Formule 1

Grisaille et froideur, les yachts, le soleil et le glamour monégasques sont déjà loin. Pas de doute, on est bien au Nürburgring. Même si, hier, on évoqua encore plus la dernière course que le Grand Prix d'Europe à venir. Normal puisque la FIA avait refait monter sur le Ring les quatre pilotes impliqués dans les deux incidents du tunnel. Mais en évitant adroitement de les confronter directement. Les frères Schumacher, d'abord, Fernando Alonso et Juan Pablo Montoya, un quart d'heure plus tard, pour être certain qu'ils ne se croisent même pas dans les couloirs.

Après avoir assuré l'auditoire qu'il serait toujours en F 1 en 2005, Ralf, le vainqueur de l'an dernier, fut le premier à replonger dans l'ombre du tunnel: «C'était clairement la faute d'Alonso.» Pas franchement l'avis d'un Espagnol toujours aussi remonté: «Il avait un problème de boîte de vitesses? Raison de plus pour s'écarter quand on lui brandissait les drapeaux bleus. Et si c'était si grave, qu'il abandonne. Ce qu'il a fait n'est vraiment pas pro. En 19 ans de carrière, je n'ai jamais rien vu d'aussi stupide. Je respecte l'homme mais pas le pilote. Ce n'est pas la première fois qu'il fait des conneries. Ralf est dangereux.»

Michael Schumacher fut à peine moins franc dans ses accusations à l'encontre de Monti: «Pour moi, la responsabilité incombe dans ce cas à celui qui est derrière. Je n'ai pas regardé dans mes rétros car je pensais que le type derrière savait ce que c'était d'accélérer et de freiner.» Et vlan pour un Colombien relativement calme: «Je n'ai pas agressé Michael car je trouvais qu'il avait déjà été assez puni comme cela. Sincèrement, j'étais désolé de le voir perdre sa course de cette façon, derrière la voiture de sécurité, alors que nous n'étions même pas en bagarre.»

Pendant ce temps-là, le héros monégasque Jarno Trulli refusait toute interview. «Il en a trop accordé. Il est sans voix, réellement aphone », expliquait l'attaché de presse de Renault. Mardi, l'Italien a même joué au téléphoniste à la rédaction de La Gazzetta dello Sport où il a répondu aux questions de dizaines de tifosi. «Je pensais qu'en Italie il n'y en avait que pour Ferrari. Je me suis trompé», souriait le nouveau vainqueur de GP que certains rêvent déjà de voir dans le baquet de Barrichello. «Actuellement, je me sens bien chez Renault, et j'espère y rester. J'aimerais cependant qu'un Italien ait un jour sa chance chez Ferrari. Mais j'ignore si c'est encore dans leur politique...» En attendant, le petit Trulli devenu grand rêve de battre Schumi pour le titre mondial. Dès 2005? «Pourquoi pas dès cette année? » s'exclame-t-il dans un clin d'oeil.

© Les Sports 2004