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Force est de constater que la délégation belge aux Jeux olympiques d’hiver, forte de sept membres, n’est composée que d’athlètes flamands. Par ailleurs, aucun francophone ne sera aligné aux Jeux paralympiques.

On aurait pu compter sur une "Wallonne" à Sotchi, en la personne de la spécialiste de skicross Aude Aguilaniu, mais elle s’est cassé la jambe récemment et a vu ses chances de participation s’envoler. Encore faut-il préciser que la jeune femme de 25 ans est née… en Savoie et n’a choisi la Belgique que parce qu’elle se sentait barrée en France et qu’elle pouvait profiter du fait que son père est né en Belgique.

Quant au skieur alpin Virgile Vandeput, originaire de Tellin, en province de Luxembourg, il défendra les couleurs… d’Israël. Il a la double nationalité, sa maman étant israélienne. S’il a choisi ce pays, c’est, explique-t-il, parce qu’il pouvait y recevoir une aide dont il n’aurait pas bénéficié en Belgique.

Trois préselectionnés

Répondant, en novembre, à une question du député régional wallon Jean-Luc Crucke (MR), André Antoine, ministre CDH wallon du Budget, des Finances et des Sports, reconnaissait que sur les 22 sportifs belges préselectionnés à l’époque ne figuraient que trois francophones, Isabelle Pieman en patinage artistique, ainsi que Karen Persyn et Aude Aguilaniu. On sait ce qu’il est advenu de la troisième. Les deux premières, présentes à Vancouver, en 2010, n’ont finalement pas été retenues.

Selon M. Antoine, "la position géographique, le climat et la topologie de notre pays ne favorisent pas le passage du loisir à la pratique professionnelle des sports de neige. A cela s’ajoute l’absence d’infrastructures pour la luge, le bobsleigh ou le skeleton."

Ce double handicap, Philippe Préat, membre de la direction sportive du Comité olympique et interfédéral belge (COIB) l’épingle lui aussi, ajoutant que le problème affecte surtout le sud du pays, où règne davantage qu’au nord le pur bénévolat.

Manque d’infrastructures

Selon André Antoine, "investir largement dans des infrastructures spécifiques aux sports d’hiver ne correspondrait pas à une politique sportive durable".

Voilà qui explique sans doute pourquoi, par exemple, on manque de patinoires à Bruxelles et en Wallonie. Dans la capitale, celle de Forest National a fermé ses portes et celle du Poséidon, à Woluwe-Saint-Lambert, est réservée au grand public et aux écoles.

En Wallonie, sur les trois surfaces existantes, seule celle de Liège répond aux standards internationaux. Voilà sans doute pourquoi Isabelle Pieman, dont il est question plus haut, s’entraîne depuis quatre ans en Allemagne.

André Antoine, s’il reconnaît que la communauté française "n’a pas développé une culture des sports d’hiver", relève l’existence du centre "Les Arcs", en Haute-Tarentaise, géré par l’Adeps et insiste sur le fait que la Fédération Wallonie-Bruxelles fait partie de l’ASBL de gestion de la Baraque Fraiture à Vielsalm; soutient la Paola Cup, qui intègre les championnats de Belgique de ski alpin; et subventionne depuis trois ans (à raison de 10 000 euros par an) le projet "BE Ski Team" qui regroupe des espoirs du ski francophone.

Les espoirs sont permis

Odile Farber, l’une des chevilles ouvrières de cette association privée, nous confiait qu’en ski alpin, tous les espoirs sont permis pour les Jeux de 2018. "Plusieurs jeunes pousses, comme les Liégeois Mathilde Nelles et Armand Marchant, sont plus que des promesses", explique-t-elle.

Mais il faudra évidemment confirmer au plus haut niveau, alors même que les moyens alloués par la Fédération et l’ADEPS sont limités. "Aussi bien au nord qu’au sud du pays, les adeptes du ski alpin ne peuvent actuellement progresser qu’avec l’aide de structures privées voire, le plus souvent, grâce au seul soutien de leurs parents", observe Mme Farber.

Reste que les quatre projets liés aux sports d’hiver auxquels, depuis 2004, Be Gold, plate-forme de soutien financée par la Loterie nationale, les Communautés et le COIB, a accordé son aide sonnante et trébuchante sont tous flamands, preuve, selon les observateurs, d’un dynamisme qui manquerait cruellement aux fédérations du sud.

Dynamisme également illustré par la création d’une école flamande de snowboard, où Seppe Smits, qui est passé très près d’une qualification directe pour la finale de l’épreuve de slopestyle, jeudi, (il pourra y accéder par le biais des demi-finales de samedi) et Sebbe De Buck, première réserve en half-pipe, ont été formés.