Omnisports

Le 28 avril est un jour que les huiles de la natation française ont coché dans leur agenda. En lettres rouges. Car c'est ce jour-là que sortira un livre qui risque bien de secouer un milieu qui se remet à peine du décès de Camille Muffat, survenu en mars dernier. Longtemps camouflées par les succès des Laure et Florent Manaudou, Alain Bernard, Yannick Agnel et autres Muffat, les dérives de ce sport où les Français ont souvent su tirer leur épingle du jeu s'apprêtent à être révélées au grand jour. En effet, Amaury Leveaux sortira fin avril une biographie intitulée Sexe, drogue et natation. On ne peut faire plus clair sur ce que le lecteur pourra se mettre sous la dent...

Le Figaro a réussi à se procurer des extraits de la bio de Leveaux, quadruple médaillé olympique (il a obtenu deux fois l'argent à Pékin, en 2008, l'argent et l'or sur 4X100 nage libre quatre ans plus tard, à Londres, ndlr). "Certains d'entre nous ne crachent pas sur un petit rail de temps en temps", écrit-il. "Pour d'autres (...) c'est carrément une autoroute couverte de poudre blanche sur laquelle ils glissent à vitesse grand C, comme Cocaïne". Une sortie qui prend une toute autre tournure quelques lignes (si l'on ose écrire...) plus loin, lorsque le nageur de vingt-neuf ans évoque les raisons qui poussent ces athlètes à flirter avec les... lignes. "Souvent consommée dans un cadre festif, la poudre blanche l'est aussi dans un but de dopage, car elle permet de repousser les limites et de se transformer en un guerrier prêt à tous les combats".

Pour "pimenter" le récit, Leveaux y va de sa petite anecdote sur le comportement du "beau gosse de l'équipe de France, chouchou du grand public", qui aurait sniffé un rail de coke "entre les seins" d'une attachée de presse au cours d'une soirée aux JO 2012, comme le retranscrit Le Figaro. Et le lecteur se met à lancer des hypothèses: s'agirait-il de Camille Lacourt et ses yeux bleu lagon, accessoirement égérie de Chanel ? De Florent Manaudou, "frère de" et nouvel homme-sandwich du sport tricolore ? On n'en saura pas plus. Mais ces "fêtes" pas très raccord avec la discipline qu'on attendrait de sportifs de haut niveau, rappellent le témoignage de Hope Solo, la gardienne de but américaine de l'équipe féminine de football. "J’ai vu des gens faire l’amour en plein air", expliquait-elle alors à ESPN Magazine. "Sur les pelouses, entre des bâtiments… Si vous n’êtes pas discipliné, être au village peut être très perturbant (...) Il y a beaucoup de sexe là-bas".

© Photonews

Melon, rosé et Laure Manaudou

Outre ces dérives qui fleurent la poudre, Leveaux dézingue également ses anciens équipiers en équipe de France, ceux-là même avec qui il a conquis son seul titre olympique, lui dont on attendait tout. Et qui aurait sans doute pu atteindre ses objectifs s'il s'était montré plus assidu aux entraînements. Les Bousquet, Manaudou, Lacourt, Gilot ? Des mecs qui font "les beaux avec un melon gros comme ça". La fédé française ? Des "dinosaures" qui "profitent du système" et "écument les bons restos et sifflent de grands vins".

Plus loin, il revient également sur Laure Manaudou, l'ancienne star de la natation bleu-blanc-rouge. Et la révélation des Jeux olympiques d'Athènes en 2004 semble avoir marqué Amaury Leveaux au fer rouge. Pourtant, point de rancœur envers elle. Au contraire, le natif de Belfort s'émeut de l'"amour platonique" ressenti pour l'ex et la sœur de deux de ses "victimes". Et dit notamment que la jeune femme occupe "une place à part dans [son] coeur"

Un peu de tendresse dans ce monde de brutes. Ou plutôt de requins. Un système dans lequel Leveaux l'électron libre n'a jamais vraiment su trouver sa place, malgré un palmarès riche d'un titre olympique, de neuf titres de champions d'Europe (huit en petit bassin, un en grand bassin) et d'un titre de champion du monde en grand bassin (sur 4X100 nage libre). Un tableau de chasse qui aurait pu (dû ?) être encore plus fourni, si seulement Leveaux avait eu le professionnalisme propre aux Popov et van den Hoogenband... et n'avait pas cédé aux sirènes du rosé. Son "péché mignon", confesse-t-il. C'est plus savoureux que le chlore, il faut dire.