Golf

Méconnaissable. Moins d'une semaine après avoir frappé le monde avec un tonitruant come-back, Tiger Woods, espéré comme la sensation de cette Ryder Cup en France, la traverse pour l'instant comme une ombre.

Une désillusion. Forcément. Précédé d'une frénésie et d'un enthousiasme quasi sans précédent pour une Ryder Cup, Tiger Woods n'a pu assumer cette attente.

Trois défaites en trois matches de doubles en deux jours, et, ironie de l'histoire, à chaque fois face aux même bourreaux, l'Anglais Fleetwood et l'Italien Francesco Molinari. Cette association, l'une des plus prolifiques de l'histoire de la Ryder côté européen, risque de le hanter quelques temps.

Certes, le Tigre a subi, comme les fans américains d'ailleurs, la bouillabaisse golfique de son compère sur les deux premiers doubles, Patrick Reed, complètement hors-sujet. +Captain America+, qui avait époustouflé à Hazeltine lors de la Ryder 2016, était visiblement friand des roughs et de l'eau du parcours de l'Albatros, et aurait eu plus d'influence dans les tribunes cette fois-ci. Mais le Tigre n'a guère mieux fait avec Bryson DeChambeau samedi après-midi. Le coup le plus marquant de Woods depuis le début de sa Ryder Cup? Son coup dans l'eau du numéro 16, un par 3, vendredi en fin de matinée, comme un symbole.

Une fatigue tellement visible 

La décision de Jim Furyk semblait logique de ne pas l'aligner le vendredi après-midi. Celle de l'aligner dès le samedi matin en revanche l'était moins, comme de le faire rejouer samedi après-midi.

"Il a tellement enchaîné cet été: les Majeurs, les play-offs de la Fedex (la phase finale du circuit américain, ndlr), en ajoutant le décalage horaire. Et jouer 54 trous en deux jours... Il y a de la fatigue, c'est évident", explique à l'AFP le Directeur technique national du golf français, Christophe Muniesa.

Dès les premiers coups sur le practice samedi matin, à l'heure où la brume libère tout juste les greens, les images de Tiger Woods captées par les caméras ont même laissé planer le doute. Et s'il était blessé? Il ne l'est pourtant pas. Peut-être juste au bout de ce que cet athlète de 42 ans peut assumer physiquement, après plusieurs opérations du dos.

Mais il n'y a pas que ça. "Vous savez, il s'est programmé pour une victoire cette année. Et même si c'est la Ryder Cup, c'est extrêmement dur de se remotiver, de se remettre dedans en terme d'intensité, de motivation", analyse Christophe Muniesa.

L'adrénaline lâchée à Atlanta lors de sa victoire au Tour Championship, la veille de son arrivée à Paris, ce Graal tellement désiré après cinq ans sans trophée, le Tigre s'en ressent forcément.

Ses trois défaites nourrissent en tout cas son incompatibilité supposée avec la Ryder Cup, et les doutes sur sa capacité à évoluer en doubles. Car s'il n'a pas forcément à rougir de son bilan en simple (une seule défaite en sept éditions), celui de ses +pairings+ (19 défaites en 29 matches) interroge.

Intimidant 

Si l'on décrypte son comportement avec Reed sur les deux premiers matins de cette Ryder Cup, il lui a très peu parlé, ne l'a quasiment jamais réconforté après un coup raté, partant souvent seul une fois le trou terminé... et perdu.

Il y a bien eu quelques rares moments de complicité mais, comparé à Fleetwood et Molinari, deux concierges à deux doigts de s'enlacer à chaque birdie, le fossé a sauté aux yeux.

"Il est souvent dans sa bulle, il adopte une distance... C'est un loup solitaire, un mâle alpha, et c'est un handicap pour jouer en équipe", estime Christophe Muniesa.

Son aura auprès des ses coéquipiers, qui lui vouent tous une admiration énorme, n'aide pas non plus. "Ca leur met une pression énorme, ils ne veulent pas rater, pour ne pas le décevoir", ajoute le DTN.

Depuis 1997, plus d'une dizaine de partenaires se sont cassé les dents sur le Tigre. Seul Steve Stricker, l'un de ses amis, a le mieux composé avec la bête à Celtic Manor en 2010 (deux victoires). Sauf que cette association a coulé à Medinah deux ans plus tard (3 défaites).

Mais voilà. Comment ne pas aligner Woods en doubles. "C'est comme laisser Messi ou Ronaldo sur le banc, c'est quasiment impossible", tranche Christophe Muniesa. Cette sorte de fatalité a encore coûté des points précieux aux Etats-Unis. Un simple gagné, dimanche, consolerait le Tigre.