être mon dernier club.

N’allez-vous pas rejouer en Serbie ?

Never, jamais ! Dans trois ou cinq ans, ma carrière sera peut-être terminée. Il faut que j’assure mon avenir et celui de ma famille. (Il montre son horloge) Le temps ne s’arrête pas. Je dois gagner mon argent maintenant. Si je réussis à Liverpool, c’est bon pour le football belge. Donc, suivez-moi tous et soyez mon supporter. Moi, je vais continuer à suivre le championnat belge. On dit souvent que son niveau est faible, mais c’est faux. La Belgique me manque déjà. J’y avais plein d’amis.

Merci, “Jova”, et bonne chance.

Une dernière chose. Passez le bonjour à tous les Standardmen. Et également aux rivaux d’Anderlecht et de Bruges. Et j’en oublie tant d’autres. (Rires)