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Chloé Graftiaux nous a quittés ce dimanche, après avoir été victime d’une chute de près de 600 m dans l’aiguille noire de Peuterey, dans la partie italienne du massif du mont Blanc. A 23 ans, la Namuroise, 3e de la Coupe du monde d’escalade, a été emportée par la chute d’un rocher alors qu’elle descendait la face sud de la montagne. Une face qui ne présentait a priori aucune difficulté pour une alpiniste aguerrie. Voilà pourquoi elle ne s’était pas assurée. La multiple championne de Belgique laisse un grand vide dans le petit monde de l’escalade, mais aussi auprès de tous ses proches.

Méconnue du grand public, Chloé a pourtant gravi les échelons peu à peu pour tutoyer les sommets mondiaux. Dès l’âge de 8 ans, elle se laisse entraîner par sa sœur Alix dans les salles d’escalade. Vertiges de l’amour et amour du vertige, la passion frappe. L’escalade deviendra son univers ou plutôt leur univers, à elle et à sa sœur. "Born to climb" (née pour grimper) écrit-elle sur son site Internet. Chloé et Alix vont développer leur complicité dans un sport qui pousse au dépassement de soi, mais aussi qui force à se reposer sur son partenaire.

Dans les catégories de jeunes, Chloé brille dès 1999 alors qu’elle n’a que 12 ans. Deux ans plus tard, elle termine cinquième du championnat de Belgique senior. Ensuite, les titres nationaux s’accumulent à mesure que la Namuroise poursuit son ascension.

Sortie de l’ombre de Muriel Sarkany qui dominait la discipline et reconnue comme "sportive de haut niveau", Chloé jouit de facilités financières et structurelles dont elle compte bien profiter pour poursuivre sa progression. Elle remporte le trophée du mérite sportif de la Ville de Namur en 2006 et 2009 et le mérite sportif de la Communauté française en 2006 (catégorie espoir féminin). A 19 ans, elle migre vers Grenoble et ses Alpes. Et la montagne a elle aussi vite fait de séduire celle qui n’envisageait d’autre reconversion que guide et secouriste.

Après une saison 2010 émaillée d’une troisième place au classement général de la Coupe du monde, la jeune grimpeuse ne cachait pas son enthousiasme à l’idée de passer ce mois d’août dans les Alpes. Sur son site, il y a à peine une semaine, elle écrivait "un peu de montagne, ça ne fait pas de mal". Elle y décrivait comment elle avait manqué de tomber quelques jours plus tôt "en arrachant un gros bloc". Si Chloé Graftiaux avait conscience du danger qui la guettait, elle avait choisi de se consacrer à 100 % à sa passion.

Vaincue par cette montagne qu’elle chérissait mais défiait depuis des années, la jeune Namuroise laisse derrière elle une famille meurtrie. Une famille qui lui a rendu hommage sur son site. "Notre peine est tellement grande que nous n’en voyons pas le fond, comme le vide qui t’a happée. Tu es à jamais la vie, la vie avec passion, avec détermination, sans arrière-pensée, sans retour en arrière, avec joie et fougue Tu es Chloé, notre fille, notre sœur, notre amie, au présent." Un registre de condoléances a à ce sujet été ouvert sur le site Internet de Chloé Graftiaux (www.chloegraftiaux.com)