Formule 1

Six victoires, trois deuxièmes places et un total de 84 points sur 90 possibles, Fernando Alonso a battu en cette première demi-saison un autre ancien record appartenant à Michael Schumacher. Lors de son année la plus dominatrice avec Ferrari, en 2002, le septuple champion du monde avait inscrit 82 unités sur 90 avec six succès, deux deuxièmes et une troisième position. Même si derrière, l'Allemand tente de s'accrocher en multipliant depuis quelques courses les accessits, l'Espagnol de chez Renault poursuit implacablement sa quête d'un second titre de champion du monde de F 1: à Montréal, sur un tracé pourtant fort différent des pistes européennes, «Il Nano» a dominé les essais libres jusqu'au drapeau à damiers.

«L'attaque reste la meilleure défense», souriait l'homme aux gros sourcils noirs regrettant simplement que son équipier, à nouveau maladroit, n'ait pu assurer le doublé pour Renault. «En flirtant avec les limites, je me suis payé trois ou quatre frayeurs mais cela fait partie de la course. Sans l'intervention de la voiture de sécurité à dix tours du finish, l'écart aurait été encore plus grand avec Michael et Kimi.»

En surprenant un Trulli endormi à la relance, Alonso parvint néanmoins d'emblée à recreuser le trou et un écart de cinq secondes sur un Raikkonen glissant au profit de «Schumi» dans l'avant-dernier tour. Pour sa monoplace R 26, plus rapide et plus fiable que toutes ses concurrentes, Alonso semble éprouver de la dévotion. Pour preuve, dès qu'il s'est extirpé de son baquet, le pilote s'est mis à genoux sur le capot avant et, tête baissée, a semblé se prosterner, avant de déployer ses bras, imitant un cygne qui s'envolerait vers son but ultime: le sacre mondial.

Car, après neuf des dix-huit Grands Prix au programme, Fernando compte 25 longueurs d'avance sur Schumacher mais il a surtout la certitude de pouvoir gagner n'importe où, n'importe quand. Et ses adversaires semblent faire la même analyse, même s'ils refusent de baisser les bras. «Même sans mes problèmes d'embrayage lors de mes deux ravitaillements, nous n'aurions pas pu nous approcher suffisamment pour espérer gagner. Nous sommes toujours derrière», reconnaissait froidement un Raikkonen assurant même ne pas être frustré d'avoir dû céder sa deuxième place en vue de l'arrivée. «Deuxième ou troisième, pour moi c'est pareil... ce n'est pas la victoire.»

Atterré suite à sa deuxième place de Silverstone voici 15 jours, «Schumi» se contentait cette fois avec bonne grâce du premier accessit. Détendu, il plaisanta en évoquant le moment où il flirta avec un muret. «C'était juste un petit bisou», expliqua-t-il. La monoplace a-t-elle été affectée? «Elle roulait plus vite après!» répondit-il, accompagnant sa plaisanterie d'un clin d'oeil.

Et s'il considère que chaque point, gagné ou perdu sur Alonso, est important, il assure que sa saison dernière avec une monoplace hors sujet était «plus frustrante» que cette année. «La 2 éme place était le meilleur résultat que nous pouvions espérer ici. Surtout en prenant un mauvais départ depuis la 5 éme place. Grâce aux erreurs de Jacques Villeneuve (sa sortie nécessitant l'intervention de la voiture de sécurité regroupant le peloton), puis de Kimi Raikkonen, j'ai encore gagné une place in extremis. J'espère que l'on va trouver la solution pour dimanche prochain à Indianapolis.»

En 2005, l'Allemand avait remporté un seul Grand Prix: celui des Etats-Unis où aucune des monoplaces équipées de Michelin n'avait couru. Cette année, le septuple champion du monde compte bien s'y imposer devant la meute au grand complet. En croisant les doigts pour que ce diable d'Alonso ne termine pas juste derrière lui...

© Les Sports 2006