Hockey

Désormais, appelez-les vice-championnes d’Europe pour au moins deux ans. Les Red Panthers ont évacué en une semaine des frustrations accumulées durant les 4 dernières années.

"C’est incroyable", soulignait la très jeune Sophie Limauge. "Il y a deux mois, nous achevions la World League à la huitième place. Aujourd’hui, je vous parle avec une médaille d’argent des championnats d’Europe autour du cou. Nous l’avons méritée car nous avons réussi à être constantes durant quelques matchs de suite. Est-ce trop tôt pour une médaille ? Non, il n’est jamais trop tôt ! En plus, elle est en argent. Maintenant, il faudra viser l’or. Et puis, j’ai découvert un sentiment magique avant cette finale. Je veux en revivre."

A Amstelveen, les Belges ont exploité leur potentiel actuel à presque 100 % pour écœurer l’Espagne en phase de poules et l’Allemagne en demi-finale. En finale, elles n’ont pas fait le poids contre les n°1 mondiales néerlandaises.

"Les Pays-Bas ont mérité leur victoire", analysait notre consultante Emilie Sinia. "Mais, les Belges ont osé jouer. Elles ont été un peu plus offensives, ce qui a ouvert les espaces à l’arrière."

Il aurait fallu un match parfait

Telle était la clef de ce match de gala. Les protégées de Niels Thijssen ne devaient pas se retrancher dans leurs 25 sous peine de ne pas s’amuser durant la partie.

"Avant le match, nous savions que nous avions réalisé une performance qui allait marquer le hockey féminin en Belgique", confiait Judith Vandermeiren. "Nous avons montré que nous étions capables de jouer au hockey. Sur les réseaux sociaux, on sentait l’agitation. En finale, nous avons osé jouer, mais, pour entrer dans le cercle adverse, il fallait que tout soit parfait. En défense, nous avons commis trop d’erreurs. Nous n’avons aucun regret."

Elles doivent même être très fières de ce 3-0. Certes, la défense n’a pas été aussi solide que lors du match de poule. Certes, les contrôles de jeu n’ont pas été assez précis pour accélérer le jeu. Certes, les attaquantes ont dû jouer très bas pour toucher des balles.

"La défense était un peu moins sharp. Malgré cette envie de jouer offensivement, elles n’ont eu que 2 entrées de cercle", pointait Emilie Sinia qui soulignait plutôt le courage. "Elles ont évité de passer par les flancs. La différence s’est jouée sur un plan technique. Les Pays-Bas ne perdent pas une seconde avec un mauvais contrôle."

Croiser les doigts pour le Mondial

La finale a apporté son lot d’enseignements à tous ceux qui gravitent autour de cette équipe. Les bases physiques sont évidentes. La gestion mentale a été remarquable. Leur capacité à défendre face aux top teams n’est plus à prouver. Si les Red Panthers veulent franchir l’étape supplémentaire, elles devront désormais éviter les déchets techniques afin de construire un jeu offensif plus performant.

Cette médaille d’argent a été la réponse à une équation à de nombreuses inconnues. A Amstelveen, le puzzle s’est mis en place à la perfection. Les anciennes ont puisé dans les échecs du passé pour revenir plus fortes. Les nouvelles, qui ont profité du programme BeGold, ont débarqué avec leur fraîcheur. Elles ont immédiatement acquis les réflexes pros pour s’intégrer au plus vite dans l’équipe. Un grand tournoi n’est possible qu’avec une grande gardienne. Aisling D’Hooghe, qui a été élue la meilleure keeper du tournoi, a été exceptionnelle. Enfin, le staff, dont on attendait de voir ce qu’il était capable de réaliser comme chef-d’œuvre, a résolu tous les problèmes pour faire souffler un vent positif sur ce groupe. "Niels Thijssen a redonné confiance à toute l’équipe après une World League décevante", dit encore Sinia

© Philippe Demaret

Last but not least, la chance s’est invitée dans leur camp. Face aux Pays-Bas ou contre l’Espagne, elles ont eu ce brin de réussite qui leur tournait le dos depuis l’Euro de Boom.

Désormais, les médaillées d’argent croiseront les doigts. Il faut espérer que les résultats des coupes d’Afrique et d’Asie soient favorables afin que leur 8e place à la Rasante soit suffisante pour disputer la Coupe du monde l’été prochain.

Pays-Bas : Veenendaal; van Male, Leurink, de Waard, Keetels, Dirkse van Den Heuvel, Welten, van Maasakker, van den Assem, Stam, van Geffen, Puis Pheninckx, Jonker, Verschoor, Matla, Sanders, Nunnink.

