Omnisports

Le sénateur MR Alain Courtois connaît depuis longtemps les milieux sportifs. Cet ancien magistrat du parquet de Bruxelles fut secrétaire-général de l'Union belge de football et membre de l'équipe dirigeante du Sporting d'Anderlecht.

Il fut aussi voire surtout le patron de l'Euro 2000 et porte aujourd'hui, à bout de bras, leprojet d'organisation de la Coupe du Monde 2018 que la Belgique et les Pays-Bas voudraient accueillir conjointement.

Au lendemain des Jeux olympiques de Pékin, qui n'ont rapporté à la Belgique que deux médailles, belles certes mais encore, nous avons abordé avec lui la question de la place du sport dans notre pays.

Alain Courtois, les médias ont relayé le concert de réactions qui ont suivi les JO. On ne vous a pas entendu. Vous désintéresseriez-vous de la chose sportive ?

Pas du tout mais je suis habitué au fait que tous les quatre ans, on entend mille voix s'élever pour dresser le constat que quelque chose cloche dans le monde du sport belge puis que tout le monde se rendort et recommence à s'en foutre.

J'ai relu quelques-unes des cartes blanches que j'ai pu écrire ces quinze dernières années et ai pu constater qu'elles disaient toutes la même chose sans que rien ne bouge entre-temps.

La Belgique n'a jamais eu de véritable politique sportive, arrêtons de croire que tout à coup on va résoudre tous les problèmes d'un coup de baguette magique parce qu'on a soudain pris la mesure du problème. Moi je n'ai pas envie de me ranger parmi les "y aqu'à" ou les "yapas".

Ce qu'il nous faut, c'est une politique à long terme, une vision globale, pas des coups de sang périodiques qui n'aboutissent à rien de concret.

Vous pourfendez depuis longtemps l'absence de sport à l'école. Rien de nouveau sous ce soleil-là ?

Rien. Depuis dix ans, rien n'a été entrepris pour revaloriser l'éducation physique et le statut de ceux qui la dispensent à l'école. Je me demande comment sont décidés les programmes scolaires, comment on construit les grilles horaires.

Tous les pays européens organisent des après-midi sportives à l'intention de leurs écoliers. Et nous, qu'avons-nous ? Cinquante minutes par semaine d'éducation physique, parfois deux fois cinquante minutes.

Tous les profs vous le diront. Sur ces cinquante minutes, les élèves en passent dix à s'équiper et dix autres à se rhabiller. Que reste-t-il pour pratiquer le sport? Rien.

Où en est-on de l'apprentissage de la psychomotricité en maternelle ? Nulle part. L'obésité devient un important problème de société mais il n'existe aucun cours de diététique qui explique aux enfants comment bien se nourrir et quels sont les pièges à éviter.

Parlons d'un autre problème, qui peut paraître anecdotique mais qui ne l'est pas du tout. Savez-vous que 10 pc à peine des établissements scolaires disposent de douches? Imaginez-vous des adolescents se rhabiller en sueur après le cours de gym, n'ayant d'autres moyens de se rafraîchir que de sortir un flacon de déodorant.

Disons-le tout net : de nombreux élèves, des jeunes filles tout particulièrement, se font porter pâle au cours d'éducation physique parce qu'ils n'ont pas envie de puer toute la journée.

On va consacrer un gros budget à la rénovation des établissements scolaires. Pensera-t-on à les doter de douches ? Je n'en suis pas sûr.

L'école n'est pas tout. Les jeunes peuvent très bien pratiquer un sport dans un club et en retirer des bénéfices.

C'est vrai mais outre que la chose n'est pas assez répandue (sait-on que 66 pc des Belges qui pratiquent une activité sportive ont entre 20 et 50 ans ?), il y a un élément qui m'inquiète : le coût de la pratique sportive. Le montant des cotisations est de plus en plus élevé, les équipements sont de plus en plus chers et toute une frange de la population n'a plus accès à certains sports.

Si le phénomène devait s'étendre, nous sommes perdus. Il faut créer des incitants fiscaux pour aider les citoyens à s'affilier, pour aider les clubs à fonctionner.

Et de façon générale, il faut gonfler le budget alloué au sport de masse. Il ne faut pas s'appeler Einstein pour réaliser que faire du sport, c'est se garder en bonne santé et que se garder en bonne santé, c'est aider la sécurité sociale, en réduire les dépenses. Mais cela non plus, il semble que les autorités politiques ne l'aient pas encore compris.

Venons-en au sport d'élite. Ne fait-on pas assez pour le promouvoir ?

Bien sûr que non. En Belgique, on est incapable de détecter les talents de façon précoce. Dans chaque classe, il existe deux ou trois sportifs en devenir, deux ou trois artistes en herbe, deux ou trois économistes potentiels. Qui, parmi eux, est révélé à lui-même ?

Pour le reste, il est indispensable de créer des structures qui permettent de fabriquer des champions. Je ne suis pas un rêveur. On ne refédéralisera jamais le sport, on va même vers une plus grande communautarisation mais un travail de coordination est nécessaire.

Je plaide, quant à moi, pour la création d'une petite équipe de trois ou quatre personnes qui assurerait ce travail. J'avais même donné un nom à Guy Verhofstadt quand il était Premier ministre, celui d'Eddy Merckx. Pas besoin d'un secrétaire d'Etat ou d'un commissaire de gouvernement mais bien d'une structure efficace, qui concentre les moyens de faire avancer le schmilblick.

Si cette fois-ci, on ne comprend pas la nécessité d'avancer, on court tout droit dans le mur.