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Henin - entretien

"Je vais pouvoir respirer"

serge fayat

Mis en ligne le 15/05/2008

Justine Henin a donc décidé de mettre un terme à sa carrière de joueuse de tennis. Elle a fixé sa date de sortie : le mercredi 14 mai 2008, à l'âge de 25 ans et après dix années passées sur le circuit. Entretien avec une championne d'exception.

Justine Henin, lorsque nous vous avions demandé, la semaine dernière à Berlin, si vous ne pensiez pas que vous étiez au début de la fin, vous aviez répondu qu'il était trop tôt pour vous enterrer. Qu'est-ce qui vous a fait changé d'avis ?

Je n'ai pas changé d'avis en une semaine. La situation était latente depuis un moment. J'ai voulu m'accrocher, croire que les choses allaient changer; mais à Berlin, tout m'est apparu comme une évidence. Je sentais au fond de moi un malaise. Je devais arrêter de me voiler la face et prendre cette décision. Je ne ressentais plus la force de me battre. Parvenir à l'accepter est un signe de maturité. J'ai pesé le pour et le contre. Il y a des choses qui vont me manquer; mais depuis quelques mois, je suis dans une remise en question. Je n'ai aucun regret. C'est un nouveau départ avec la chance d'avoir vécu une carrière. J'ai l'impression d'avoir déjà vécu trois vies, et c'est plutôt rassurant.

Quel a été le cheminement de votre réflexion. Il y a visiblement quelque chose qui ne va plus ?

J'ai eu peur très vite après ma vi ctoire au Masters de Madrid. A mon retour de vacances, c'est devenu plus dur. Je sentais que quelque chose était en train de partir. J'avais un poids sur le coeur, une boule au ventre. Ma victoire contre Sharapova à Madrid au terme du match le plus long de ma carrière était en somme une apothéose dont j'avais rêvé. C'était difficile de faire mes valises, d'appliquer ce que Carlos me demandait de faire. Je ne parvenais plus à gérer. La décision était devenue inéluctable. Le plus dur était de prendre cette décision, mais après on se sent plus heureux.

Avez-vous envisagé, dans un premier temps, de faire un simple break ?

C'était une piste. Au début de la saison, j'étais blessée et je voulais souffler. J'ai continué, et aujourd'hui la situation est très différente. J'ai le sentiment d'avoir tout donné au tennis et aussi d'avoir tout pris. Je pars sans regret. J'ai fait les bons choix. Le tennis a été une merveilleuse école de vie qui m'a rendue plus forte pour la suite. ll y a désormais plein d'autres choses qui m'attendent. La plus belle partie de la vie commence.

Si vous aviez mieux joué à Berlin, été en finale par exemple, en serions-nous là aujourd'hui ?

Je n'aurais tout simplement pas pu être en finale à Berlin dans les circonstances actuelles. La décision peut surprendre, mais c'est une issue logique des choses. Moi qui ai tout basé sur cette hargne et cette rage de vaincre, j'ai constaté que je n'avais plus cette flamme. Je suis fière d'être différente des autres, dans mon jeu et dans ma personnalité, même si je suis parfois compliquée. C'était un défi pour la petite Juju de se battre contre les grandes. Je me suis usée, fatiguée pour y arriver, et là j'ai le corps un peu cassé. Je continuerai certes à jouer au tennis avec mes frères et mes amis. Ce sera redevenu un simple jeu, mais cette passion je la garderai toujours.

Est-ce une décision sans appel ? D'autres, après tout, sont revenues ?

A l'heure actuelle, c'est impensable. Je n'ai pas de boule de cristal, mais je me connais. L'heure est venue de me lancer dans quelque chose de nouveau. J'ai fait le tour de la question. Je ne sais pas ce que l'avenir me réserve, mais je suis certaine que ce que je vais vivre sera aussi riche et peut-être même plus beau. Je ne peux pas vivre de nostalgie. Cela me rend triste que les gens ne puissent pas décrocher, mais il n'y a pas d'âge pour arrêter.

Vous vous en allez en qualité de numéro un mondiale. C'est un coup à la Justine ? C'était voulu ?

Oui. Je suis une compétitrice, une gagneuse. C'est mon caractère. J'aurais très mal supporté le fait de redescendre au classement, car je suis quelqu'un de très exigeante. Je vais disparaître du classement lundi prochain en étant numéro un après x semaines passées au sommet de la hiérarchie et une immense fierté. C'est peut-être unique dans l'histoire du tennis. C'est dur mais merveilleux. Je ne suis pas écoeurée, au contraire. Je garderai dans mon coeur toutes ces émotions jusqu'à la fin de mes jours. J'ai fait preuve d'une constance et d'une régularité remarquables. Je pars la tête haute et sans regrets...

Avez-vous pris conseil auprès de votre entourage ou auprès de votre idole et amie Steffi Graf avant de prendre votre décision ?

Mon entourage, Carlos en premier, savait que quelque chose s'était cassé. Mais j'ai pris ma décision seule, en adulte. Steffi, elle, m'a téléphoné hier soir. Elle n'était pas au courant. Je le lui ai dit et elle a été surprise. Mais elle m'a de suite félicitée pour ma carrière. C'était sympa.

Quels sont vos projets désormais ?

J'espère avoir des enfants, même si ce n'est pas une urgence. Cela viendra quand ça viendra. Il y a aussi ma fondation (Les "Vingt Coeurs" de Justine qui vient en aide aux enfants malades, NdlR.) et mon école de tennis. J'aimerais aussi voyager pour le plaisir. J'ai plein de choses à vivre. Je vais pouvoir respirer.

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