Sofie Gierts: "On m’avait dit de me taire"

Thibaut Vinel Publié le - Mis à jour le

Hockey

Ambiance délétère teintée de soulagement hier lors de l’entraînement des Red Panthers au Beerschot. En prélude à la séance du jour, Pascal Kina s’est adressé aux joueuses pour leur signifier sa décision d’évincer l’expérimentée Sofie Gierts du groupe.

Les 23 athlètes ont accueilli la nouvelle dans un silence religieux. La principale intéressée, qui sortait d’un entretien de 15 minutes avec l’entraîneur, avait déjà repris ses affaires.

A 32 ans, Sofie Gierts, qui a toujours revêtu les habits de pionnière dans sa discipline, goûtait enfin à l’ivresse d’une campagne olympique. Première joueuse à arrêter ses études pour sa passion du stick, elle a aussi ouvert la route vers l’étranger. A une époque où le hockey féminin ne pesait vraiment pas lourd en Belgique, elle a tenté sa chance dans les championnats européens les plus relevés du calibre de l’Allemagne, de l’Espagne ou encore des Pays-Bas.

Sur le plan national, elle s’était farcie durant des années les tournois internationaux de seconde zone avant de claquer la porte à des Red trop peu ambitieuses en 2008. Quatre ans plus tard, la quintuple Stick d’or avait effectué son retour par la grande porte. Si elle a inscrit les trois buts belges de la finale victorieuse contre l’Irlande lors du tournoi préolympique au Beerschot, elle a souvent fait parler d’elle en coulisses pour ses frasques.

Hier, elle tombait des nues lorsque le couperet est tombé. "J’ai été très surprise", souligne-t-elle marquée par la nouvelle. "Je ne m’y attendais pas du tout même si j’avais reçu des signaux avant-coureurs."

De fait, en sept mois, la joueuse de l’Antwerp avait été convoquée à plusieurs reprises dans le bureau de Pascal Kina. La dernière entrevue remontait à 10 jours. "Pascal m’avait confié qu’il préférait m’aligner en attaque car je n’avais plus le niveau de l’entrejeu. Face aux grandes nations, je n’étais plus assez efficace."

Les événements se sont alors précipités. Après deux entraînements, la sentence irrévocable est tombée. Gierts était devenue implaçable sur l’échiquier de Kina. "J’ai réfléchi sur la manière dont je devais adapter mon jeu."

Le T1 ne lui a plus laissé une ultime chance. Outre cet aspect sportif, la véritable cause de cette éviction doit se chercher ailleurs. A demi-mot, les protagonistes effleurent les raisons de ce gâchis. "Il m’a rappelé que beaucoup de choses se sont passées sans chercher à entrer dans les détails. Je devais plus suivre les règles. On m’avait dit de me taire. Certaines filles se sont plaintes de mon attitude auprès de l’entraîneur. J’ai oublié mon équipement lors d’un entraînement. Bref, quand on cherche à enfoncer quelqu’un, on trouve toujours des raisons. Je ne veux pas déstabiliser le noyau."

Déçue, la joueuse refuse de cracher son venin et ne nourrit aucun regret. "Je peux me regarder dans la glace tous les matins. Certes, je ne suis pas toute blanche, mais je ne noircirais pas outre mesure mon parcours."

De fait. Afin de retrouver en un court laps de temps un niveau international, elle n’avait reculé devant aucun sacrifice. La jeune maman, employée dans une agence de publicité, avait mis sa vie extra-sportive entre parenthèses. "Je me suis mise au service du groupe à temps plein. A force de travail, j’avais retrouvé ma condition physique en trois mois. Mon patron avait accepté de me libérer pour cette aventure olympique. Enfin, ma compagne avait compris les enjeux et m’avait donné son feu vert."

Sept mois plus tard, elle a donc quitté le terrain par la toute petite porte. Sans haine. "Je n’en veux à personne, clame-t-elle. Je me retire le cœur léger car les motifs invoqués restent vagues. Je n’ai jamais frappé personne ni provoqué de bagarre. La déception est immense, mais je ne suis pas dégoûtée par le hockey. Je continuerai en club car je pratique cette discipline par passion."

De son côté, la Fédération justifiait cette décision par l’intérêt de garder une visée à long terme. Derrière les Jeux, l’ARBH entend mettre en place une jeune équipe compétitive qui pourra s’illustrer lors de l’Euro 2013 à Boom, lors des Championnats du monde en 2014 à Den Haag ou encore les Jeux olympiques de Rio en 2016.

Pour l’heure, le milieu du hockey doit d’abord digérer ce séisme qui a ébranlé son univers. Après la réaction épidermique face à une telle nouvelle vient le temps de l’analyse.

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