Golf ANALYSE mIGUEL TASSO

La nette victoire de l'Europe sur les Etats-Unis lors de la 36e édition de la Ryder Cup continue à faire couler beaucoup d'encre. C'est la troisième fois consécutive que les joueurs du Vieux Continent remportent l'épreuve. C'est d'autant plus surprenant que, dans les tournois mondiaux individuels, les champions américains font la loi. Tentative d'explications.

L'esprit d'équipe. C'est le grand point fort des joueurs européens. En Ryder Cup, ils se serrent les coudes et font bloc. Ils sont plus motivés que jamais à l'idée de défier l'ogre américain. Résultat : ils se transcendent sur les greens et sortent leur meilleur jeu. On ne peut pas en dire autant des Américains, visiblement un peu moins concernés par l'événement. Seraient-ils blasés ? Feraient-ils un complexe de supériorité ? Ou seraient-ils toujours affaiblis par ces fameuses rivalités intestines ?

Le format de la compétition. Le match play favorise les surprises. Ce n'est pas comme lors d'un tournoi sur quatre jours en stroke play. Ici, sur dix-huit trous, tout peut arriver et la hiérarchie est souvent bouleversée. Ceci explique sans doute les défaites de certains ténors américains. Les trois premiers joueurs mondiaux (Woods, Mickelson et Furyk) n'ont apporté que 5,5 points aux USA sur 15 possibles.

Le climat. Vent et pluie : l'Irlande était projetée en version originale sur les fairways du K Club. Et l'on sait que les Américains, habitués aux greens de Floride ou de Californie, apprécient peu ces conditions météorologiques humides qui rendent les greens mous. Mais faut-il rappeler qu'il y a deux ans à Oakland Hills, il faisait grand soleil et que le résultat fut identique...

Le mystère Tiger. Alors qu'il domine, sans partage, le golf mondial, Tiger Woods ne parvient pas à imposer son jeu en Ryder Cup. A Dublin, il fut à nouveau méconnaissable, comme tétanisé. Il fallut même un grand Furyk pour le sortir du naufrage lors des parties de double. Jamais le n°1 mondial, le visage fermé et triste, n'a joué son rôle de locomotive. Le Tigre a participé à cinq Ryder Cup et en a perdu quatre !

Le talent européen. Il a éclaté au grand jour au K Club. A force de se frotter aux meilleurs sur le circuit PGA, les joueurs européens ont acquis, ces dernières années, une dimension supplémentaire. Et la nouvelle génération, emmenée par Garcia, Casey, Donald, Stenson ou Howell n'a plus rien à envier à son homologue américaine. C'est à coup de birdies que les Européens ont dégoûté leurs adversaires. "Ils ont été fantastiques autour du green et dans le petit jeu", a reconnu Tom Lehman, le capitaine américain

Les Majors. Comment expliquer, dans ce contexte, que la dernière victoire d'un joueur européen remonte à 1999 (Paul Lawrie au British Open) ? Les pistes sont nombreuses. Il est clair que, sur 72 trous en stroke play, des joueurs comme Woods ou Mickelson sont bien plus performants. Il est clair aussi que l'état d'esprit n'est pas le même en Ryder Cup et dans une compétition individuelle. Mais on peut imaginer que ce nouveau triomphe européen va servir de déclic à certains. Tôt ou tard, des garçons comme Garcia, Donald ou Casey devraient pouvoir s'imposer aussi dans un Major, y compris aux Etats-Unis.

© La Libre Belgique 2006