Formule 1 Un retard moyen de 134 millièmes de seconde en qualifications pour Rosberg.

Si Nico Rosberg a remporté cette année son premier titre mondial, il le doit plus à sa régularité (un seul abandon suite à son accroc en Espagne) qu’à sa vitesse de pointe. Certains chiffres prouvent clairement que, même s’il s’en est rapproché, son équipier Lewis Hamilton reste intrinsèquement le plus rapide.

La comparaison du nombre de pole positions (12 à 8) le montre clairement. La différence est même plus flagrante si l’on ne tient pas compte des quatre séances qualificatives lors desquelles Lewis n’a pu défendre ses chances en Q3, deux fois suite à un bris de système de récupération d’énergie (Chine et Russie), une fois suite à une faute (lorsque le Britannique a tapé le mur à Baku) et une fois pour raison stratégique (à Francorchamps quand il avait pris 55 places de pénalité suite à trois changements de moteur et était assuré de partir dernier).

Sur les dix-sept confrontations restantes, le chiffre est de 12 à 4 pour Lewis, Daniel Ricciardo ayant signé la pole position à Monaco.

Sur l’ensemble des dix-sept meilleurs tours qualifs de l’année 2016, Nico Rosberg a concédé 2,29 secondes à son équipier soit un déficit moyen de 134 millièmes par course. Le plus gros écart enregistré à la régulière entre les deux Mercedes est toutefois à l’avantage de Nico Rosberg qui, lors de sa pole à Singapour, avait relégué Lewis à 7 dixièmes or que lui n’a jamais concédé plus que 543 millièmes.

Une régulière montée en puissance

Pour la première fois depuis qu’ils sont équipiers chez Mercedes, Nico Rosberg a enfin réussi à battre Lewis Hamilton à l’issue du Championnat du Monde. En analysant les tableaux ici à côté, on constate que Nico n’a cessé de progresser au cours des quatre dernières saisons, à quasi tous les niveaux, ce qui n’est pas le cas d’un Lewis Hamilton qui a simplement fait une année comparable à 2015 sur le plan des chiffres. Mais cette fois, face à un Rosberg travailleur, régulier et un brin plus chanceux peut-être, cela n’a pas été suffisant. Le fils de Keke a clairement disputé sa meilleure saison en F1 ce qui n’a pas été le cas du triple champion.

Keke : "J’ai bu une gorgée de bière…"

Contrairement à sa femme, présente dans le paddock, Keke Rosberg n’a pas voulu assister sur place au GP décisif pour son fiston, sacré 34 ans après lui : "On en a discuté avec Nico. Je voulais prendre du recul. Il savait que je n’étais pas loin; en fait, j’ai suivi la course depuis mon hôtel à Dubaï, à une heure de route de là. Dès que j’ai su que c’était bon, je les ai rejoints pour célébrer cela et féliciter le gamin." Lorsqu’il a vu que Lewis voulait ralentir le peloton : "J’ai pris une grande gorgée de ma bière et je me suis dit ça va être chaud !" Cette saison, Keke a surtout été impressionné par la force mentale de Nico : "Sa résistance psychologique a été remarquable. Je l’admire pour cela. Il s’implique à 110 %, cela n’a rien à voir avec ce que nous faisions à l’époque. La pression est énorme depuis trois ans face à Lewis qui est triple champion." Lorsque Keke Rosberg est arrivé en F1, il avait une règle qu’il a transmise à son fils : "Il fallait d’abord gagner une course, puis Monaco et enfin gagner le Championnat, et je l’ai transmise à Nico. Maintenant il a réussi les trois. Bravo."

Champion sans jamais dépasser son rival en course


L’Allemand a seulement dépassé une fois son équipier au départ à Monza…

À l’image de ce que l’on a encore pu observer lors de la finale d’Abou Dhabi où Nico Rosberg s’est contenté de suivre Lewis Hamilton sans jamais tenter la moindre attaque, c’est à un duel à distance que l’on a assisté cette saison, sans aucun réel bras de fer ni mémorable passe d’armes entre les deux équipiers prétendants au titre.

Les deux seules fois où il y a eu réel combat, cela s’est terminé par un accrochage, au départ du GP d’Espagne d’abord puis dans le dernier tour du GP d’Autriche. Pour le reste, les deux pilotes Mercedes se sont évités tout au long de la saison, les seuls réels changements de positions se faisant lors du départ.

En Hongrie et en Allemagne, Lewis a surpris le poleman à l’extinction des feux. Et l’Allemand a pris sa revanche en Italie où Hamilton l’a bien aidé en loupant complètement son envol. À Monaco, c’est le team qui a demandé à Nico, en difficulté sur une piste humide, de laisser passer son équipier pour ne pas compromettre ses chances de victoire. Et l’Allemand a obéi aux ordres.

