Omnisports

Les élus de la Ville de Paris ont approuvé, lundi, l’engagement de la capitale française dans une candidature pour l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques en 2024.

Le maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, devra cosigner d’ici septembre l’acte officiel de candidature avec le Comité national olympique. La décision du Comité olympique international (CIO) est attendue à l’été 2017. Sont d’ores et déjà candidates les villes de Boston, Hambourg et Rome.

Les élus parisiens ont dit leur souhait que ces JO permettent de répondre "aux fractures territoriales" de la métropole. Cet acte de candidature a été qualifié par le maire de "puissant levier au service des progrès".

Mais, au fait, l’organisation des Jeux olympiques constitue-t-elle un avantage pour la ville (et le pays) qui en a la charge ? Cela fait des décennies que la question divise.


AVANTAGES : Une vitrine ouverte sur le monde

Pour tous ceux, à commencer par le CIO, qui promeuvent les Jeux, la ville hôte reçoit une chance extraordinaire d’améliorer son infrastructure et de faire progresser la mentalité de sa population. Elle peut tirer profit du fait qu’elle attire pour un temps l’attention du monde entier pour étaler ses richesses touristiques et culturelles. La préparation des Jeux permet, disent ces "optimistes", d’offrir de l’emploi à de nombreux corps de métier appelés à construire de nouvelles infrastructures ou à rénover et moderniser les bâtiments existants et d’améliorer la mobilité et la communication. Anne Hidalgo a d’ailleurs parlé, lundi, de milliers de logements à construire, de l’amélioration à venir du réseau de transports en commun et de l’accélération de la transition écologique. Pour ceux-là, les avantages qui viennent d’être énumérés profitent même aux villes qui font acte de candidature, mais ne sont pas élues. Une ville hôte potentielle tirerait, en effet, profit de l’effort de planification qu’elle doit consentir pour être sur les rangs. Autrement dit, la portée et la nature du projet de candidature suffiraient à "booster" la ville candidate. Et de citer l’exemple de Chicago, candidate à l’organisation des Jeux de 2016 (finalement attribuée à Rio). La ville américaine n’en aurait pas moins profité de sa candidature pour attirer de nombreux jeunes vers les sports, par le biais de World Sport Chicago (WSC), une organisation qui est aussi à l’origine d’un projet s’attaquant à la question de la violence des ados dans les quartiers difficiles de la ville. Si l’on se focalise sur le cas de Paris, il sied de souligner que la ville pourra profiter des stades ayant servi à l’Euro de football 2016, de ses salles omnisports, comme celle de Bercy, de son golf de Saint-Quentin en Yvelines, etc.


INCONVENIENTS : Un gouffre financier dont ont ne voit pas le fond

La crise qui frappe l’Europe depuis plusieurs années a vu augmenter le nombre de citoyens plus que réticents à l’idée de voir beaucoup d’argent public dépensé pour des compétitions de prestige. Il faut dire que plusieurs éditions récentes des Jeux ont précipité les villes organisatrices dans un gouffre financier. En 2004, Athènes présentait un budget de 4,6 milliards d’euros pour accueillir les JO; ils coûtèrent, in fine, 11,2 milliards. L’explosion du budget n’a pas été étrangère aux problèmes financiers colossaux auxquels la Grèce fut ensuite (et demeure) confrontée. De plus, la plupart des sites construits pour les Jeux sont aujourd’hui inoccupés et parfois même en ruine. Huit ans plus tard, Londres a aussi crevé tous les plafonds. La capitale du Royaume-Uni tablait sur un budget de 3 milliards d’euros. Le coût final a tourné autour des 14 milliards. En 2008, Pékin a dû consentir des investissements colossaux pour accueillir l’épreuve. On évoque le chiffre de 31 milliards, dont 27 pour les infrastructures non sportives comme l’aéroport, les routes ou le métro. Et que dire des dépenses effectuées par la Russie de Poutine pour organiser les Jeux d’hiver à Sotchi, qui est "sortie de terre" pour l’équivalent de 36 milliards d’euros ? Certes, le Comité olympique international (CIO) a-t-il édicté des règles censées limiter les coûts des JO. Pour couvrir les dépenses fixes; censées osciller entre 2,65 et 3,5 milliards d’euros, elle octroie à la ville organisatrice 883 millions d’euros, somme qui passera à plus de 1,7 milliard après 2020. Paris dit vouloir privilégier les infrastructures existantes. Elle annonce que le village olympique sera transformé en logements après les Jeux et que le réseau de transport du Grand Paris n’entrera pas dans le budget de la candidature. Selon Anne Hidalgo (PS), maire de Paris, on restera dans une fourchette comprise entre 4 et 6 milliards d’euros. Mais, cela, ce sont des promesses. Pour nombre d’experts, comme Patrick Clastres, historien de l’olympisme, il n’y a pas une ville ayant reçu les Jeux et qui s’y soit retrouvée sur le plan économique. Lundi, les écologistes parisiens étaient très remontés : "La logique même des Jeux contemporains et du CIO, c’est l’inflation des dépenses", scandait le conseiller municipal vert David Belliard.