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Voile - vendée globe 2008-2009

Desjoyeaux au sommet de la vague

christophe blaivie

Mis en ligne le 02/02/2009

Sans faire de tapage, Desjoyeaux s’est construit le plus beau palmarès de la voile. Mieux qu’Eric Tabarly même si les époques sont difficilement comparables.

portrait

Michel Desjoyeaux (43 ans) est un homme "normal". Tellement normal qu’il en deviendrait suspect dans un milieu qui se nourrit de légendes. De son tour du monde, Mich’Dej’ (son surnom) est - vite - revenu car il n’avait pas besoin de "sauver son âme" tel Bernard Moitessier faisant un bras d’honneur à la gloire promise sur le plancher des vaches. Plutôt longiligne, Desjoyeaux n’a pas les biscoteaux saillants d’un Tabarly Il n’a pas non plus le verbe cinglant du Breton "dur au cœur tendre" façon de Kersauson ou Jean Le Cam. Garçon bien élevé, il ne fait pas le coup de poing dans les bars du port les soirs de biture [?]. Pas plus qu’il ne chavire, Desjoyeaux ne fait pas chavirer les cœurs, lui l’homme marié et père de trois enfants. A vrai dire, pour les plumitifs en mal de récits virils, le "Professeur" (son 2e surnom) n’est pas un bon "client".

Le kif de Mich’Dej’, c’est la gagne en y apportant la manière, c’est-à-dire une navigation la plus propre possible car il n’est pas marin à s’arracher les mains sur les écoutes. Desjoyeaux surfe, et de préférence sur le haut de la vague. Rien n’entrave son étrave.

Plus que les bons mots, son palmarès parle pour lui - voir par ailleurs. Desjoyeaux est à la voile ce qu’Eddy Merckx est au cyclisme : un "Cannibale". Comment en douter après l’avoir vu dévorer un par un ses adversaires qui avaient pris la poudre d’escampette pendant que le "Boss" repassait par la case départ après une petite fuite de ballast?

Michel Desjoyeaux ne pouvait échapper à son destin. Cadet d’une fratrie de sept, c’est à Port-la-Forêt (sud Bretagne), dans une maison balayée par les embruns que grandit tout ce petit monde. En 1956, Henri Desjoyeaux, le père, y construit un hangar destiné à hiverner les bateaux de plaisance. En plus de bichonner les coques, le patriarche fut le premier moniteur de la célèbre école de voile des Glénans, aujourd’hui la plus grande d’Europe.

Le fils de la Vallée des Fous

Les enfants Desjoyeaux ont l’océan pour terrain vague. "On a l’impression de ne rien leur avoir appris, souligne Henri Desjoyeaux. Ils partaient seuls, et nous revenaient avec des questions auxquelles je tentais de répondre." Port-la-Forêt, surnommée la Vallée des Fous, devient un vivier où se côtoient de jeunes régatiers qui écriront plus tard les plus belles pages de la course au large : Roland Jourdain, Jean Le Cam, Jean-Luc Nélias, Patrick Morvan, Philippe Poupon ou encore Bertrand De Broc, etc.

A l’âge de 20 ans, Michel embarque sur le Côte d’Or d’Eric Tabarly pour la Whitbread (actuelle Volvo Ocean Race) soit un tour du monde avec le maître. Le bateau battant pavillon belge n’est pas bien né, les avaries se multiplient. Tant mieux, c’est dans l’adversité que l’expérience se révèle souvent la plus enrichissante. Et les expériences, le jeune marin aime les multiplier. En 1992, il frappe fort en remportant la Solitaire du Figaro, l’"Ecole des Champions" pour beaucoup; une course "de gonzesses" selon Olivier de Kersauson qui se ravisera plus tard. Il s’y imposera à trois reprises, la dernière fois en 2007 alors qu’il avait tout à perdre, plongé au sein d’une flottille de jeunes loups avides de se payer la peau du cador. "La Solitaire du Figaro demeure, en terme sportif, ce que l’on peut faire de mieux, car c’est une course à armes égales. Avec les monotypes, c’est vraiment le bonhomme qui fait la différence."

Depuis sa victoire en 2001 dans le Vendée Globe, la carrière de Desjoyeaux décolle. N’ayant plus rien à prouver à ce moment-là en monocoque, il déboule sur le circuit des multis avec un peu de retard sur une concurrence (Peyron, Cammas, Le Cam, Gautier, ) qui a pu se familiariser avec ces libellules des mers, aussi grisantes que rétives.

En 2002, la tempête fracasse les téméraires de la Route du Rhum. Sur dix-huit trimarans au départ de Saint-Malo, seulement trois rallieront la Guadeloupe. Avec qui à la première place ?

Classe Figaro, 60 pieds Imoca ou Orma, Hydroptère Rien n’arrête Desjoyeaux. A 43 ans (seulement !), on le voit mal ranger son ciré. Quels seront ses nouveaux défis ? Le Trophée Jules Verne ? Les records en solitaire ? La Coupe de L’America? Qui sait Une chose est sûre, le "Professeur" sera toujours là pour donner la leçon.

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