Formule 1

Le 1er mars 1992 à Kyalami, en Afrique du Sud, Thierry Boutsen était, aux commandes de sa Ligier-Renault, le dernier pilote belge à démarrer une saison de Formule 1.

Dix-neuf ans plus tard, notre triple vainqueur de GP cède volontiers le relais à son ex-poulain, Jérôme D’Ambrosio.

Thierry, vous connaissez Jérôme depuis quasiment sa naissance.

Oui car lorsque j’ai débuté en Formule Ford en 1977, j’ai roulé quelques courses contre son papa, Henry, un pilote amateur. Depuis cette époque, on a toujours gardé contact et j’ai suivi de relativement près les résultats du gamin en karting.

Vous étiez notamment là en 2000 lorsqu’il a remporté la Monaco Kart Cup Junior…

Oui, j’étais venu assister à la course en voisin. Il n’avait que 14 ans et m’a impressionné. Deux ans plus tard, il a remporté la Coupe du Monde et j’ai été un des premiers à le pousser à passer à l’auto.

Il a même roulé dans votre team et vous avez été son manager au début de sa carrière.

Exact. Il a remporté son premier championnat de monoplace, la Formula Renault 1.6, au sein du Thierry Boutsen Racing. Ensuite, il a été intégré dans la filière Renault Sport et j’ai cédé le relais, dans son intérêt, à Flavio Briatore et Bruno Michel.

Aujourd’hui, vous n’êtes donc pas trop étonné de le voir débarquer en F1 ?

Non, pas du tout. Cela a toujours été son souhait. Il a toujours eu des qualités supérieures à la moyenne. Il est très intelligent et très travailleur. Parfois trop d’ailleurs. Il a tendance à avoir les défauts de ses qualités. Mais peu de pilotes ont une tête aussi remplie que la sienne.

Le sentez-vous prêt pour la F1 ?

Tout à fait. Il arrive au sommet au moment idéal. Il a déjà remporté des courses et des titres mais aussi vécu et survécu à des moments difficiles, des périodes d’angoisse. Mentalement, il est donc blindé, prêt à recevoir des gifles. Son caractère est bien forgé. Il a en plus acquis dans les formules inférieures un très bon bagage technique et fait preuve de maîtrise. Tout le monde peut piloter une F1 moderne mais peu savent le faire sans commettre de fautes et encore moins la faire évoluer. Or, Jérôme possède ces capacités.

Quel est son point faible ?

Il y a des pilotes qui donnent des gaz et réfléchissent après, comme Nigel Mansell. Jérôme, c’est l’inverse. Il a parfois un peu trop oublié le côté pied au plancher et cela lui a joué des tours.

Vous retrouvez-vous en lui ?

Oui, un peu car il a jusqu’ici dédié toute sa vie à ce sport merveilleux. Et il sait comme moi que la moindre bêtise pourrait lui être fatale. Alors il ne casse pas de bois. Être arrivé en F1 constitue déjà un exploit. Je le sais doué et je l’imagine bien durer et faire une carrière à la Boutsen. Je le lui souhaite de tout cœur.