Golf

Le peuple argentin a fêté la victoire d'Angel Cabrera à l'US Open comme s'il s'agissait d'un succès de l'équipe nationale de football ! Dans sa ville natale de Villa Allende, les klaxons ont même retenti jusqu'aux petites heures de la nuit, n'en déplaise à l'étiquette golfique !

"El Pato" (son surnom, canard, en espagnol) est, il est vrai, très populaire au pays de Diego Maradona. Et même si le golf n'est pas le sport le plus médiatisé du côté de Buenos-Aires, l'exploit de Cabrera a suscité une vraie vague d'enthousiasme. L'histoire du champion s'apparente à un joli conte de fées.

Né à un drive de Cordoba le 12 septembre 1969, rien ne le prédestinait à fouler les fairways. Au contraire : issu d'une famille modeste, il ne connaissait rien de ce sport élitiste jusqu'au jour où, pour ramener quelques sous à la maison, il accepta de jouer les caddies au Cordoba Golf Club. Le gamin avait une dizaine d'années. "J'ai arrêté l'école. Le golf est devenu ma priorité..."

A l'époque, le petit porteur de sac n'imaginait évidemment pas faire carrière sur les greens. "Mais comme caddie, j'avais le droit de jouer le lundi sur le parcours. J'en ai profité pour me tester. C'est de cette façon que j'ai commencé..."

C'est le début d'une grande aventure. Doué, il est vite repéré par la direction du club, puis par Eduardo Romero, le meilleur joueur argentin de l'époque, qui l'aide financièrement. A 20 ans, de l'ambition plein le swing, Cabrera devient professionnel. Un vrai défi.

Mais le jeune homme est solide, au propre (1,83 mètre pour 95 kilos) comme au figuré. Et têtu ! Après avoir échoué à quatre reprises, il gagne enfin, en 1995, sa carte pour le circuit européen. Vainqueur de trois titres sur l'European Tour (Open d'Argentine 2001, The Belfry 2002 et BMW Championship 2005), il attendait avec impatience un sacre majeur.

"J'avais eu ma chance lors d'un British Open et d'un Masters. Mais je n'avais pas su concrétiser..."

En remportant, de superbe façon, l'US Open, au nez et à la barbe de Tiger Woods en personne, Cabrera a enfin vaincu le signe indien. Quarante ans après le triomphe du légendaire Roberto De Vicenzo au Britsih Open, il a offert à l'Argentine un succès historique.

"Je savais que j'étais capable de le faire," sourit-il. L'homme est déroutant et atypique. Dans l'absolu, il symbolise l'image parfaite de l'anti-héros américain. Il n'hésite pas à griller quelques cigarettes sur le parcours où à vider quelques verres d'alcool au bar des club-houses. Et il ne s'est jamais vraiment donné la peine d'apprendre l'anglais, la langue véhiculaire dans le golf mondial. Au vrai, il se moque du qu'en dira-t-on comme de son premier swing !

Il se contente de taper des drives à 300 mètres et de signer des approches millimétrées qui se collent, en général, au drapeau ! Entre sa frappe de mule et son toucher d'artiste, on a du mal à cerner le personnage. Mais qu'importe !

"Le golf, c'est ma vie", répète-t-il. D'ailleurs, le virus a déjà touché toute sa famille. Son fils Federico a décidé, lui aussi, de se lancer dans la carrière de golfeur. Et, lui, ne devra pas commencer comme caddie...