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Ancien coach intérimaire des Diables Rouges, Frank Vercauteren a rédigé les conclusions d'une étude intéressante sur le fonctionnement de l'équipe nationale. La fédération n'a pas daigné en prendre connaissance...

Le retrait volontaire de Stijnen vous surprend-il ?

Non. Je le juge simplement regrettable. Notre football de représentation y perd toujours quand un joueur pressenti en équipe nationale renonce à sa présélection. Mais je comprends et je défends totalement Stijnen. J'y vois avant tout un signal. J'espère seulement que la Fédération en tirera des enseignements.

Stijnen n'est-il pas simplement offusqué de n'être plus le numéro un ?

Un sélectionneur qui clame qu'un gardien n'est plus le meilleur ouvre la porte à toutes les spéculations. Mais d'autres éléments sont entrés en ligne de compte. Stijnen a reçu plusieurs signaux. Il n'aurait pas agi de la sorte s'il n'en avait pas été ainsi.

Vous connaissez ces signaux ?

Comment vous sentiriez-vous vous-même si des critiques émanant d'une source bien précise vous prenaient pour cible ? Obtenir un consensus dans une sélection de 25 Diables Rouges est impossible. Ni la presse ni le public ne cautionneront jamais les 25 choix. Mais la fédération, elle, doit le faire. Elle n'a pas suffisamment soutenu Stijnen. Je ne parle pas de Dick Advocaat. Il est un nouveau venu. J'évoque ceux qui critiquent derrière le dos et pas face à face.

Viseriez-vous Philippe Collin, le président de la Commission technique ?

Je ne cite pas de nom. Collin est un membre de la fédération. Mais quand, dans une réunion, on pose trois fois la même question à propos du même joueur, c'est qu'il y a anguille sous roche.

Insinuez-vous que Simons n'a pas été retenu parce qu'Advocaat n'a écouté qu'un seul interlocuteur, Philippe Collin ?

Advocaat a écouté quelqu'un. Il ne peut pas tout savoir. Je le répète : je cautionne à 100 % ses choix. C'est son droit de s'interroger sur Simons. Je regrette simplement qu'on perde des joueurs.

Etes-vous déçu qu'Advocaat ne vous ait pas contacté ?

Absolument pas. Je comprends qu'il ait voulu œuvrer sans a priori. Je lui avais simplement proposé mes services.

Vous avez réalisé une analyse de la situation après votre intérim. L'avez-vous envoyée à la fédération ?

Personne ne me l'a demandée. Certains n'étaient pas intéressés. Parce que j'avais noté des manquements. Je ne l'avais pas fait pour mon plaisir mais pour faire progresser la fédération et notre football.

Que dites-vous des racontars propagés par certains sur la vie des joueurs ?

Les racontars sur les MP3 et les sacoches Louis-Vuitton sont des balivernes. Cela n'a rien à voir. Ce sont des excuses. C'est une question d'éducation. Cela n'entre pas dans la tâche d'un entraîneur. Pas plus que de veiller à ce que les joueurs portent une cravate ou un sac de sport de la fédération. Ce n'était pas à moi, non plus, de résoudre les problèmes nés du match Anderlecht - Standard. Ma tâche était devenue plus difficile que celle d'un agent de police. C'est pour cette raison que j'ai démissionné après l'Arménie. Que pouvais-je encore faire d'autre ?

Pourquoi avez-vous toujours défendu vos joueurs ?

Parce que cela incombe à ma fonction d'entraîneur. Sonck m'a reproché de l'avoir sorti en Arménie ? J'ai apprécié sa manière de la dire : en face. Sonck dit ce qu'il pense. C'est bien. Pocognoli est-il un garçon difficile? Je ne dirai rien de mal de lui. Il a du caractère. Je préfère cela à de la mollesse. Enfin, jamais on n'aurait dû savoir que Mpenza avait oublié ses chaussures.

Cette génération s'épanouira-t-elle avant d'être brûlée ?

Ils ont de l'argent, des femmes, une auto, un statut. Mais ils ont encore beaucoup à prouver. Mais le veulent-ils ? Une participation à un Mondial signifie une semaine de vacances au lieu de cinq. Certains m'ont dit : - vous avez joué deux Mondiaux, un Euro et remporté quelques Coupes d'Europe. Mais quel est l'état de votre compte en banque ?

© La Libre Belgique 2009