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Un visage souriant devant les plus graves accusations de dopage organisé, un accent inimitable en anglais et une fidélité sans faille à Vladimir Poutine: Vitali Moutko, son vice-Premier ministre, est le Monsieur Sport de la Russie, désormais dans la tourmente.

Au coeur du scandale de dopage qui ébranle la Russie depuis près de trois ans, Vitali Moutko vient d'être banni à vie des JO, une première dans l'histoire olympique pour un dirigeant de cette importance. Cette décision, à trois jours de son 59ème anniversaire, est un nouveau camouflet pour un homme qui a pourtant conservé le soutien sans faille de Vladimir Poutine.

Car le nom de Vitali Moutko est associé depuis plus de deux ans au vaste scandale de dopage qui vise le sport russe.

Moutko apparaît notamment dans le rapport de l'Agence mondiale antidopage (AMA) rédigé par le juriste canadien Richard McLaren, qui met en évidence un dopage supervisé par les autorités lors des JO-2014 de Sotchi et aux Mondiaux d'athlétisme de Moscou en 2013.

Si son implication directe n'est pas établie dans ces deux évènements, celui qui était depuis 2008 ministre des Sports est en revanche clairement mis en cause pour onze cas de dopage dissimulés par les autorités russes entre 2012 et 2015 concernant des joueurs de football. Ces derniers ont bénéficié de l'attention particulière de Vitali Moutko, qui préside également la Fédération russe de football et chapeaute l'organisation de la Coupe du monde 2018 en Russie.

"Les échanges de courriers électroniques auxquels a eu accès la commission d'enquête montrent que la décision finale de falsifier les résultats provenait de +VL+", explique le rapport, "VL" désignant les initiales du prénom et du patronyme, Leontievitch, de Vitali Moutko.

Vitali Moutko avait ensuite été déclaré "non éligible" à un renouvellement de son siège au Conseil de la Fifa, poste qu'il occupait pourtant depuis 2009, la Fifa voyant des "risques d'interférence possible" avec son nouveau poste de vice-Premier ministre russe.

Laboratoire antidopage

Malgré des appels internationaux à sa démission et la promesse russe de suspendre tous les responsables mis en cause dans le rapport, Vitali Moutko était non seulement resté en place, dénonçant des accusations "impossibles et irréelles", mais avait été promu en octobre vice-Premier ministre chargé des Sports.

Sa conseillère antidopage et son vice-ministre des Sports Iouri Nagornykh, présenté comme "l'homme de liaison" du ministère qui indiquait au laboratoire antidopage de Moscou quels échantillons d'athlètes dopés il fallait conserver ou supprimer, avaient en revanche été suspendus après ces révélations.

Des scandales, Vitali Moutko en a déjà traversé beaucoup. Mais pour ses anciens collègues, l'homme se distingue par sa capacité à en sortir indemne.

"Dans le monde du sport, il y a toujours énormément de conflits d'intérêt ou de situations conflictuelles. Il a toujours pu les résoudre et mettre les gens d'accord", se souvient Andreï Malossolov, qui dirigea le service de presse de la fédération de football et travailla avec Vitali Moutko de 2005 à 2010.

Depuis, M. Moutko a eu aussi à affronter des scandales en Russie, notamment pour son rôle dans les jeux Olympiques de Sotchi en 2014, les plus chers de l'histoire. Il fut l'un des dirigeants chargés de superviser les travaux qui atteignirent la somme pharaonique de 51 milliards de dollars sur fond d'accusations de corruption.

Notes de frais

Il a aussi été accusé de plus petites transgressions, comme ces notes de frais accumulées lors des jeux Olympiques de Vancouver de 2010, au cours desquels il occupa pendant 20 jours une suite à 1.000 euros et engloutit pas moins de 97 petits-déjeuners.

Mais M. Moutko bénéficie d'un atout clé: le soutien de Vladimir Poutine, avec lequel il cultive une longue amitié.

Comme pour nombre de figures du gouvernement russe, les liens de Moutko avec Poutine remontent au début des années 1990, quand les deux hommes travaillaient dans l'administration de Saint-Pétersbourg sous les ordres du maire de l'époque, Anatoli Sobtchak.

De 1992 à 1996, M. Moutko fut adjoint au maire de la seconde ville de Russie, chargé des problèmes sociaux.

Ils "avaient des relations amicales et c'est la raison pour laquelle Moutko a fini dans l'équipe de Poutine", assure Lioudmila Fomitcheva, qui travailla à l'époque avec les deux hommes.