Formule 1

PORTRAIT

Né à Oviedo le 29 juillet 1981 d'un père artificier dans une carrière et d'une mère femme de ménage, le petit Fernando Alonso avait à peine 3 ans lorsqu'il s'est assis pour la première fois dans un karting. «Un engin artisanal que mon père José Luis, fan de course automobile, avait construit pour ma grande soeur», raconte celui que l'on surnomme «Nano», diminutif en Espagnol de Fernando, n'ayant aucun rapport avec son mètre 71. «Mais à 8 ans, Lorena avait plus envie de jouer à la poupée. Papa a dès lors adapté les pédales afin que je puisse les toucher alors que je mesurais à peine un mètre.» Dès 6 ans, le gamin participa à ses premières courses face à des jeunes nettement plus âgés que lui: «Au début, je me faisais mettre un tour. Mais à l'arrivée, mes parents me félicitaient tellement que je croyais que j'avais gagné. Je disais à tout le monde que j'étais le vainqueur. Et quand je voyais que je n'étais pas appelé sur le podium, je me mettais à pleurer. Même en F 1, il m'arrive encore de verser discrètement une larme quand je ne m'impose pas. Je suis un mauvais perdant. Gagner est devenu une obsession.»

Champion Junior de Galice et d'Asturies dès ses 8 ans, Fernando était également un élève studieux, sa maman ne voyant dès lors pas d'un trop mauvais oeil qu'il passe ses week-ends sur les pistes de kart où il accumula très jeune les titres dans les différentes catégories. «J'aimais bien rouler, cela m'amusait. Mais à l'époque, j'étais surtout fan de Miguel Indurain. Je ne regardais aucun GP car la télévision ne les retransmettait pas. Quand j'avais 12 ans, je rêvais de devenir un grand joueur de football», poursuit ce grand fan du Real Madrid jouant encore régulièrement au ballon, le mercredi, avec ses amis d'enfance. «Mais mon père m'a dit que je n'y arriverais jamais. Que j'avais une trop petite taille. Il m'a consolé en me disant que je deviendrais un jour champion du monde de F 1.» Mais au moment de passer à un niveau international, dans les plus grosses catégories du karting, l'engin bricolé et l'aide de son papa mécanicien ne suffisaient plus. «Sans argent pour acheter un vrai kart, on a cru que l'on devrait en rester là quand un team italien est venu me chercher pour me proposer un volant. J'ai donc arrêté mes études et je suis parti vivre en Italie, passant mes journées dans une petite chambre en attendant de pouvoir rouler les week-ends. C'est comme cela que je suis devenu très solitaire. Devoir vous débrouiller à 14 ans vous forge le caractère.»

De cette époque également date son surnom de «Karras». «Ce sont mes quelques copains qui m'appelaient comme cela. C'est le nom d'une fripouille dans un film espagnol. Il est vrai que j'ai un peu une tête de méchant.» Un mauvais garçon pourtant calme et appliqué sacré champion d'Espagne, d'Italie, puis du monde en go-kart. «Sans un sou, je savais que ma seule chance de continuer et de gravir les échelons était de tout gagner.»

«Un don particulier»

Repéré par Adrian Campos, un Espagnol ayant tâté de la F 1 en 1987 et en 1988 chez Minardi, Alonso fut aidé à débuter en monoplace en 1999 alors qu'il n'avait pas encore son permis de conduire. 9 poles et 6 victoires plus tard, le phénomène décrochait à 18 ans le titre en Euro Formula Nissan avec un test F 1 à la clé chez Minardi. «J'ai vu beaucoup de pilotes dans ma carrière mais c'est réellement lui qui m'a le plus impressionné», se souvient Cesare Fiorio, ex-directeur sportif de Ferrari en charge ce jour-là de l'essai à Jerez. «Dès son tour de lancement, j'ai crié dans la radio qu'il se calme car il était déjà trop rapide à mes yeux. Et lorsqu'il s'est mis à pleuvoir, j'ai dû l'arrêter car j'avais peur qu'il sorte l'auto tellement il volait.»

Une incroyable faculté d'adaptation surprenant aussi Mike Van Hool, son team manager en 2000 au sein de l'écurie belge Astromega. «Hormis peut-être le regretté Gonzalo Rodriguez, je n'ai jamais vu un pilote capable d'aller aussi vite dès son deuxième tour lancé sur un circuit qu'il découvrait. Fernando a vraiment un don particulier. Au début, il parlait à peine deux, trois mots d'anglais et ne comprenait pas grand-chose à la technique, mais bon Dieu qu'il était «vite». Il l'a prouvé en s'imposant à Francorchamps. Ce jour-là, Flavio Briatore est venu le trouver dans le paddock. Je ne sais pas ce qu'ils se sont raconté, mais quelques mois plus tard, lors du GP d'Australie 2001, Fernando débutait, à 19 ans à peine, sa carrière en F 1 chez Minardi.»

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