Formule 1

L’ascension de Jérôme D’Ambrosio vers le nirvana du sport automobile a été longue et tortueuse. Mais le petit bonhomme né à Etterbeek un 27 décembre 1985 n’a jamais baissé les bras. Au départ, rien ne le prédestinait à une carrière automobile. Ancien footballeur, entraîneur des minimes à Anderlecht, son papa issu d’une famille italienne de Sicile, était un passionné de ballon rond. Le petit Jérôme (1,68 m aujourd’hui) a donc, logiquement, chaussé les crampons. Ami de la famille, Georges Grün l’invite à assister aux qualifications du Grand Prix d’Imola 1994. Il n’a pas encore neuf ans et assiste sur place à la mort de Roland Ratzenberger. Et le lendemain, de retour à la maison, il voit Ayrton Senna, devenu son idole, se tuer en direct à la télévision. Quelques mois plus tard, lors de vacances à Ténérife, il s’installe pour la première fois dans le baquet d’un karting et c’est la révélation. Pour sa Noël et ses neuf ans combinés, il demande un karting. Le début de neuf années passées sur les pistes de Belgique et d’Europe avec, en point d’orgue, un succès dans la Coupe du monde Formule A.

Huit mois et cinq succès plus tard, Jérôme décrochait son premier titre de champion de Belgique en Formula Renault 1.6. Il allait alors être intégré au RDD, le Renault Driver Development, la filière Renault dont sont issus les Kovalainen, Kubica ou Di Grassi. Après une saison moyenne en France, où il ne parvient à relever le défi qu’on lui avait lancé - remporter au moins un succès -, Jérôme a heureusement été repéré par l’ancien champion de F3000 Vincenzo Sospiri, qui va le faire rouler durant deux ans en Italie. Mais le team n’est pas toujours à la hauteur et, fin 2006, Jérôme se retrouve quasi à la case départ.

Avec un petit budget, il parvient toutefois à faire rebondir sa carrière en convaincant la Cram de l’engager dans le nouveau championnat International Formula Masters qu’il remporte haut la main en 2007. Un tournant important de sa carrière.

Dans la foulée, Jérôme rencontre, à Francorchamps Flavio Becca, réputé pour avoir fait fortune dans l’immobilier mais aussi membre, avec Gérard Lopez et Eric Lux, du club des milliardaires de Gravity qui décide d’investir sur notre jeune compatriote. Durant trois ans, ils vont miser 7 à 8 millions sur le Belge en GP2 avec l’écurie française Dams malheureusement plus vraiment au top. S’il sauve sa tête fin 2009, en 2010, malgré une victoire chanceuse dans la 2e course de Monaco, les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances. Le Français Eric Boullier, devenu entre-temps directeur sportif du Renault Team F1, décide alors d’utiliser la manière forte : mise à pied pour réveiller ce "gamin sans fiancée et sans carte bleue", en le remplaçant l’été dernier à Hockenheim par l’ex-pilote Renault F1 Romain Grosjean. Et cela marche !

De retour de sa mise à pied, Jérôme est métamorphosé. Il est devenu un homme, plus cool, plus ouvert, plus incisif. Ses performances lui valent un premier beau cadeau : quatre séances d’essais libres le vendredi matin de quatre GP chez Virgin F1. Soutenant la comparaison avec Timo Glock, puis confirmant ses bonnes dispositions lors des Rookies Days d’Abou Dhabi, Jérôme D’Ambrosio a démontré, après seize ans d’efforts, qu’il méritait clairement sa place en F1.

Il a atteint le sommet du sport automobile. Le plus dur sera maintenant d’y rester.