Football

Traditionnellement, Vincent Kompany attend la veille d’une rencontre pour se présenter devant les médias. Cette fois, le défenseur s’est rendu en conférence dès le premier jour du rassemblement international. Il ne faut pas y voir une quelconque perte de statut mais bien l’empressement de le retrouver avec l’équipe nationale. Sélectionné en novembre dernier par Roberto Martinez, il avait été obligé de jeter l’éponge durant l’échauffement du match amical aux Pays-Bas. Ce lundi, il espère que son corps lui permettra d’honorer une septante-troisième cape qui se fait attendre depuis près de deux ans.

Durant près de quarante-cinq minutes, il a dégagé une grande impression de confiance. Que ce soit en néerlandais, français, anglais ou même allemand, il a affiché un optimisme qui avait même quitté ses plus grands supporters.

Vincent, quel est votre sentiment au moment de retrouver vos équipiers ?

"Je suis heureux. On peut pratiquement parler d’une nouvelle intégration mais, rassurez-vous, cela se passe très bien. Cela fait déjà quatorze ans que je fais partie de cette équipe et c’est toujours un grand plaisir de retrouver des amis. Il y a encore beaucoup de visages que je connais."

On a parlé du retour du boss en évoquant votre sélection. Appréciez-vous ce qualificatif ?

"C’est marrant mais c’est vrai que j’ai un rôle assez important dans cette équipe. Et puis, je préfère qu’on me surnomme le patron que le grand-père !"

Avez-vous eu des contacts réguliers avec les Diables rouges durant votre longue absence ?

"Beaucoup de joueurs sont des amis car nous avons passé du temps ensemble avant et après la Coupe du Monde brésilienne. Je leur souhaitais souvent bonne chance et les prévenais qu’ils pouvaient compter sur moi s’ils en avaient besoin."

Cela a-t-il été le cas ?

"Non, car il y a suffisamment de joueurs expérimentés dans cette formation pour l’aider à avancer. Et puis, j’ai préféré garder une certaine distance car c’était l’occasion de laisser de plus jeunes joueurs prendre le relais."

On vous avait quitté aux Pays-Bas, où vous avez déclaré forfait pendant l’échauffement. Que s’était-il passé exactement ?

"Je voudrais être précis sur ce point. On peut dire qu’un joueur demande à ne pas jouer car il a peur de se blesser, mais cela n’a pas été mon cas. Dans le cas contraire, j’aurais déjà mis un terme à ma carrière. Avec le temps, j’ai appris à connaître mon corps et, durant cet échauffement, j’ai senti une petite douleur. Je me suis fait une toute petite déchirure à l’aine. Vu les blessures que j’ai déjà connues, je sais exactement quand je suis blessé ou pas, et là, c’était bien le cas. Si j’avais entamé ce match, je serais sorti après deux minutes de jeu. J’ai préféré sortir avant même de commencer. Une humiliation mais je l’ai acceptée (sourire) ."

Avez-vous compris que les supporters doutent de votre retour au plus haut niveau ?

"Bien entendu ! Cela fait partie du football. Tout a été un petit peu exagéré mais, dans ma situation, il était important de rester serein, d’être concentré sur ce qui était vraiment important. Mais je n’en veux à personne, je ne suis pas quelqu’un de rancunier. Et je sais que si je joue un mauvais match avec l’équipe nationale, on dira que je souffre de mes blessures, que je suis trop vieux. Mais si je fais une bonne prestation, certains avanceront que je suis un miraculé et que je signe un incroyable come-back. C’est ça, le foot."

Et vous, personnellement, n’avez-vous jamais douté ?

"Chaque blessure est une surprise pour moi. Ma force est d’être têtu comme une mule car, chaque fois, je me dis que la machine est relancée. J’ai la chance de m’entraîner avec de très grands joueurs à Manchester City et cela m’aide facilement à comprendre où j’en suis réellement dans mon processus de retour. Je n’ai jamais douté de moi. C’est peut-être cette confiance en moi, tellement typique du caractère bruxellois, qui m’y a aidé."

Peut-on parler d’un miracle ?

"Non car, derrière, il y a beaucoup de travail dans l’ombre. C’est-à-dire que je bosse quarante-cinq minutes, voire une heure, avant chaque match ou entraînement. Ce n’est pas que j’en ai absolument besoin, c’est simplement une hygiène de vie. À long terme, je sais que cela aura son importance."

Avez-vous déjà été lassé de ces blessures ?

"Une première blessure suffit à en avoir marre. C’est un défi à relever et j’aime cela. Mais je n’ai pas douté. À partir du moment où je réussis à revenir sans problème à l’entraînement alors que je côtoie de grands noms du football, c’est bon. Si je jette un œil dans le rétroviseur, je peux dire que j’aurais pu atteindre de plus grands sommets dans ma carrière, même si je suis content de ce que j’ai réalisé. Mais en tenant compte de toutes mes blessures, je peux me dire ‘chapeau’."

Roberto Martinez vous a immédiatement sélectionné. Quelle est votre relation avec lui ?

"J’ai déjà beaucoup échangé avec lui. Nous entretenons une bonne relation. Maintenant, c’est à lui de voir comment il veut utiliser mon expérience et celle des autres anciens. Peut-être cela s’est-il déjà organisé en mon absence, je suis seulement en train de tout redécouvrir."

Il y a quelques semaines, vous aviez déclaré que vous pourriez arrêter après le Mondial 2018. Vous confirmez ?

"Cette Coupe du Monde est une belle source de motivation pour moi. Quand je traverse un moment plus difficile, je peux m’y raccrocher. C’est possible que la prochaine année soit ma dernière en équipe nationale, mais ce n’est pas certain. Quoi qu’il arrive, je vais essayer d’en profiter, d’aider les jeunes et de donner du plaisir aux supporters. Et vivre un bon Mondial en Russie."

"Normal qu’Eden reste capitaine"

Le défenseur n’est pas offusqué de ne pas retrouver son traditionnel brassard. Il est même prêt à aider son successeur

Roberto Martinez l’avait expliqué lors de l’annonce de sa sélection : Eden Hazard conserve le brassard de capitaine malgré le retour de Vincent Kompany. "Cela fait pratiquement deux ans que je suis absent. Certains joueurs se sont mis en avant et ont tenu cette équipe durant cette période. C’est donc normal qu’Eden conserve ce brassard", dit-il. "Moi, je suis devenu capitaine car je savais soutenir mon prédécesseur dans ce rôle. Je vais donc essayer de faire la même chose aujourd’hui. Je le soutiendrai à fond. Grâce à mon âge, j’aurai toujours plus d’expérience que lui mais je vais tenter de la lui transmettre."

Le défenseur de Manchester City n’a aucun doute sur la capacité du Brainois à endosser cette responsabilité. "C’est quelqu’un de humble, simple, normal. Il a un grand cœur et se soucie de tout le monde. Nous sommes différents, c’est une évidence, mais il n’y a pas une sorte de capitaine qui réussit mieux que l’autre."