Hockey

Aux yeux du grand public, les Red Lions ont soudainement crevé l’écran depuis les Jeux olympiques. Il n’en est rien. Le chemin vers le top mondial a démarré il y a près de 10 ans. En 2004, le projet ABCD, réunissant les forces vives du COIB et de l’ARBH, a jeté les bases de cette success story. Au fil des ans, la structure autour des Red Lions s’est renforcée. Le staff aussi.

Dans l’ombre du trio Lammers-Delmee-Goldberg, quelques personnalités ont apporté leur pierre à l’édifice. Jef Brouwers est monté dans le train des Red Lions en 2008, au lendemain des JO de Pékin. L’homme n’avait jamais assisté à une rencontre de hockey ! Pionnier dans le domaine du coaching mental des sportifs, il remercie Frank Vandenbroucke qui a introduit dans les médias la notion de préparateur mental. Aujourd’hui, les plus grands staffs sportifs collaborent tous avec un spécialiste de la psychologie. Jef Brouwers, passionné par cette cause, distille avec minutie ses conseils dans des secteurs aussi variés que l’athlétisme, le cyclisme, le football et le hockey.

Quotidiennement, il téléphone à Jacques Borlée afin d’ergoter sur le relais 4x400 mètres. Très régulièrement, il se rend sur des courses cyclistes. “J’étais sur le Tour de France car nous voulions pousser Cavendish vers la victoire”, souffle celui qui travaille étroitement avec Omega-Pharma. Mercredi passé, il s’entretenait encore avec les footballeurs du Club de Bruges alors qu’il faisait ses valises pour l’hôtel Ter Elst où il séjourne durant 10 jours avec les hockeyeurs.

“Les gens pensent que le psychologue doit vivre tous les jours. Pas du tout.” Ce professionnel du domaine mental aurait besoin de 4 agendas pour honorer tous ses rendez-vous. Le temps d’un Euro, il s’est focalisé sur les Lions. “Ma méthode ? Je défais une rencontre de tout ce qui est nocif. Avant l’Allemagne, je relativisais l’enjeu. Je refuse de parler de la finale même si c’est un objectif. Les joueurs doivent prendre du plaisir et s’amuser. Ces matches ne restent que des matches. Je ne cherche pas à les motiver. C’est le rôle de Marc (Lammers)”, analyse la star des psychologues sportifs en Belgique. Parfois, je les invite quand je les sens inquiets avant une annonce de sélection par exemple. Certains joueurs viennent me voir de leur propre initiative. La gestion des émotions fait partie des critères décisifs dans les choix du coach.”

Depuis 2008, il a vécu toutes les plus belles pages de l’histoire des Red. Il arrive petit à petit au bout de son chemin. “Le foot joue sur la répression et la gratification après un succès. Après une victoire, les footballeurs sont parfois dispensés de l’entraînement du lendemain. En hockey, il en va autrement car tous les joueurs sont d’accord avec le programme qui est décidé avec tout le groupe. On a introduit la motivation externe. Les joueurs n’ont plus peur de personne. Ils possèdent une totale indépendance mentale. Ils sont parvenus à devenir indépendants et imperméables à tous les facteurs extérieurs.”

Et l’homme de poursuivre son discours : “Aujourd’hui, les joueurs ont terminé de se concentrer sur les autres. Au contraire de nombreuses autres nations, ils se focalisent uniquement sur leurs forces, leurs compétences et leur jeu. Ils sont tous auto-responsables. Quand les Allemands ont marqué en premier, la tension mentale des Belges n’a pas changé. Ils ont accompli leur job. Les Allemands ont été si surpris qu’ils se sont énervés. En sport, on ne peut pas être surpris. Nous avons gardé notre structure”, conclut celui qui se réjouit de l’intégration du hockey belge.

En 5 ans, il a assisté en spectateur privilégié à l’essor du stick en Belgique. “En 2008, les clubs faisaient une petite ou une grande guerre à l’équipe nationale et son agenda. Aujourd’hui, les tensions ont disparu. Nous échangeons nos données avec les clubs. A 2 ou 3 reprises par an, nous nourrissons les clubs de nos enseignements et vice versa. Nous ne pouvons pas comparer la situation des Red Lions en 2007 et en 2013. Ils sont devenus si pros.”

Jef Brouwers sort d’un été merveilleux où Bruges aligne les victoires, où le relais a surpris positivement lors des Mondiaux de Moscou, où le hockey se porte comme un charme et où Omega-Pharma Quickstep a enlevé 4 étapes sur le Tour de France. Et le meilleur reste à venir…