Tennis

Avec 83 titres de championne de Belgique (toutes catégories confondues), Christiane Mercelis peut se targuer d'avoir posé son empreinte sur notre tennis national.

Née en 1931, c'est à la veille de la guerre qu'elle découvrit ce qui allait devenir sa passion: `Je devais avoir huit ans et avec les autres enfants de mon âge, nous nous précipitions sur le court dès que nos parents avaient terminé leur partie.´ Ces balbutiements avaient pour cadre le club aujourd'hui disparu de la Lorraine à Uccle. `A cette époque, on ne pouvait pas disputer de tournoi avant l'âge de 14 ans, j'ai donc patienté...´

Très vite, le style de la jeune Christiane éveilla l'attention du secrétaire du Racing: `Venez chez nous, vous aurez des cours, m'avait-il dit. En fait, sur une année, j'ai dû avoir six séances, pas davantage.´ En catégories de jeunes, Christiane Mercelis étala tout son talent. `J'ai remporté la Coupe de Borman en 1947 et 1948 et, l'année suivante, j'ai gagné Wimbledon chez les juniores, face à Miss Partridge qui devint Mme Philippe Chatrier par la suite...´ Avant de s'imposer à Londres, Christiane Mercelis n'avait jamais évolué sur le gazon: `J'avais dû jouer une demi-heure avant mon premier tour... Disons que sur cette surface ultra-rapide, mon coup droit faisait la différence.´

En 1951, à l'âge de 19 ans, la Bruxelloise pure souche remporta le premier de ses treize titres de championne de Belgique en simple. C'est à cette époque que la Fédération l'incita à courir le circuit: `C'était bien beau de voyager mais je me rappelle que pour mon premier Roland Garros, la Fédération m'avait alloué un budget de 2000 anciens francs. Avec cela, il fallait payer le transport, le logement et les autres faux frais. Bref, cela pouvait aller si vous étiez éliminée au premier tour... Pour mes premiers pas à Paris, j'ai réussi à passer un tour, ce qui était déjà une belle performance.´

De coups d'éclat, les 18 années de carrière de Christiane Mercelis en seront jonchées avec trois huitièmes de finale à Wimbledon et deux à Roland Garros. `Disons que si le ranking WTA avait existé, je pense que mon classement mondial aurait pu flirter avec le top 15. En Europe, j'aurais été numéro un ou deux. Il faut dire qu'à cette époque, les Américaines et les Australiennes surclassaient un peu tout le monde. Je me rappelle d'avoir joué la jeune américaine Connoly au premier tour de Roland Garros. Je devais avoir pris cinq jeux et elle déclara pourtant qu'elle avait été surprise par la qualité de mon coup droit, un bel hommage.´

Beaucoup de plaisir

Pendant quinze années, Christiane Mercelis a couru le monde. Si cette vie de globe-trotter n'a pas contribué à garnir son compte en banque, elle fut néanmoins enrichissante:

`Parfois, je me dis que je suis née trop tôt mais d'un autre côté, je suis sûre que nous avions plus de plaisir à notre époque. En tournoi, on s'entraînait peu, on se retrouvait tous le soir pour dîner et prolonger la soirée... L'ambiance n'était en rien comparable à ce qui se passe sur le circuit maintenant. J'ai parfois l'impression que les filles actuelles se regardent en chiens de faïence. S'amusent-elles encore? Je ne le pense pas!´

Parallèlement à sa vie sur le circuit, Christiane Mercelis a toujours conservé son emploi de secrétaire dans une bonneterie: `J'avais un patron très large.´ A l'âge de 35 ans, elle décida - enfin - de poser ses valises. `J'ai alors commencé à dispenser des cours et je suis devenue entraîneur national pour les jeunes filles comme Monique Van Haver et Nicole Gurdal.´

Jusqu'à il y a cinq ans, on pouvait encore croiser Christiane Mercelis sur un court du Racing, son club de toujours: `Maintenant, je ne fais plus rien... J'ai eu un souci avec un tendon de la jambe. Le médecin m'a dit: `Vous devrez parfois laisser passer certaines balles.´ Dans ces conditions, j'ai préféré arrêter. J'ai assez joué dans ma vie, je ne regrette rien.´

© Les Sports 2002