Yannick Ferrera, entraîneur adopté

Entretien Benoît Delhauteur Publié le - Mis à jour le

Football

Ce n’est pas de la fausse modestie. Yannick Ferrera n’aime pas trop se mettre en avant. Nous avons dû insister pendant un petit temps avant que Yannick Ferrera n’accepte de se confier. Mais le jeu en valait la chandelle

Comment vous êtes-vous dirigé, de manière si précoce, vers le métier d’entraîneur ?

J’ai toujours joué au foot. Petit, j’avais le rêve, comme tous les enfants, de devenir un grand joueur. Mais j’ai compris vers 22 ans que je ne ferais pas la carrière dont je rêvais.

A quel niveau avez-vous joué ?

J’ai été quelques mois dans le noyau A de Beveren, en D1. J’ai été repris pour un match, le 20 janvier 2001 contre l’Antwerp. Je m’étais échauffé pendant toute la seconde période mais je n’étais pas monté. Cela dit, je n’en veux pas à mon coach de l’époque Emilio. Je n’étais pas prêt pour jouer à ce niveau.

C’est frustrant, quand on en arrive là, de devoir renoncer à une carrière de joueur pro ?

Non. J’ai vite pris conscience que, malgré certaines qualités, j’étais trop irrégulier pour la D1. Par après, je suis allé à Tubize en D3 puis à Liedekerke en P1. Mais ce n’est pas ce que je voulais. J’ai alors entamé des études d’éducation physique et, en parallèle, les cours d’entraîneur. Après avoir entraîné les jeunes du Maccabi Bruxelles, où mon père Cisco était coach de la première. J’ai ensuite passé six années à Neerpede.

Anderlecht, c’est comment pour un coach de jeunes ?

C’était agréable et valorisant, car tu travailles avec les meilleurs jeunes de Belgique ! J’ai notamment bossé avec Romelu Lukaku, à qui j’ai dispensé quelques séances spécifiques, avec Geert Emmerechts, Charly Musonda et Jean Kindermans.

Pourquoi avoir quitté Anderlecht ?

Le club était très content de moi mais je voulais gravir les échelons plus rapidement que ce qu’il ne le prévoyait. J’avais les U15, je voulais aller plus haut mais Anderlecht voulait des anciens joueurs pros pour coacher les catégories supérieures. En mars, on a alors fait le choix d’arrêter notre collaboration. Finalement, cela m’a permis d’entrer dans le monde pro puisque quelques semaines plus tard, je rencontrais Preud’homme à Gand, où je suis devenu analyste.

C’est un travail de très longue haleine… Cela ne devait pas être passionnant, à Riyad, de visionner les images de Najran/Al Taawon…

Pas vraiment, non ! C’est clair que ça prend énormément de temps. C’est dingue ! Couper les images, faire des présentations Mais c’est une bonne école.

Revenons-en à votre passage à Anderlecht : qu’en avez-vous retiré ?

Là-bas, je me suis dit que si je pouvais apporter certaines choses à Romelu Lukaku ou à Nathan Kabasele, pourquoi ne pas le faire avec des joueurs pros ? J’ai senti grandir quelque chose en moi. Je suis allé voir des entraînements en D1, je regardais les matches avec un carnet pour noter des idées. C’est à ce moment-là qu’on a vu percer des gars comme Mourinho, qui n’a pas fait une grande carrière de joueur, ou Benitez, Villas-Boas. Ils étaient jeunes mais ils ont beaucoup bossé. Je me suis dit : pourquoi pas ? En travaillant d’arrache-pied, c’était possible de forcer le destin. Car le destin ne te donne pas naturellement un poste d’entraîneur principal à 31 ans. J’ai écrit à des clubs, j’ai envoyé des CV, je me suis nourri de foot. Et finalement, j’ai reçu cette chance. Rien ne remplace l’expérience, mais je me sentais prêt.

Etiez-vous tout de même surpris de recevoir cette chance ?

Ma surprise a été qu’un président d’un club belge fasse confiance à un jeune coach. Je pensais que d’autres pays, comme le Portugal l’a montré avec Villas-Boas, étaient davantage ouverts à cela. Heureusement, Charleroi m’a offert une chance. Et quelle chance ! Je suis bien entouré et j’ai, contrairement à ce que tout le monde dit, un noyau de qualité.

Comment a réagi Preud’homme quand vous lui avez fait part d’un possible départ ?

Il m’a dit : "Ce que tu fais là, c’est un risque ." A Al Shabab, je pouvais grandir à ses côtés et j’avais une situation financière assurée, puisque j’avais un beau contrat de quatre ans. Il ne faut pas se cacher : je touchais plus d’argent en Arabie Saoudite qu’ici. Michel m’a conseillé de continuer à progresser dans son ombre, tout en me disant que si je le sentais, je devais partir. Il s’est montré très compréhensif. Quand tout a été signé, il m’a conseillé de travailler et de rester humble. J’essaie donc de l’être. Voilà pourquoi je ne voudrais pas qu’on croit que je suis un gars qui se la raconte. Je n’oublie pas d’où je viens.

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