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Voile - Vendée globe 2008-2009
Desjoyeaux tout feu tout flamme
Christophe BLAIVIE
Mis en ligne le 02/02/2009
Envoyé spécial aux Sables d’Olonne Le choc ! Imaginez-vous un homme seul en mer depuis trois mois qui voit fondre sur lui un essaim d’embarcations les plus hétéroclites, des hélicos et tout le toutim. Cornes de brume à l’unisson, dur, le retour à la civilisation. Bousculade dans le chenal, les coques se frictionnent, les noms d’oiseaux pleuvent. Sur les pontons, des dizaines de milliers de fans qui forment la plus belle des haies d’honneur. Mich’Dej’alias le "Professeur" se découvre un troisième surnom : "Mich’Monde". Lui a l’air sur une autre planète, en lévitation par rapport à l’agitation. Il n’est pas encore redescendu sur terre.
D’ailleurs, il reste sur son bateau pour répondre aux premières questions, celles des télés et radios. Les "Bras Cassés" - lisez l’équipe technique de Desjoyeaux - s’activent pour sécuriser Foncia qui, à première vue, ne porte pas les stigmates d’un tour du monde. Desjoyeaux plaisante, fait péter le champagne il se lâche comme très rarement on l’a vu se lâcher.
Ça y est, il daigne descendre parmi les Terriens. Des questions, pas toujours intelligentes : "Michel, êtes-vous une légende ? - Les légendes sont souvent des personnes qui ne sont plus là, non ?"
Un marin abouti
On l’oublierait presque, vu l’épaisseur de son palmarès, mais Desjoyeaux n’a que 43 ans et encore beaucoup de belles pages à écrire. Néanmoins, sur ce Vendée Globe, on a vu un marin en pleine possession de son art. La victoire est d’autant plus belle qu’elle s’est dessinée après un faux départ, une petite fuite qui aurait pu avoir de grosses conséquences. Le 11 novembre, Desjoyeaux est revenu pour la première fois aux Sables entre "chiens et loups". Pas pour y signer l’Armistice mais plutôt pour déclarer la "guerre" à une flottille tout heureuse de faire la "nique" au "Professeur". Mais le maître est vite remonté sur l’estrade, se surprenant d’être revenu si vite.
Les autres démâtent, se cassent le fémur ou s’échouent. Ceux qui restent en course grincent des dents. Un peu trop suffisant le Mich’Dej’? "On a toujours dit que j’étais trop modeste, là j’ai peut-être basculé du côté obscur." Insolent de chance quand les autres multiplient les galères ? Il enfonce le clou : "Quand la chance se renouvelle, on peut parler de talent." Il recadre : "Je ne fais que citer l’adage."
C’est vrai que l’on aurait aimé plus de résistance et une belle bagarre avec Loïck Peyron. "Quand il a démâté, je lui ai écrit un mail pas piqué des hannetons : "Tu fais chier !" C’est vrai que moi aussi j’avais envie de cette confrontation. Pendant un mois, Loïck était devant les jeunes loups, c’est très beau à son âge."
Volontiers badin voire poète quand il était en "chasse-patate", Desjoyeaux est redevenu un "tueur" dès qu’il est repassé en tête, le 16 décembre, à la faveur du démâtage de Mike Golding. "Je ne me réjouis jamais du malheur des autres. J’ai changé à ce moment-là parce que je me trouvais à la place que j’étais venu chercher. L’heure n’était plus à la rigolade."
Jusqu’aux limites
Le problème des autres marins, c’est que Michel Desjoyeaux est trop fort et ça les agace parfois. Alors ils disent que le "Mich" tire trop sur la machine, qu’il est suicidaire d’aller si vite dans une mer vache. "J’ai entendu ça. Je me suis regardé dans la glace et me suis posé la question de savoir si j’outrepassais les limites du bateau. La réponse est non. Ces bateaux sont faits pour marcher en équipage et on sait qu’un solitaire n’est qu’à 75 pc par rapport à un équipage. Je ne vois pas où est le problème."
Entre son premier Vendée Globe, en 2001 et son deuxième, le marin n’a pas perdu son temps. "A la barre d’un trimaran dans l’Atlantique Nord, c’est autrement casse-gueule qu’en monocoque dans les mers du Sud. Alors, oui, j’ai de l’expérience et je sais quand je suis limite ou pas. C’est dommage que la classe des multis 60 pieds ait disparu. Les jeunes générations perdent quelque chose."
Soyons-en sûr, on ne revient pas indemne d’un Tour du monde. En 1997, Christophe Auguin n’était pas revenu le même homme; il a disparu de la circulation. Le jardin secret de Michel Desjoyeaux doit être bien fleuri d’épreuves qui renvoient l’homme à sa modeste condition. La seule émotion qu’il laissera perler, étonnamment, sera pour son sponsor, une boîte qui a cru au rêve d’un homme qui fait rêver les autres hommes.
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