Football

Mon rêve était de venir jouer en Europe, comme pour tous les jeunes footballeurs africains () Je logeais chez mon manager mais je payais moi-même mon train pour me rendre dans les clubs qui voulaient me tester () Lors de mon transfert de Saint-Trond vers Beveren, je n'ai pas touché un franc () Ici en Europe, tous les footballeurs africains ont une histoire. Lors de notre première arrivée ici, on s'est tous fait baiser (sic).

Ces déclarations sont de Souleymane Oularé, l'attaquant guinéen qui faisait encore trembler il y a peu toutes les défenses belges, avec Genk, avant de s'envoler vers des cieux plus rémunérateurs en Turquie et de finalement se retrouver en Espagne, à Las Palmas.

Il raconte ses débuts difficiles, quand il est arrivé chez nous alors qu'il n'avait que 17 ans, à visage découvert devant la caméra de Venant Assih, un journaliste togolais installé en Belgique qui a tourné un reportage sur les négriers du foot. Un reportage qui a malheureusement été rangé au placard par ses producteurs, mais dont nous avons pu visionner les rushs.

MENACES ET COUPS

Pourtant le journaliste n'a pas ménagé sa peine et a même dû faire face à des tentatives d'intimidation. Il y a deux, trois ans, J'ai été contacté par un journaliste sportif qui, au courant des mésaventures d'un joueur togolais, m'a demandé si cela m'intéressait de tenter de recueillir son témoignage parce qu'il ne voulait pas en parler. Comme nous étions de la même nationalité, il a eu confiance et a accepté de me parler de ses difficultés. De fil en aiguille, j'ai découvert d'autres cas et j'ai décidé de mettre sur pied un reportage audiovisuel pour dénoncer ce qui est un véritable trafic.

Finalement Venant Assih décide également de prendre contact avec le secrétaire-général d'un grand club de notre élite. Il m'a reçu pour répondre à mes questions sur les transferts des joueurs africains mais a commencé à tourner autour du pot. Je lui ai alors posé des questions sur un cas précis que je connaissais et il m'a répondu qu'apparemment, je ne savais pas ce qui se passait, il m'a donné sa carte en me disant que si j'allais trop loin je prenais des risques en faisant le geste, avec sa main, d'un revolver pointé sur ma tempe. Mise en garde ou menace?

Là j'ai paniqué mais j'ai continué. J'ai également appelé un manager, basé à Anvers, qui est bien connu pour se faire du fric en rapportant, en Belgique, des jeunes joueurs africains. Je lui ai demandé plusieurs fois d'avoir un entretien pour qu'il m'explique comment il pratiquait son boulot mais il a toujours refusé. Un jour, je me suis donc rendu au siège de sa société, caméra à l'épaule. Quand j'ai sonné à la porte et qu'on m'a fait rentrer, je me suis retrouvé entouré d'armoires à glace qui m'ont jeté dehors sans ménagement, j'ai même été blessé par un coup reçu sur le péroné. Pourtant, notre homme est lui-même d'une stature imposante.

Je me suis représenté une seconde fois sans caméra et le manager en question est venu lui-même me dire que je me trompais d'adresse. Quand il a vu que je n'étais pas dupe, il m'a demandé la raison de ma venue mais a refusé de m'accorder une interview et m'a ordonné de déguerpir tout de suite inon toi et ta voiture allez sauter . Heureusement, j'avais pris la précaution de banaliser les plaques d'immatriculation du véhicule avec lequel j'étais venu puisque j'ai appris, par après, qu'il avait fait rechercher ce véhicule. J'ai aussi reçu plusieurs messages inquiétants sur mon portable.

MILIEU ORGANISÉ

Pour le journaliste togolais, il n'y a pas de doutes, il s'agit d'un milieu organisé. Bien sûr, ils se connaissent tous. Les clubs savent à qui s'adresser pour trouver un joueur pas cher, les managers savent chez qui aller pour recevoir des permis de séjour plus facilement. C'est un milieu où seul l'argent compte.

Parmi les autres découvertes de Venant Assih: un dortoir dans une localité wallonne, où un manager sans licence officielle, garagiste de profession, stockait quinze à vingt joueurs dans l'attente de leur trouver un club. J'ai été amené là par un jeune Africain qui y dormait.

Pour Venant, tout le monde doit prendre ses responsabilités pour mettre fin à cela. Parce qu'il ne faut pas oublier que la grande majorité de ces joueurs ne sont pas venus tout seul, on a été les chercher avant de les abandonner à leur sort. Ce n'est pas humain.

© La Libre Belgique 2001