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championnat d'Europe

Si ce n’est toi, c’est donc ton frère

Guy Beauclercq

Mis en ligne le 31/07/2010

Jonathan, pourtant favori, est passé au travers de sa course et finit septième. Le dernier sacre d’un homme belge à l’Euro remontait à 1972.

Montant sur la piste côte à côte, Jonathan, en blanc, et Kevin, en noir, se tapèrent dans la main avant de rejoindre leur couloir respectif, le 3 pour le premier, le 6 pour le second. Entre eux, David Gillick et Leslie Djhone, mais aussi Martyn Rooney et Michael Bingham, portaient des lunettes noires comme s’ils ne voulaient pas laisser apparaitre leurs sentiments.

Installant consciencieusement leurs starting-blocks, les jumeaux semblaient sereins. Puis, vint le fameux coup de sifflet du starter comme avant chaque course. Tandis que Gillick se signa, Jonathan s’assit sur son plot pour boire une dernière gorgée d’eau. A l’applaudimètre, nos compatriotes n’eurent rien à envier à leurs adversaires.

Les athlètes prirent place et un énorme silence s’installa dans le Stade olympique jusqu’à ce que retentisse le coup de feu. Parti à tombeau ouvert, comme on s’y attendait, Bingham, au 8, mit la pression, mais ce fut surtout Djhone qui se montrait impressionnant dans la première moitié de course.

Au couloir 5, il revint sur Kevin tandis que Jonathan tentait de maintenir le contact avec Gillick, au 4. La situation se stabilisa dans le deuxième virage, même si on sentait que Jonathan et Kevin étaient malmenés par Leslie Djhone. Troisième, il y a quatre ans, à Göteborg, le Français déboucha en tête dans la dernière ligne droite.

Loin derrière, Kevin entama, alors, une folle remontée, à la Christophe Lemaitre sur 200 m, pour venir coiffer tous les favoris, Jonathan y compris, avant de tomber dans les bras de son frère

Affichant un large sourire, Kevin Borlée expliquait après son sacre : "Avant la course, nous nous sommes concertés avec Jonathan et nous nous sommes dit que celui qui allait réussir à faire sa course, c’est-à-dire à rester concentré d’un bout à l’autre de ce tour de piste, allait s’imposer. On savait que tout était possible au cours de cette finale. Quand j’ai vu Leslie Djhone me remonter très vite, je ne me suis pas énervé et, en définitive, c’est moi qui ai réussi à exécuter la meilleure course ! Je suis très heureux même si, bien sûr, je suis un peu triste pour Jonathan qu’il ne se hisse pas sur le podium parce qu’il le méritait amplement au vu de sa superbe saison".

Septième de cette finale, Jonathan, précisément, soulignait les mérites de son frère jumeau : "Chapeau à lui, vraiment ! Je suis très heureux pour lui parce qu’il n’a pas vécu une saison facile jusqu’à présent, cherchant en vain à descendre sous les 45 secondes. Et finalement, il est là, bien présent, et il finit par émerger. Bravo ! En ce qui me concerne, j’étais parti sur un bon rythme mais les jambes n’ont pas suivi. C’est la première fois que cela m’arrive cette saison et, malheureusement, cela survient au plus mauvais moment".

De son côté, Leslie Djhone estimait que les favoris s’étaient un peu trop regardés : "Je pense qu’avec Jonathan et David Gillick, qui possèdent tous les deux un gros "finish" , on a trop essayé de se neutraliser, avec le résultat que l’on connait. Il est tout de même étrange de constater que les trois meilleurs athlètes dans les bilans européens de l’année ne soient pas sur le podium. Au final, ceux qui sont devant ont disputé la demi-finale la moins relevée. Malheureusement, il m’a manqué vingt mètres".

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