Monaco, entre casino et Stratego

O.d.W. Publié le - Mis à jour le

Formule 1

ENVOYÉ SPÉCIAL À MONACO

Plus que sur d'autres circuits, un excellent pilote peut véritablement faire la différence dans les rues de Monaco. Et lorsqu'ils sont une quinzaine à rêver de podium dont une grosse moitié à pouvoir légitimement songer à la première marche, cela donne de gros risques de bousculades, cet après-midi, lors d'une heure de qualification où la course ne pourra certes pas encore se gagner mais certainement se perdre.

Certainement avec le nouveau système en vigueur cette année qui verra 22 fous furieux se lancer à l'assaut du chronomètre à 14h, ce qui n'est plus arrivé en Principauté depuis quelques années. Vingt minutes plus tard, le premier gros couperet du week-end tombera pour six d'entre eux.

«Et il risque d'y avoir de grosses surprises. Ici à Monaco, personne n'est à l'abri d'une élimination dès le premier tour des qualifications», estime un Michael Schumacher qui, comme tout le monde sans doute, montera très tôt en piste. «Nous sommes tous inquiets. Il est évident qu'il y aura des problèmes de trafic et qu'un ou deux ténors vont tomber plus tôt que prévu», renchérit le lauréat de 2004, Jarno Trulli étrennant une nouvelle Toyota TF 106B pas conçue pour les combats de rues.

Pour Rubens Barrichello proposant de revenir exceptionnellement au système de l'an dernier avec un tour lancé pour chacun, ce sera carrément l'enfer.

«Mais au bout du compte, il y a le paradis. Ce Grand Prix en ville est le plus gai à gagner. Je regrette qu'il n'y ait pas plus de circuits urbains en F 1», clame Juan Pablo Montoya, vainqueur ici en 2003 et le plus rapide des titulaires, jeudi.

Le compromis idéal

Pour les dix finalistes qui auront réussi à éviter le trafic et les pièges des deux premiers stades, il sera alors temps de songer à la stratégie à adopter pour les vingt dernières minutes, les seules décisives pour la pôle la plus importante de l'année. Et pas que médiatiquement...

«Il va falloir trouver le compromis idéal au niveau de la quantité d'essence à embarquer », explique Luca Baldisserri, le grand stratège de la Scuderia Ferrari. «En prendre moins est tentant pour aller plus vite aux essais mais alors vous devrez ravitailler tôt en course et vous risquez d'être englué dans le trafic ou de vous faire passer par vos adversaires. Et si vous en prenez trop pour être le dernier à repasser par la «pitlane», vous risquez d'être trop lourd et de vous élancer de trop loin sur un circuit où il est quasi impossible de dépasser. Dès lors, aucune stratégie ne pourra plus vous sortir de là. C'est un véritable casse-tête. D'autant qu'on ignore évidemment la tactique adoptée par nos rivaux. 70 pc de mon travail ce week-end consistera à trouver la formule idéale.»

«Mais si vous avez la bonne stratégie, vous pouvez encore espérer vous imposer en partant 5 éme », considère un «Schumi» dévoilant peut-être déjà dans cette affirmation une partie de son jeu. Cet après-midi, il faudra aussi compter avec les étoiles filantes, les outsiders qui pourraient créer la sensation aujourd'hui en ne misant que sur les essais.

Sur un tourniquet où un concurrent plus lent de trois secondes peut réussir à retenir tout le peloton, l'équation comprend donc un grand nombre d'inconnues. C'est ce qui fait tout le charme du tracé et qui donne autant de valeur à cette grande partie de stratego...

© Les Sports 2006

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