Belgique : D’Hooghe; Cavenaile, Fobe, Vanden Borre, Vandermeiren, Limauge, Gerniers, Nelen, Boon, Raes, Versavel, Puis Peeters, Hillewaert, Leclef, Struijk, Weyns

Arbitres : MMme I. Presenqui (Arg) et S. Wilson (Eco)

Carte verte : 32e Cavenaile

Les buts : 12e Dirkse van den Heuvel (1-0), 48e Jonker (2-0); 60e van den Assem (3-0)

La parole au coach : selon Thijssen, "Approcher le top est possible"

Niels Thijssen, le coach des Red Panthers, ne pouvait cacher sa satisfaction de voir ses protégées avec la médaille d’argent. "Nos filles peuvent être très fières, elles le méritent", précisait-il. "Nous sommes restés longtemps dans la partie en n’étant menés que d’un but jusqu’au dernier quart, mais au final nous perdons devant une très forte équipe des Pays-Bas, la meilleure équipe du tournoi. Nous pouvons être fiers de ce que nous avons réalisé. Nous ne sommes que la 14e nation mondiale pour l’instant et cela s’est joué sur énormément de petits détails techniques, physiques et tactiques. Cette prestation ouvre de nouvelles perspectives pour l’avenir et montre que c’est possible d’approcher le top." Une réunion entre le T1 et les pontes de la fédé est prévue dans les prochains jours pour entamer les négociations au sujet de la prolongation de son contrat.

© Philippe Demaret

Limauge : 24 heures qui ont changé sa carrière

Depuis la victoire de jeudi contre l’Allemagne, Sophie Limauge, la benjamine du groupe, savait qu’elle ramènerait déjà sa première médaille à la maison alors qu’elle ne disputait que son 2e tournoi officiel.

Sa joie est contagieuse. Dimanche, en début d’après-midi, elle a accepté de retracer les 24 heures qui ont changé sa carrière naissante.

Samedi 12h : "Nous avons mangé un petit repas léger avant de faire une sieste."

Samedi 14h30 : "Comme d’habitude, nous avons couru au parc. Avec Joanne (Peeters), Louise (Versavel) et Elena (Sotgiu), nous avons regardé le dernier épisode de la saison 5 de ‘Orchan Black’."

Samedi 17h : "A 3 heures du début du match, nous mangeons toujours des pâtes et des crêpes au sucre, ce qui nous met de bonne humeur."

Samedi 17h45 : "Nous avons un dernier briefing rapide qui met le doigt sur les informations les plus importantes. Le but n’est pas de nous faire trop réfléchir. Niels Thijssen nous avait demandé de faire circuler 3 photos de nos proches. Nous étions émues. Il a retracé notre boulot des trois derniers mois en nous rappelant que nous les rendions fiers. Son speech était motivant."

Samedi 18h30 : "Nous sommes parties en bus au stade."

Samedi 19h10 : "Nous montons sur le terrain d’entraînement. D’habitude, nous regardons le match précédent. Comme il était déjà fini, nous n’avions rien à faire. La pression montait."

Samedi 19h15 : "Nous nous sommes entraînées sur le terrain 2 pour ne pas changer nos habitudes."

Samedi 19h45 : "Nous entendons le speaker qui chauffe le stade. Dans le vestaire, on se regarde. Le stress est là. Nous avions déjà joué contre les Pays-Bas dimanche, mais le contexte était différent."

Samedi 21h20 : "Durant la minute après le coup de sifflet final, nous sommes déçues, mais la fierté reprend vite le dessus. Nous avions failli revenir à 1-1. On savoure chaque seconde sur le terrain. On se croyait en Ligue des champions. On avait déjà vu les médailles en photo. Là, on les touchait."

Samedi 22h : "Après un passage par les médias et la douche, on a reçu une bouteille de champagne d’un sponsor. Nous avons chanté avec les parents."

Dimanche 00h15 : "Nous quittons le stade pour déposer nos affaires à l’hôtel. Nous avons bu un autre verre avec l’équipe, quelques petits amis de joueuses et des parents."

Dimanche 2h : "Nous avons rejoint l’équipe des Pays-Bas et d’Irlande dans un bar où nous avons passé la nuit à danser."

Dimanche 6h : "Je suis rentrée pour dormir. Malgré l’excitation, la fatigue avait pris le dessus."

Dimanche 10h : "Nous devions vider nos chambres."

Dimanche 12h : "Après un brunch en équipe, nous avons rejoint le stade à 14h30 pour encourager les Red Lions."