En Autriche, c’est grâce à une stratégie décalée que Rosberg a pu doubler Lewis Hamilton lors des pitstops, mais là encore ce n’était pas suite à une belle manœuvre et une belle bagarre sur la piste. On est donc restés sur notre faim. On espère qu’on assistera enfin à de vraies luttes en 2017 entre un Lewis revanchard et un Nico enfin libéré de ses complexes.

Rosberg aussi a perdu des points…

À en croire la presse britannique, Lewis Hamilton a échoué dans sa quête d’un 4e titre mondial uniquement à cause du manque de fiabilité de sa Mercedes. Il est vrai que le Britannique n’a pas été épargné par la mécanique : les deux casses du système de récupération d’énergie ont ruiné ses qualifications en Chine et en Russie où il a terminé 2e puis 7e. Des ennuis qui ont entraîné plus tard sa pénalité à Francorchamps où il s’est élancé dernier après une pénalité pour trois changements de moteur.

Mais ce n’est pas tout : on retient aussi, bien sûr, sa casse moteur en Malaisie alors qu’il menait la course. Un abandon lui coûtant 25 unités et en valant trois de plus à Rosberg monté du 4e au 3e rang. Une différence de 28 points alors qu’il échoue à cinq de Nico.

Ce calcul est toutefois simpliste. On se souviendra d’abord que Lewis a effectivement été victime d’une défaillance de son V6 Turbo alors qu’il poussait un maximum pour résister au retour de la Red Bull de Ricciardo.

"C’est Red Bull qui a fait casser le moteur d’Hamilton", avait déclaré à l’époque Christian Horner. Selon certains, il aurait tourné un peu trop fort la molette (les pilotes ont différents modes pour plus ou moins de puissance) pour être certain de rester devant l’Australien. La victoire n’était donc pas d’office acquise. Il est ensuite toujours facile de refaire le Championnat par après.

Si Hamilton avait effectivement gagné cette course et repris ce jour-là 13 points à Rosberg au lieu d’en perdre quinze, qui dit que Nico se serait contenté de quatre deuxièmes places en fin de saison ? La tactique de l’Allemand aurait sans doute été différente.

Et puis, il ne faut pas oublier non plus que Nico, lui aussi, a connu des soucis mécaniques et perdu des points. En Autriche, un changement de boîte l’a obligé à s’élancer cinq places en arrière, tandis qu’en Angleterre, un nouveau problème de transmission lui a coûté dix secondes de pénalité (il avait reçu par radio des conseils non autorisés pour terminer la course) et une place.

En Malaisie, alors qu’il partait en première ligne, Nico a été accroché par Vettel. Il a réussi à remonter troisième après l’abandon de Lewis mais aurait dû gagner cette course, soit une perte sèche de dix unités. Enfin, on se souvient qu’au départ du GP du Mexique, Hamilton a coupé tout droit dans l’herbe au premier freinage en gardant l’avantage sans être pénalisé comme l’a été Verstappen pour la même faute en fin de course. Une sanction aurait pu inverser l’ordre du doublé Mercedes, soit une différence de quatorze unités en faveur du champion du monde. Il y a donc plusieurs manières de refaire l’histoire. On retiendra donc seulement que le champion est celui qui a marqué le plus de points. Et qu’avec 9 victoires, 8 poles et 16 podiums, Rosberg Jr a amplement mérité son titre.

Hamilton risque-t-il une sanction ?

Beaucoup n’ont pas apprécié la manière dont Lewis Hamilton a tenté de faire rebondir le Championnat dimanche en imprimant un rythme volontairement lent. Son comportement n’a donné lieu à aucune sanction ou enquête de la FIA. Certes, il n’a pas donné le meilleur de lui-même en s’envolant comme il aurait pu le faire. Mais il n’a pas bloqué non plus Nico Rosberg qui, à certains moments, bénéficiait du DRS mais n’a pourtant jamais osé tenter la moindre manœuvre sur son équipier. On dira donc que c’était de bonne guerre de la part du Britannique brûlant ses dernières cartouches.

Maintenant la seule faute de Lewis fut d’ignorer les consignes de son team lui demandant à deux reprises d’accélérer. "L’anarchie n’est jamais bonne dans une équipe ou une entreprise. On pourrait prendre des sanctions en interne", a déclaré Toto Wolff.

La presse anglaise va jusqu’à évoquer une suspension d’une ou plusieurs courses début 2017. On ne croit cependant pas une seconde que Mercedes se tirerait ainsi une balle dans le pied. D’autant que la concurrence s’annonce plus forte la saison prochaine…