Football

Le changement n’était pas pour maintenant. Entassant les propositions de transfert avant même le coup de feu du mercato d’été, Cyril Théréau n’avait pas à penser à ses vieux jours, à son épargne-pension et à sa chaise longue de retraité. Du moins, pas maintenant.

Fournissant les vêtements, les conseils, les coups de main au coeur de son nouveau magasin (le "Buzz Store", fraîchement né du côté de Charleroi), l’attaquant du Chievo Verone n’aura pourtant pas attendu le "début de la fin" pour éviter les sauts dans le vide et la chute du lendemain : "Même si je signe cet été un nouveau contrat qui peut me mettre à l’abri pour le restant de mes jours ainsi que ma famille, je ne pourrai jamais rester inoccupé. J’avais besoin de déjà trouver des choses qui pourraient me maintenir dans le circuit une fois ma carrière terminée. Et puis, je préférais investir mon argent plutôt que de le laisser dormir sur un compte."

La reconversion avant l’heure aura donc commencé par quelques placements dans l’immobilier (les plus prisés par les joueurs), continué avec l’ouverture d’un concept "Sportbar" proche d’Anvers avant de toucher son public le plus large avec le récent lancement du "Buzz Store" sous forme de comptoir privé (vente de vêtements) : "Je voulais faire quelque chose pour la région de Charleroi. Connaissant le public local pour avoir longtemps joué ici, je me disais que leur offrir des vêtements de marque à prix cassés correspondait à une forme de demande avec laquelle l’offre n’était pas encore parvenue à s’accorder."

Pourquoi lui ?

Météorite dans le monde du football, Cyril Théréau apparaît aujourd’hui comme l’un des rares joueurs préoccupés par sa reconversion. Car alors qu’une dizaine de joueurs du championnat belge pourraient à ce jour s’offrir le luxe de vivre leur carrière sportive sans se soucier des collusions de la vie, d’une éventuelle banqueroute ou simplement de leur avenir financier. Le salaire moyen du footballeur de division 1 étant approximativement de 200 000 bruts (sous forme de package incluant généralement une voiture et un logement), rares sont en effet ceux à pouvoir s’assurer une retraite au soleil.

Pourtant, comme la fiche de paie mensuelle ressemblait à celle d’un contrat à durée indéterminée, la plupart des joueurs de l’élite n’envisagent pas leur vie au-delà de leur 35e année. Une affaire de personnalité sans doute. De logiciel de pensée aussi. De formation, certainement. De circonstances, naturellement.

"J’ai commencé à prendre conscience du fait qu’il y avait une vie après le football au moment de quitter Anderlecht", précise Cyril Théréau. "En passant du Sporting à Charleroi, j’ai dû diviser mon salaire par deux. Sur le moment, je ne me suis même pas rendu compte de ce que cela représentait. Puis, il y a un moment où cela vous fait réfléchir."

Réfléchir au matelas sur lequel vous ne vous coucherez plus une fois votre carrière terminée. Réfléchir à l’éducation de vos enfants, à l’assurance financière que cet argent aurait procurée à votre famille élargie : "Mon fils a par exemple changé ma vie. Puisqu’il vit à Bruxelles, il était clair pour moi que tous mes investissements se feraient en Belgique".

La biographie sportive de Cyril Théréau (blessures, coups durs avant son incroyable envolée italienne qui pourrait le mener cet été au Milan AC), son intelligence, son entourage et ses jeunes années (il ne fut jamais un produit traditionnel des centres de formation français) l’auront aujourd’hui amené à ouvrir les portes du "Buzz Store". Un cas unique qui ne demande qu’à faire école .