Le dernier bastion unitaire est tombé

Thibaut Vinel Publié le - Mis à jour le

Hockey

Un dossier récurrent revenait depuis 1999 sur la table des discussions au sein du conseil de l’Association royale belge de Hockey : la scission. Déjà sous la présidence de Jean-Claude Leclef (1993-2004), le débat animait ces longues réunions.

Quelques voix manquaient toutefois pour que cette rupture entre les deux communautés sorte définitivement des cartons. Un comité, composé d’Erik Gysels (Flandres), d’Yves Charlier (Wallonie) et de Philippe Clément (Bruxelles) ainsi que de Jean-Claude Leclef, avait reçu pour mission de baliser ce vaste chantier. Parmi les fédérations sportives du royaume, seul le hockey avait échappé à ce morcellement.

Mandaté depuis plusieurs mois, ce groupe d’experts a planché sur ce mal typiquement belge. Touché par ce jour historique où, pour une fois, l’actualité se déroulait en dehors des terrains, le président Marc Coudron a terminé son argumentation avant le vote, en évoquant les deux raisons qui imposaient un tel acte. "Nous n’avons plus le choix. En 2014, le décret flamand ne financera plus les institutions sportives fédérales. Du côté du COIB, j’ai été averti que l’aide tomberait de 911 000 euros à 400000 euros. Autant dire que l’an prochain, nous n’aurions plus réussi à boucler nos budgets."

Le projet est donc arrivé à bon port samedi dernier. Le président a été entendu. En effet, 44 représentants de club sur les 64 matricules belges se sont réunis pour valider définitivement cette nécessité. 392 voix, soit plus de 80 %, ont accueilli positivement la scission contre à peine 81 refus. Les deux ligues communautaires, LFH et VHL, seront créées en 2013 pour le championnat 2013/2014.

L’ARBH continuera d’exister sous forme d’une coupole qui réglera les championnats nationaux Honneur, 1 et 2, ainsi que les activités des équipes nationales. Chaque membre sera automatiquement affilié à sa ligue communautaire en fonction de la localisation de son club.

Dicté uniquement par des impératifs économiques, ce nouveau défi n’est pas pollué par des exigences linguistiques, ce qui a facilité le passage inéluctable de ce nouveau cap.

"Les dépenses fédérales ont été multipliées par 3,5 pendant que le nombre de membre a crû de 1,7", confie Jean-Claude Leclef. "Nouer les deux bouts s’apparentait à un véritable parcours du combattant. Le hockey avait besoin d’explorer d’autres pistes pour répondre aux besoins financiers du sport moderne. Cette scission débloquera entre un million et un million et demi."

Les exploits répétés de nos équipes nationales depuis quatre ans représentent la partie visible d’un iceberg qui cache les fonds colossaux déboursés pour favoriser l’éclosion des talents d’une génération. La scission se profile donc comme la rançon de cette gloire qui présente un coût exorbitant.

Deux millions d’euros, telle est la somme débloquée chaque année pour assurer la pérennité de ces bons résultats. Le budget de l’ARBH avoisine les 3,36 millions grâce au soutien indéfectible du Comité olympique interfédéral belge à hauteur de 1,275 million. Cette manne providentielle provenant du COIB ne pourra pas toujours répondre aux besoins croissants. L’organe olympique belge réclame lui-même cette scission afin d’assainir les finances du sport collectif belge le plus compétitif sur la scène mondiale.

"L’ARBH défend cette rupture tout comme le COIB qui a confirmé que ses budgets n’étaient pas extensibles. Quelques clubs flamands aussi, et non des moindres, mettent la pression sur ce dossier pour avoir accès aux subsides d’infrastructure de la région", poursuit l’ancien président fédéral.

Le terme scission effraye les uns, même s’il fait partie du vocabulaire usuel des médias. Concrètement, le membre lambda n’en ressentira pas les effets. Les championnats nationaux garderont leur caractère fédéral, ne disséminant pas tous leurs stars dans deux championnats parallèles. L’ARBH s’érigera désormais comme une coupole qui abritera deux Fédérations qui recevront des subsides supplémentaires des régions.

Ce glissement de compétences ébranlera les fondations financières afin d’élever l’édifice sportif vers d’autres sommets. Reste à savoir si le ministre des Sports de la Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles tiendra la comparaison avec son homologue néerlandais pressé d’investir dans ses infrastructures.

Le message envoyé par le ministre CdH, sous la forme d’une enveloppe de 170 000 euros en faveur des Red Lions et des Panthers, sonne comme un signal fort. Il aurait peut-être dû attendre encore quatorze mois ? Doit-on craindre un hockey à deux vitesses avec un TGV néerlandophone qui éclipsera les vieux trains francophones ? Seul l’avenir apportera certaines clefs de réponse.

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