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Le bestiaire lyonnais

Thibaut Roland

Mis en ligne le 09/12/2011

Depuis sa victoire 1-7 à Zagreb, Lyon alimente la controverse. A raison ?
Analyse

Entre Marseille, Lille et Lyon, la France ne misait pas une roupie sur la qualification du dernier cité en 1/8e de la Ligue des Champions. Car dans le bestaire français, le Lyon rugissant paraissait, pour beaucoup, avoir taillé sa crinière et ravalé l’arrogance du succès. Les millions décoffrés et jetés en transferts sonnants et trébuchants (d’Anderson à Lisandro Lopez) semblaient désormais gelés et l’ère du "star system" définitivement clouée. Pire encore. Alors que l’Olympique lyonnais paraissait à jamais ronfler sur la plus grosse trésorerie du championnat français, son président (et grand argentier) Jean-Michel Aulas se retrouvait cette année doublé par les "chèques qataris" du PSG. Mangé sportivement par Lille, rongé financièrement par Paris, Lyon semblait devenir une simple proie pour les nouveaux charognards de la Ligue 1. Habitué à s’avancer avec les épaulettes et le col élargis, le président Aulas avait d’ailleurs joué la modestie en début d’année. Place à la tradition, aux jeunes du cru, place à la passion. Désormais affublé du bonnet d’entraîneur, l’ancien joueur Rémi Garde servait en somme de mannequin à ce nouveau projet. Et pourtant. En changeant quelques coutures, Lyon n’a toutefois vendu son manteau de bison. Bien épaulé par un bras politique (Gérard Collomb, le maire potentat de Lyon ou le ministre centriste Michel Mercier) et de "petites" mains économiques (le fameux club des Cents), Jean-Michel Aulas ne recule que pour voir plus grand. Sans même parler du "scandale de Zagreb", il faut sortir des terrains et du périmètre du stade Gerland pour comprendre que Lyon pétrit sagement ses ambitions. A 12 km du stade actuel, près de cent hectares paraissent d’ores et déjà réservés à la construction de "l’OL Land", futur Disneyland du football. Un projet titanesque pour les uns, titanic pour les autres. Car, derrière l’alibi du football, certains reprochent au président Aulas de raser des champs pour récolter du blé. Qu’on le veuille ou non, le projet de stade ressemble davantage à un énorme montage immobilier dans lequel Aulas et ses compères s’apprêtent à revendre à des particuliers, des commerces, des groupes hôteliers des hectares de terrain achetés (grâce à ses amis politiques) pour une simple bouchée de pain (45 euros le mètre carré). A ses contempteurs, Aulas renvoie la comptine, tant de fois répétée, qu’il s’agit, dans l’intérêt du club, de diversifier ses activités. "Je suis un entrepreneur; Je ne suis pas du tout politique. Ni de gauche, ni de droite. Je suis un entrepreneur au service de l’intérêt général", précisait Aulas. Si l’intérêt général n’est qu’une somme d’intérêts particuliers, la diatribe d’Aulas pourrait prendre des accents de vérité. Car le président lyonnais sait aussi prendre soin des intérêts de ses amis, à commencer par Jérôme Seydoux, patron du groupe Pathé.

Jusqu’à mercredi, seul le grand stade et son projet complètement détourné avaient fait toussoter. A Zagreb, un autre scandale s’est peut-être ajouté.

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