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Si l’empreinte d’une marque sur une épreuve automobile se juge au palmarès, alors il est sûr qu’aux 24 heures de Francorchamps, BMW remporte la palme avec vingt et une victoires en 45 ans. Patron de la marque en Belgique, Philipp von Sahr le souligne : " C’est en partie sur ce merveilleux circuit que BMW a construit son image de fiabilité et de sportivité." Et comme, cette année, elle revenait dans la course après six ans d’absence et avec de fortes ambitions, vendredi soir, la marque à l’hélice bavaroise a sonné le rassemblement de ses anciens vainqueurs. Certains ont disparu entre-temps, comme Alain Peltier, mais son coéquipier en 1974 au volant de la 3.0 CSi, Jean Xhenceval, est toujours bien là, tout comme Pierre Dieudonné, Hughes de Fierlant, Eddy Joosen, Chavan, Nico Demuth, Jean-Michel, Thierry Tassin, Eric van de Poel, Didier de Radiguès, Marc Duez.

La présence des deux premiers vainqueurs pour BMW rend ces retrouvailles encore plus exceptionnelles : Pascal Ickx et Gérald Langlois van Ophem ont gagné les deuxièmes 24 Heures de Francorchamps de l’ère moderne, en 1965, sur une BMW 1800 Ti/SA de 165 ch. Ne s’étant plus vus depuis une dizaine d’années, les deux compères ne se privent pas de rigoler : "Gérald, tu connais cet individu ?", interpelle Pascal, tout en saluant Marc Duez.

Chez les Ickx, les sports mécaniques sont une tradition. Absent de cette réunion mais vainqueur de l’épreuve en 1966 sur une 2000 Ti avec Hubert Hahne, Jacky a fait la carrière que l’on sait. A 13 ans, en 1950, son frère Pascal fut le plus jeune pilote d’avions du monde. En 1965, "BMW souhaitait exister dans la catégorie ‘2 litres’ des voitures de qualité", rappelle Pascal Ickx. Alors en pleine renaissance, la marque aligne quatre automobiles d’usine, dont l’un des volants est confié au jeune pilote.

Qui, devant se trouver un coéquipier, a d’abord pensé à Jean Beurlys, "deuxième au Mans à 212 km/h de moyenne, ce qui est bien pour un amateur", mais qui décline l’offre. "Alors, j’ai pensé à Gérald, qui a eu l’humilité d’accepter car ça le changeait des Ferrari 3 Litres. Nous avions roulé ensemble trois ans plus tôt dans un Liège-Rome-Liège, où il avait été très brillant." Et, s’adressant directement à l’intéressé : "Si nous avons fait équipe avec Gérald, c’est parce qu’il ressemblait le plus à Stirling Moss, par sa maîtrise, ses trajectoires, son flegme et son humour." Un dernier talent dont Gérald Langlois fait immédiatement preuve : "A l’époque, le vainqueur des 24 Heures recevait son poids en café Rombouts, et comme Monsieur Ickx ne buvait pas de café, j’en ai ramassé 150 kilos ! Heureusement, ils ont été livrés à la demande."

Gérald est, lui aussi, issu d’une lignée de passionnés d’automobile. Son grand-père, Henri Langlois van Ophem, a conçu le circuit de Spa-Francorchamps, en 1921, avec Jules de Their, alors patron du journal local La Meuse. Et les souvenirs de répondre à l’appel, à propos du Liège-Rome-Liège par exemple. Pascal : "On est partis en Mercedes et on est revenus en train, c’est ça ?" Gérald : "Non, tu es rentré en avion et moi, j’ai ramené la voiture " Pascal : "On avait pulvérisé un radiateur d’eau au Monténégro."

Avec les technologies modernes, les occasions d’éclairer les souvenirs ne manquent pas : "Gérald, sur YouTube, je te recommande un tour de circuit par Lucien Bianchi en 1962. Tu revis instantanément ce que tu as vécu. A l’époque, il y avait encore moins de rails, pas plus de six cents mètres, on le voit. Et c’est surtout l’ancien tracé." Oui, le grand Francorchamps faisait rêver pilotes et aficionados, qui allongeait ses 14,120 km, au lieu des 7,004 actuels.

Le Raidillon existait, "on l’appelait la rampe à 14 degrés", rappelle Pascal Ickx. Virage ascendant conçu en 1939, seule partie du circuit qui soit artificielle, il a été redessiné aujourd’hui, adouci et avec de larges dégagements goudronnés. Les anciens le trouvent rudement aseptisé, ce Raidillon, qui reste malgré tout une référence pour le pilotage : "Il faut se mettre près du pont, et voir non seulement les trajectoires mais aussi le freinage. L’axe de passage du pont est très instructif au sujet de la technique de pilotage. On voit le petit coup de frein et sa longueur. C’est un endroit miraculeux, une façon d’approcher la course, de mesurer l’audace des gens."