Tennis

RENCONTRE

Les cheveux correctement mis en plis, la voix grave... Pas besoin de se torturer l'esprit pour imaginer le tennisman tout de blanc vêtu, la raquette en bois à la main. Elégant dans le verbe comme il l'était dans le geste, Bernard Mignot a la culture tennis imprimée dans ses gènes: `Mes parents vivaient beaucoup pour le tennis et c'est tout naturellement qu'avec mes deux frères, nous avons suivi le mouvement.´ L'été à Spa chez les grands-parents, l'hiver à raison d'une demi-heure semaine avec Monsieur Berthier sur le court couvert du Baron Zurstrassen - le premier d'Europe... Le jeune Bernard progresse et à 12 ans, il est repris par la Fédération. `Tous les mercredis, avec ma mère, nous sautions dans le train pour Bruxelles, poursuit le Verviétois. Nous pique-niquions durant le trajet et à 14h43, nous avions juste le temps de sauter dans un taxi pour arriver à 15h05 au Beau Site.´

Alors que ses parents le poussaient vers le tennis, par tradition familiale, Bernard Mignot tint à entreprendre des études supérieures... `La veille de mon examen d'entrée, j'étais à Wimbledon junior où j'ai perdu 8-6 au troisième set contre le Yougoslave Franulovic. Je crois que si j'avais remporté ce match, jamais je n'aurais commencé mes études. Avant l'université, je battais Manolo Orantes, au sortir de celle-ci, il m'écrasait...´ Avec un retard tennistique certain mais une licence d'ingénieur civil en électromécanique en poche, il décide de tenter sa chance sur le circuit. Parallèlement, en 1973, à l'âge de 24 ans, il construit le tennis couvert de Maison Bois à Theux. `C'était le début de l'ère Borg et le tennis prenait de l'ampleur. Nous étions les seuls à cinquante kilomètres à la ronde et tout le monde croyait que le tennis allait être la panacée... Et puis, les infrastructures ont poussé comme des champignons. J'ai vendu ce club il y a maintenant quatre ans...´

Le circuit avec Hombergen

La carrière de Bernard Mignot sera toujours étroitement liée à celle de Patrick Hombergen, adversaire redoutable dès qu'il s'agissait de truster les lauriers nationaux et compagnon de voyage: `Je crois avoir dormi davantage avec Hombergen qu'avec ma femme, plaisante-t-il. Patrick ne rêvait que du central du Léo et je crois que je voyageais mieux que lui. Le circuit, c'était bien à Roland-Garros ou à Wimbledon. Le reste du temps, c'était un peu galère.´

Si son passage sur le circuit (de 1971 à 1977) ne lui laissa pas un souvenir impérissable, il épinglera quelques victoires prestigieuses: `Celle qui m'a fait le plus plaisir, je l'ai remportée en Coupe Davis contre Tom Okker, le Hollandais Volant, devant Albert et Paola. J'ai battu Panatta au Queen's, Pierre Barthès sur le central de Monte-Carlo, Pietrangelli à Hambourg, Santana à Zurich, J'ai donné du fil à retordre à Stan Smith sur le Central de Roland-Garros, j'ai joué trois fois Ken Rosewall alors qu'en étant gamin, j'avais son poster dans ma chambre. A côté de ces instants magiques, il m'est souvent arrivé de perdre contre un Autrichien à dix heures du matin devant trois spectateurs...´ En 1977, Bernard Mignot posa définitivement sa valise en Belgique: `J'ai encore joué pendant deux ans et quand j'en ai eu marre de perdre contre certains adversaires, j'ai pendu la raquette au clou.´

Capitaine `Old Fashion´ ?

De son expérience de capitaine de Coupe Davis, Bernard Mignot n'en retire pas non plus un souvenir impérissable: `Lors de ma deuxième expérience, nous avons réussi à nous requalifier pour le groupe mondial. Ceci dit, j'étais un capitaine costard/cravate et cela ne plaisait pas à tout le monde... J'avais ma façon de voir les choses, je ne dis pas que j'avais raison. Un quotidien m'a d'ailleurs qualifié de capitaine Old Fashion.´ Le coaching d'un joueur n'a jamais tenté Bernard Mignot: `Je n'aurais jamais voulu être l'employé de quelqu'un que je devais faire travailler.´

Aujourd'hui, Bernard Mignot est retraité trois semaines par mois, celles qu'il passe à Valréas, au pied du Mont Ventoux. La semaine restante, il gère les finances du groupe de Jean-Pierre de Bodt. `L'apéro tous les jours, c'est bien mais il faut entretenir les neurones...´

Côté tennis, Bernard Mignot ne se souvient plus la dernière fois où il a pris une raquette en main: `Je vais essayer de briguer un titre en vétérans. J'ai 55 ans, c'est le bel âge même si le filet m'a l'air beaucoup plus loin qu'à l'époque... Il y a quelques années, mon frère Pierre, qui m'avait sèchement battu m'a dit qu'en vétérans, il fallait juste remettre la balle une fois de plus que l'adversaire... A posteriori, je crois qu'il a raison.´

Si Bernard Mignot se félicite de l'essor pris par le tennis en Belgique, il est nostalgique d'une certaine époque. `Aujourd'hui, entre les cours et la compétition, tout est planifié, codifié. Il n'y a plus de place pour le tennis social qui permet tout simplement aux membres d'un club de se rencontrer.´

Un peu `Vieille France´ Bernard Mignot?

© Les Sports 2002