Football

Le Sporting d'Anderlecht a annoncé ce vendredi que le projet de stade national n'était "plus conciliable" avec les développements que le club entend entreprendre à long terme. Réelle volonté de se retirer du deal ou nouveau coup de musculation du RSCA ? "Je ne sais pas mais c'est en tout cas très interpellant", glisse Emmanuel De Bock. Pour ce député bruxellois, qui suit le dossier "stade" pour le FDF, "les masques tombent".

Car, bien que des accords soient intervenus en juin dernier entre le club, la ville de Bruxelles et le consortium Ghelamco-BAM, le député soupçonne qu'aucun engagement écrit n'ait fixé le montant que le Sporting devrait engager. "Malgré les poignées de mains, il n'y a pas d'accord sur le prix", affirme-t-il. Le montant de la location du stade par Anderlecht n'a d'ailleurs jamais été divulgué.

De Bock suspecte la Ville de Bruxelles d'avoir déjà réalisé un effort pour que le Sporting (seul club belge de football à pouvoir être locataire fixe) accepte les conditions, en consacrant 4 millions d'euros par an au nouveau stade. "La Ville a mis cela dans la balance pour inciter le club à adhérer au projet", déclare Emmanuel De Bock. "Je regrette les effets d'annonce et le manque de clarté des autorités communales bruxelloises, notamment sur le coût que ce projet représente pour les contribuables. Mais c'est l'apanage du bourgmestre Yvan Mayeur : il ne construit pas les projets en amont puis il entraîne les citoyens et les partenaires dans l'embarras. Regardez le piétonnier..."

Le député soutient également qu'aujourd'hui, "Anderlecht a peur" car le club, toujours propriétaire du stade Constant Vanden Stock, perdrait sa mainmise foncière en devenant simple locataire. En outre, "le Sporting a maintenant obtenu les accords pour construire la fameuse troisième couronne de tribunes dans sa propre enceinte anderlechtoise." Une telle extension coûterait 40 à 50 millions d’euros au club belge, soit cinq ans de loyer versé pour occuper le futur stade national. "Les dirigeants du Sporting sont des businessmen, il est donc normal qu'ils veuillent faire une bonne affaire. Anderlecht a d'ailleurs joué avec le stade national pour obtenir le permis d'agrandissement qu'il attendait tant."

Il n'empêche, vu la proximité de l'Euro 2020, le temps presse, tant pour la construction de l’Eurostadion que pour celle du parking. Des accords vont donc devoir être scellés. D'autant que des recours sont envisageables, ce qui retarderait les démarches. "Est-ce que tout cela en vaut la chandelle ? Nul doute qu'Anderlecht se pose la question", estime M. De Bock.

Le porte-parole du club a d'ailleurs apporté des précisions en début d'après-midi. "Notre porte est toujours ouverte et une reprise des négociations est donc toujours possible", a déclaré David Steegen. Cependant, le coût de la location (entre dix et onze millions d'euros annuels) pose problème. "Le projet n'est pas à portée d'Anderlecht, ni financièrement, ni structurellement", a précisé M. Steegen. "Nous avons le devoir de rester rationnels dans cette affaire. C'est l'avenir du club qui est en jeu et vous pouvez dès lors évaluer l'importance de la décision finale qu'il faudra un jour prendre..."

L'opposition bruxelloise très critique

De leur côté, les conseillers communaux du cdH et du FDF à la Ville de Bruxelles ont qualifié de "bombe" et de "gifle pour (l'échevin des Sports de Bruxelles) Alain Courtois" la décision du RSCA.

Joëlle Milquet, cheffe de groupe cdH et Hamza Fassi-Fihri, conseiller communal cdH de la Ville de Bruxelles, ont appris "avec stupéfaction" la décision du Sporting de se désengager du projet du stade national. "Cette décision est une véritable bombe dans ce dossier, qui avait déjà mal commencé quand la Ville a renié une première fois sa parole de ne pas injecter de fonds publics dans son financement, il y a à peine trois mois", soulignent-ils. Le groupe cdH de la Ville de Bruxelles demande la tenue urgente d'un conseil communal où le bourgmestre Yvan Mayeur et son échevin Alain Courtois devraient venir s'expliquer.

La même stupéfaction est de mise pour le chef de file des FDF à la Ville. Fabian Maingain qualifie de "gifle adressée à Alain Courtois" la décision du RSCA. Si le scénario d'un nouveau stade devait être définitivement abandonné, il faudrait alors envisager, au plus vite, la rénovation du Stade Roi Baudouin, insiste le FDF.

Quant au groupe Ecolo-Groen, il dit être "stupéfait" et évoque "un épisode de plus dans une saga qui tourne au vinaigre pour le Collège de la ville de Bruxelles qui a poussé ce dossier sans vision d’ensemble, en faisant cavalier seul sans tenir compte des nombreux avertissements de l’opposition". Marie Nagy chef de groupe rappelle que, dès la présentation du bail emphytéotique signé par le bourgmestre de Bruxelles, Yvan Mayeur, et son Echevin des Sports, Alain Courtois, "nous avons demandé de la transparence et ainsi prendre connaissance de l’accord financier de location entre le groupe BAM Ghelamco et Anderlecht, un point crucial dans le business plan. Le Collège, comme a son habitude, a préféré gérer ses petites affaires entre amis, rétorquant que cela ne nous regardait pas".