Formule 1 Michael Schumacher est allé jusqu'au bout de son rêve. Déjà vainqueur de dix des onze premières courses de la saison, le pilote Ferrari souhaitait plus que tout remporter son GP, histoire de fêter, un peu en avance, son 7e titre mondial avec ses 100.000 fans. Et même si la maladresse d'un équipier se cassant le nez au premier tour a remis à plus tard le sacre de Ferrari, même si BMW et Mercedes ont échoué au pied du podium, même si Ralf était absent, les supporters allemands sont retournés plier leurs tentes et cuver leurs bières heureux. Fiers de leur idole qui, cette fois, n'a pas raté le rendez-vous lui tenant le plus à coeur.

«Quel fabuleux week-end, s'exclamait le Baron rouge entre deux quintes. D'abord la pole, ma 61e certes mais seulement la deuxième ici à Hockenheim. Puis cette victoire à laquelle je tenais tellement sur un circuit où j'ai trop souvent manqué de réussite.»

Auteur d'un tour magique en qualification, le Kaiser n'est, en effet, monté que pour la troisième fois sur la plus haute marche du podium allemand dans une ambiance délirante digne d'une finale d'une Coupe du Monde de football même si, cette année, l'immense Stadium n'affichait pas complet.

«Lors de la parade déjà, j'ai ressenti cette émotion. J'avais la chair de poule. Tout ce monde qui était là pour me voir gagner. Je ne pouvais les décevoir. Durant la course, malgré le bruit de mon moteur, j'entendais les cris de joie et d'encouragement, les coups de klaxon. Je voyais les drapeaux s'agiter, la fumée des pétards.»

Parti en tête, Michael ne dut répondre à aucune attaque durant les 66 tours.

«Mais ce ne fut pas une promenade, non plus, garantissait-il. Heureusement, j'ai pu garder l'avantage au départ. J'ai directement pu me ménager un léger avantage, mais après le premier ravitaillement, lors de ses premiers tours en pneus neufs, Kimi s'est rapproché à deux secondes. Je ne m'inquiétais toutefois pas avant de le voir disparaître dans mon rétroviseur. Il a toutefois eu le temps de confirmer qu'il faut désormais à nouveau se méfier de McLaren.»

Mais la principale crainte du leader incontestable du championnat vint finalement de la BAR-Honda de Button: «J'ai douté quelques instants en le voyant tourner très rapidement après mon deuxième pit-stop et ravitailler six tours après moi. A un moment, j'ai pensé que Jenson était peut-être sur une stratégie à deux arrêts. Je n'ai été vraiment soulagé qu'en le voyant rentrer pour la troisième fois au 52e passage.»

Nanti d'une avance de l'ordre de dix secondes, le roi du Stadium, Schumacher, pouvait dès lors terminer en roue libre et se permettre de saluer la foule avant même le drapeau à damiers sanctionnant son 81e succès, le 11e en 2004 et le 6e d'affilée.

«Notre secret? La perfection dans tous les domaines, confessa Schumi face aux caméras après avoir embrassé ses mécaniciens un à un. Je remercie tout le monde, surtout ma fille.»

Pourquoi ce message à l'adresse de sa petite Gina Maria? «Parce qu'elle m'a confectionné un joli petit bracelet et se plaint toujours que je ne lui dis pas bonjour à la télévision. Je lui avais promis que cette fois je ne l'oublierais pas.»

Le meilleur des pilotes était donc bien le plus heureux des hommes et des papas, hier à Hockenheim. Et son incroyable série n'est sans doute pas encore terminée. Peut-on imaginer qu'il remporte encore les six dernières manches et établisse un nouveau record de 17 victoires en une saison?

«Rien n'est impossible,» conclut dans un clin d'oeil le héros d'Hockenheim.

© Les Sports 2004