Omnisports

Entretien

Ancien champion de Belgique de tennis, Eric Drossart fut longtemps le bras droit de Mark McCormack, l'inventeur du sport business et le mythique patron du groupe de management IMG. Aujourd'hui, le Belge de 65 ans a été élevé au rang de "Chairman non Executive" du puissant groupe américain qui emploie 2 500 collaborateurs aux quatre coins de la planète.

Le CIO fait appel aux services de votre entreprise pour optimaliser ses revenus en matière de nouveaux médias, comme Internet. Cela veut-il dire que l'on pourra bientôt assister aux retransmissions des Jeux Olympiques sur la toile ?

Le monde change très vite. Aujourd'hui, la télévision reste évidemment le média de référence absolu pour diffuser un grand événement sportif. Mais, petit à petit, Internet gagne des parts de marché. Le sport doit s'adapter à cette évolution et à ce nouveau paysage audiovisuel. Et il est clair qu'à côté des habituels droits de télévision, vont progressivement apparaître des droits Internet ou de téléphonie mobile. D'ici 2020, ce sera à mon avis du 50-50 au niveau des sources de revenus...

Lors des Jeux, certaines disciplines pourraient-elles être retransmises exclusivement par Internet ?

Les Jeux sont un mauvais exemple car le CIO est traditionnellement attaché à une diffusion en clair auprès des grandes chaînes et a des accords très solides avec NBC ou l'UER. Mais, d'un point de vue plus général, je suis persuadé qu'Internet peut représenter une niche très intéressante pour certains sports moins médiatiques. Dans mon esprit, d'ailleurs, la télévision et Internet sont parfaitement complémentaires et peuvent décliner le sport de mille façons : en clair, en crypté, en pay per view...

Comment jugez-vous l'action du président du CIO Jacques Rogge, que vous croisez régulièrement à Lausanne ?

Je crois qu'il réalise de l'excellent travail et qu'il reste fidèle aux grandes valeurs qu'il a toujours défendues. Il a mis de l'ordre dans la maison olympique et a écarté les brebis galeuses qui faisaient du tort au mouvement. A son arrivée, certains étaient sceptiques sur ses chances de réussite. Je crois qu'aujourd'hui, tout le monde est convaincu de sa légitimité et de la qualité de son travail et de sa gestion. Je crois d'ailleurs qu'il sera réélu sans problème en 2009.

Le combat contre le dopage, un des grands thèmes de campagne du président Rogge, est pourtant loin d'être gagné...

C'est vrai. Mais d'évidents progrès ont été réalisés ces dernières années. L'étau se resserre de plus en plus sur les tricheurs, même aux Etats-Unis où, à la demande du gouvernement, des contrôles sont désormais réalisés dans les grands sports professionnels comme le base-ball, le basket-ball ou le tennis.

Considérez-vous encore le cyclisme, miné par les scandales de dopage, comme un sport crédible ?

Il est devenu difficile à vendre, c'est sûr. Mais il reste très populaire. J'espère qu'avec l'instauration du passeport médical, il deviendra plus propre. C'est sa dernière chance. Le dopage est un vrai fléau. J'entends parfois des gens dire qu'on devrait laisser les professionnels du sport assumer les risques sans les pourchasser. Mais les instances sportives ne peuvent pas cautionner cela. Le dopage fausse les résultats et est une grave menace pour la santé des athlètes.

Suivez-vous l'actualité du tennis ?

Oui, bien sûr. Et j'ai une admiration sans borne pour Roger Federer. Pour moi, il n'y a pas de doute : c'est le meilleur joueur de tous les temps. Et ce n'est pas son élimination à Melbourne qui me fait changer d'avis. Il possède tous les coups, il prend la balle très tôt, il joue avec une incroyable facilité.

Et Justine Henin ?

Malgré sa défaite en Australie, elle domine clairement le circuit féminin. Je n'irais pas jusqu'à la comparer à Federer. Mais elle possède un registre fantastique, un talent immense et une force mentale incroyable. C'est une vraie championne, dans le sens plein du terme. Un peu comme Eddy Merckx en son temps. En plus, je trouve qu'elle évolue très bien. J'ai eu l'occasion de regarder l'émission télévisée qu'elle a récemment faite sur RTL-TVi. Je l'ai trouvée métamorphosée, bien dans sa peau, ouverte, souriante. C'est très important pour la suite de sa carrière.

Jadis, IMG organisait de nombreuses grandes compétitions sportives en Belgique, comme le Belgacom Open de golf ou le Belgian Indoor de tennis. Ces tournois ont disparu du calendrier. Pourquoi ?

Parce qu'il est de plus en plus difficile pour des sponsors belges de réunir les budgets nécessaires. Faire venir les plus grands champions de tennis ou de golf est devenu quasiment impossible financièrement pour un petit pays comme le nôtre. C'est aussi simple que cela.

Et pourtant on parle de la Belgique pour coorganiser la Coupe du Monde de football en 2018. Quel est votre avis à ce sujet ?

Je souris. J'étais en Afrique du Sud lors du tirage au sort des groupes du Mondial 2010. Dans son discours, le président de la FIFA Joseph Blatter s'est ouvertement moqué de cette candidature en se demandant si la Belgique serait encore un pays à cette date-là ! Un peu plus tard, c'est Michel Platini, président de l'UEFA, qui évoquait dans une interview la candidature des Pays-Bas sans jamais mentionner la Belgique. En plus, je sais que, depuis l'expérience du Japon et de la Corée du Sud en 2002, la FIFA n'apprécie plus guère les candidatures conjointes de deux pays. Personnellement, je suis convaincu que le Mondial 2018 aura lieu en Angleterre.