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Il vient de passer un bon mois au Chili et en Argentine. S’en va en Suisse puis en Suède. Armand Marchant, pas encore 18 ans, vit à la poursuite de l’hiver. L’adolescent de Thimister - "Chicken", comme on le surnomme - est un de ces espoirs que le ski belge a longtemps attendus.

Il ne rivalise pas encore avec les exploits de Patricia du Roy de Blicquy, qui avait décroché une sixième place en descente aux championnats du monde en 1962, mais se hisse dans une hiérarchie mondiale du ski, autrement plus compétitive qu’à l’époque, avec un étonnant professionnalisme. La médaille dont il est le plus fier n’est pas en or mais en bronze, décrochée au Festival olympique de la jeunesse européenne, à Montafon l’hiver dernier. Dans son palmarès, on trouve aussi une quatrième place mondiale en slalom, une huitième en géant et un titre de champion du monde en combiné dans sa catégorie d’âge (U18).

Du fun à la compétition

Armand Marchant n’avait que deux ans et demi quand il a chaussé les skis pour la première fois. "Mes parents sont deux amoureux de la montagne et m’ont transmis cela", raconte-t-il. Ils les emmenaient, lui et sa sœur Alba, tous les week-ends dans les Vosges.

A sept ans, Armand rejoint le Ski Club de Malmedy, avant de se faire détecter par la Fédération francophone belge. Le gamin ne manque pas de potentiel. "J’étais doué", dit-il. "Dans mon club de ski en Belgique, j’étais déjà un peu phénoménal." A dix ans, il épingle une flèche d’or de l’Ecole du ski français au revers de sa veste - bref, le gamin talonne les moniteurs. Mais "je faisais du ski pour le fun, je n’avais pas de vraie ambition de compétition".

Depuis, on l’aura compris, Armand a revu ses objectifs. Les Marchant, et d’autres parents de jeunes pousses, créent en 2010 le BE Ski Team et engagent pour les entraîner un ancien membre de l’équipe de France, Raphaël Burtin. Véronique, la maman d’Armand, pousse plus loin la logique et s’installe avec son fils dans un bungalow de camping à Praz-sur-Arly. "Mon entraîneur m’avait dit que je devais skier autant que les jeunes Français. C’est lui qui a vu que j’avais un certain potentiel et qu’il fallait que je l’exploite ." Armand le reconnaît volontiers : "des sacrifices, mes parents en ont fait et en font toujours". Ils acceptent aussi que leur fils mette l’école entre parenthèses. "Si on rentre dans la structure du BE Ski Team, il faut être à fond, passer plus de temps sur les skis et moins sur les bancs d’école."

"Un coureur rêvé"

Pour Armand, le choix, assumé, s’avère payant. A se frotter aux jeunes des nations alpines, nés avec des skis aux pieds, "je me suis rendu compte que je n’étais vraiment pas mauvais et que je pouvais aller loin". Mais "le talent ne suffit pas, il faut travailler et s’entraîner à fond". Passionné, "accro" même, il n’y va pas à reculons."J’ai une exigence envers moi-même qui est élevée" et, pour ne rien gâcher, les résultats suivent. "Cela me pousse à travailler encore plus." Raphaël Burtin ne le démentira pas. "Armand a une motivation hors norme", nous déclare-t-il. "Il se fait tellement plaisir qu’il n’y a pas grand-chose qui puisse l’arrêter. C’est un coureur rêvé pour un entraîneur !"

Cet hiver, le jeune Belge a prévu de se concentrer sur des courses internationales (FIS A) et de Coupe d’Europe. Avec peut-être l’une ou l’autre incursion en Coupe du monde, pour se jauger. "Il ne faut pas brûler les étapes", estime le Français. A Alta Badia et Zagreb, dans la cour des grands - celle de ses idoles -, Armand n’a pas réussi à franchir la ligne d’arrivée l’an dernier. Mais "si je continue à progresser comme je progresse, il ne sera pas impossible de faire de bons résultats en Coupe du monde".