Omnisports

"Une vie de patachon !" Sagesse de la cinquantaine faisant, c’est ainsi que Florence Arthaud analysait sa traversée de la vie, faite d’exploits mais aussi d’écueils. Un parcours pas banal en somme.

Descendante des éditions Arthaud, la jeune fille fut très tôt nourrie des récits marins de Moitessier et Tabarly, venus vendre de l’aventure littéraire pour mieux financer leurs futures navigations. A 21 ans, en 1978, elle fut de la première Route du Rhum. Elle termina 11e. En 1986, dans la même épreuve, celle qui forgera sa légende, elle se dérouta pour venir en aide à Loïc Caradec. Elle trouvera le bateau vide. Pour les profanes, Florence Arthaud, c’est évidemment la Route du Rhum 1990, sur son trimaran Pierre Ier. Victime d’une fausse couche en plein océan, elle parvint à rallier la Guadeloupe en vainqueur, devenant la première femme à remporter une transatlantique. Elle allait faire naître des vocations.

Plus à l’aise en mer que sur terre, "Flo" allait mal gérer sa soudaine notoriété. Quelques mauvais choix, une hygiène de vie de marin-pêcheur davantage que de sportif de haut niveau… Une réputation qui naît, des sponsors qui s’éloignent, préférant désormais les skippers qui contrôlent tout, la communication surtout. Florence Arthaud était de la vieille école, brute de décoffrage, préférant la parole rare et incisive à la logorrhée stérile. En 2010, sous l’emprise de l’alcool, elle provoqua un accident de voiture. Condamnée à trois mois de prison avec sursis, elle ne chercha pas de faux-fuyants : "C’est bien fait pour ma gueule. C’est la rançon de la gloire, même si c’est douloureux de voir que tout le monde me bave dessus. J’ai déconné, j’assume, je le reconnais."

La voile n’avait plus besoin de ses bras, elle aurait pourtant voulu, en 2010, refaire "son Rhum", vingt ans après son exploit. Les armateurs du trimaran "Oman Sail" cherchaient un skipper, ils ont préféré un homme, Sidney Gavignet. Florence Arthaud y décela la frilosité des sponsors à l’endroit de la gent féminine : "Ça m’a définitivement dégoûtée et je me suis dit ‘bon, j’arrête !’."

En octobre 2011, alors qu’elle naviguait au large de la Corse en compagnie de son chat, elle passa par-dessus bord, à l’instar de Tabarly dont elle était le pendant féminin. Elle ne dut la vie qu’à son téléphone portable : "Ce n’était pas mon jour, il y a eu un vrai miracle", avait-elle confié. Ce lundi 9 mars, en Argentine, il n’y a pas eu de miracle pour "La petite fiancée de l’Atlantique". Florence Arthaud était maman d’une jeune Marie, 19 ans.

Ironie de l’histoire, un livre racontant cette mésaventure : "Ce soir, la mer est noire", qui devait sortir en mai, sera en librairie dès ce 19 mars, les éditions… Arthaud ayant - déjà - décidé d’en avancer la date de parution. "Business is business".