Football

De mémoire de supporters les matches entre le Sporting d'Anderlecht et le Standard ont toujours eu une saveur particulière, un parfum très spécial. Pour Jos Daerden, un ancien de la maison «rouche», il s'agit de l'affiche n°1 du championnat belge, bien plus belle, dit-il, qu'un Anderlecht-Bruges ou qu'un Standard-Bruges.

A quoi tient le phénomène? On a écrit des ouvrages entiers sur la rivalité entre les deux clubs. Elle a traversé les décennies et fait l'histoire du football belge. Elle n'a jamais empêché le respect et tient à toute une série de paramètres.

A la personnalité des dirigeants des deux clubs, par exemple. Il fut un temps où les stars n'étaient pas que sur le terrain. Dans les coulisses ont oeuvré des monstres sacrés, comme Constant Vanden Stock et Roger Petit. Et sur le banc ont pris place des entraîneurs prestigieux et malins qui faisaient des confrontations entre les deux équipes de superbes parties d'échec.

Au style de jeu des deux «maisons». La marque de fabrique des «Mauves» a toujours été l'élégance technique. Il fallait enfiler le smoking pour évoluer au Sporting et le public ne pouvait admettre une victoire sans panache, un succès sans spectacle. Au Standard, on a toujours privilégié l'engagement, la volonté, le jusqu'au-boutisme, l'enthousiasme. Gagner en bleu de chauffe importait peu pourvu que le public ait vibré nonante minutes durant. Cette analyse est un peu courte, on en conviendra. Des artistes ont enflammé Sclessin et on a compté quelques déménageurs au Parc Astrid. Avec le temps, les différences de «look» se sont largement estompées mais quand même, les deux formations conservent un fonds de jeu qui leur est propre.

Réputés plus bourgeois dans la capitale, plus populaires dans la Cité Ardente, les supporters des deux camps n'ont pu éviter, hélas, que germent dans leurs rangs quelques mauvaises herbes. Elles ont, en diverses occasions, pourri les confrontations entre les deux clubs. On ose croire qu'il n'en ira pas ainsi ce vendredi.

Quoi qu'il en soit, il y a belle lurette que l'enjeu n'avait plus été si grand. Il faut remonter à la saison 1994-1995 pour retrouver match aussi déterminant. C'était pour le compte de la 30 éme journée. Le Standard s'était déplacé à Anderlecht avec 46 pts et 19 victoires alors que son hôte comptait 44 pts et 19 victoires également. Johan Boskamp entraînait l'équipe visitée, Robert Waseige le cercle visiteur. A la 34eminute de jeu, un intenable Marc Degryse ouvrait la marque pour les «Mauves». Cinq minutes plus tard, tout était dit. A la 37e, Goossens remettait le Standard en position de force mais à la 39e, Rutjes, le grand Néerlandais du Sporting, fixait le score et mettait son équipe sur orbite. Des incidents de jeu, il y en eut quelques-uns, comme l'exclusion, finalement sans conséquence de Filip De Wilde, et le but injustement refusé à Wilmots, en fin de rencontre. Quand on vous dit qu'un Anderlecht-Standard n'est jamais un match comme un autre...

© La Libre Belgique 2006