Omnisports Les championnats d'Europe ont vu quelques étoiles belges briller, par exemple en gymnastique. Mais la Fédération francophone de gymnastique (FfG) reçoit-elle assez de financements de la part du gouvernement ? Entre le camp sportif et politique, l'ambiance est électrique.

Nina Derwael en or et Axelle Klinckaert en bronze. La gymnastique belge a réussi à se faire une place sur les podiums lors des championnats de gymnastique à Glasgow. Une belle performance mais... flamande, aucune des deux gymnastes n'étant francophone. Pourquoi la moitié sud du pays n'arrive pas à égaler les performances du nord ?

Les plans programme au milieu des tensions

Pour la FfG, la raison est toute trouvée : la Flandre finance mieux ses infrastructures. Elle bénéficie notamment d'un centre de haut niveau à la pointe à Gand. En Wallonie, Mons n'est pas en reste avec son propre site mais ses équipements seraient moins sophistiqués que ceux de sa voisine flamande.

Cette question de la qualité des infrastructures de haut niveau a toute son importance. Tous les fédérations de sport ont, à côté de "subsides de fonctionnement", des "plans programme". Ces derniers sont des financements accordés par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). Ils sont tout aussi élevés que les subsides de fonctionnement, si pas plus, comme dans le cas de la FfG. Et le point qui cristallise les tensions, c'est que ces plans sont accordés en fonction des performances des athlètes. Plus ils gagnent des compétitions, plus les "plans programme" sont élevés.

"La Belgique est vraiment un parent pauvre pour le sport"

C'est ici que la bataille des arguments commence. D'un côté, la FfG se plaint d'un manque d'aide de la part du gouvernement. Elle n'arrive pas à avoir les équipements nécessaires pour avoir de meilleures performances. Impossible également de recruter les coachs nécessaires pour ses ambitions. "Nous n'avons pas les moyens pour attirer les entraîneurs olympiques qui ont déjà eu des résultats. Alors que l'on a besoin de s'inspirer de personnes qui ont fait plus que nous pour pouvoir grimper. Mais on n'a pas les moyens de les payer et d'en avoir suffisamment pour atteindre le plus haut niveau", affirme Sylvie Ronsse, directrice générale de la FfG.

D'autre part, elle fait remarquer que les pays voisins, comme la France, financent bien mieux leurs athlètes qu'en Belgique. "Il n'y a pas de discussion à avoir là-dessus, le sport est vraiment un parent pauvre en Belgique", martèle Sylvie Ronsse. Dans ce contexte, comment décrocher des médailles ? La FfG craint un cercle vicieux : pas de médaille équivaut à moins de financements, ce qui fait descendre le niveau, etc. "C'est un risque évidemment, même si on dépense toute l'énergie que l'on a pour donner le maximum. Pour l'instant, ce qui nous est difficile de faire, c'est de passer de la finale, où on arrive à aller, à l'obtention d'une médaille".

Perspective inverse pour le gouvernement

À la FWB, le discours est totalement différent. Pour Jean-Michel Garin, directeur du service du sport de haut niveau pour le gouvernement, la FfG se plaint un peu trop. Il estime que celle-ci "gagne déjà plus que d'autres fédérations qui sont tout aussi méritantes". Elle n'aurait surtout pas à craindre, comme c'est le cas, d'avoir moins de subsides de fonctionnement alors que les Jeux olympiques de Paris arrivent en 2024. "Une chance incroyable pour nous" qui justifierait un budget au minimum stable pour le sport. Quant aux plans programme, les performances de la FfG ne sont de toute façon pas suffisantes pour leur accorder plus d'argent. Et si, en effet, les pays voisins ont des financements plus importants, la FfG peut parfois compter sur d'autres types d'aides et de contrats, explique M. Garin.

Quant au problème des entraîneurs, il est catégorique. Les sportifs francophones bénéficient des coachs du plus haut niveau, ce qui est suffisant pour qu'ils décrochent des médailles. La FfG ne manque donc de rien ? Jean-Michel Garin admet quand même que sur ce point, il y a un revers de la médaille. Les sportifs au plus haut niveau n'auraient pas à se plaindre, mais ceux émergents n'ont pas des coachs toujours disponibles. De quoi les désavantager pour la suite de leurs carrières. "Si on veut faire progresser ces sportifs-là, il faut que l'on trouve une solution pour les entraîneurs. En fait, on devrait les dégager de leurs emplois pour qu'ils se consacrent totalement au développement des sportifs de haut niveau", explique Jean-Michel Garin.