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Une grande équipe d’Europe a fait ses adieux à la Ligue des champions avec la chute du FC Barcelone à Chelsea (2-4) en 8e de finale retour, mercredi à Londres, dans une rencontre emplie d’un souffle exceptionnel, fait d’instants de grâce et d’un suspense insensé.

Les yeux des supporteurs de Chelsea s’embraseront longtemps au souvenirs de cette folle soirée. Johan Cruyff, l’ancienne star néerlandaise et ex-entraîneur du Barça, avait insinué avant ce match que le style des «Blues», jugé laborieux et défensif, le «dégoûtait» du football.

Cet apôtre du beau jeu pouvait être rassuré, mercredi soir. Sans montrer peut-être la même créativité collectivité que le Barça, sans disposer du génie individuel d’un Ronaldinho, Chelsea a aussi su faire frissonner de plaisir ses supporteurs et des millions de spectateurs. «Nous sommes en quarts de finale et nous avons battu la meilleure équipe du monde, selon la presse», savourait Jose Mourinho, l’entraîneur des «Blues», toujours controversé pour son comportement en coulisses, mais dont la hargne et l’envie de vaincre rejaillissent assurément sur ses joueurs.

L’influence du Portugais est ainsi évidente sur un joueur comme Joe Cole. Le milieu de terrain anglais, réputé indolent et peu combatif, est apparu transformé. Après le premier but de Gudjohnsen, sa frappe contrée a permis à Lampard de marquer à son tour, et enfin sa passe parfaite vers Duff a enfoncé les Espagnols, menés 3-0 après 19 minutes.

Revenus au score 3-2 et un instant qualifié par la magie de Ronaldinho, les Espagnols ont eu les opportunités de sceller leur destin en seconde période. Mais leur maladresse en certaines occasions, la classe de Petr Cech, le gardien tchèque de Chelsea, la plupart du temps, les en ont empêchés.

Et le dernier but -peut-être entaché d’une faute sur Victor Valdes, le gardien catalan- du capitaine John Terry, de la tête sur un corner de Damien Duff, a résonné comme la récompense de l’esprit de corps des Londoniens, peut-être moins naturellement talentueux, mais sans doute moins fragiles.

«J’ai aimé la fin de ce match beaucoup plus que certains autres matches qui étaient plus importants pour moi», expliquait Mourinho, aussi transporté d’une joie franche et sincère qu’il avait exprimé une retenue presque condescendante lors de son succès en finale de la C1 avec Porto face à Monaco (3-0) l’an passé.

Le FC Barcelone, brillant dans l’intuitivité offensive, a payé le prix de ses erreurs individuelles dans son habituel point fort: la conservation du ballon. Les buts anglais ont souvent eu pour origine des pertes de balle espagnoles en milieu de terrain, pas compensées par une défense mal assurée.

«C’est bien si les gens disent que nous avons laissé une bonne impression, mais je préfèrerais vous parler en ayant remporté ce match», lâchait Frank Rijkaard, l’entraîneur barcelonais, pour qui la défaite était rendue plus amère encore par les accusations de collusion avec l’arbitre lancées à l’aller par Mourinho.

La soirée de mercredi a d’ailleurs été ternie par des débordements entre stadiers anglais et joueurs de Barcelone dès la fin du match. Samuel Eto’o s’est plaint d’avoir été traité de «singe», ce qui devrait conduire à une enquête de l’UEFA. Une triste fin à une nuit qui aurait dû rester magique.