Tennis

Steve Darcis&Co, non favoris en Allemagne, ont signé trois miracles.

On a attendu la dernière balle du match entre Steve Darcis et Alexander Zverev pour y croire vraiment : la Belgique s’est qualifiée pour les quarts de finale du groupe mondial de Coupe Davis en s’imposant en Allemagne. On avait dit qu’il faudrait trois miracles pour que cela arrive alors, même lorsque la Belgique menait 2-1 après les doubles, parce que Bemelmans et De Loore avaient été beaucoup plus unis sur le terrain que les frères de sang Zverev, on avait du mal à y croire. Darcis devait affronter Alexander Zverev puis, dans un cinquième match éventuellement décisif, Van Herck devait choisir entre Bemelmans et De Greef pour donner la réplique à Mischa Zverev ou Jan-Lennard Struff (Kohlschreiber était blessé).

La nervosité face à l’expérience

Mais, contrairement au football, le tennis n’est pas un sport où les Allemands gagnent à la fin. Parce qu’ils n’ont pas de Steve Darcis dans leur équipe, un joueur prêt à laisser sa vie pour ses couleurs. La consigne donnée à Darcis était "simple" : il devait garder son service et attendre que Zverev, sans doute beaucoup plus nerveux que lui parce que moins expérimenté, serve moins bien. Une attitude difficile à adopter, d’autant que le public allemand, venu en famille, s’était réveillé et soutenait cette fois beaucoup mieux son joueur que les deux autres joueurs. Le premier service de Zverev était flashé à 223km/h. Et tout au long du premier set, il allait passer 88 % de premières balles. Alors, quand Darcis était mené 6-2, 2-0, on s’attendait plutôt à une exécution. Mais lui, il continuait à croire qu’il était possible d’arrêter le panzer Zverev comme il avait arrêté Kohlschreiber deux jours plus tôt.

Et le troisième miracle s’est produit : au terme de 3h05 de match, Darcis s’est imposé 2-6, 6-4, 6-4, 7-6. Ruben Bemelmans pouvait monter relax sur le terrain et s’offrir, à son tour, le scalp de Misha Zverev (ATP 35). Un quatrième "miracle" dont on ne parle même pas.


Darcis a livré le match parfait

Steve Darcis a l’habitude d’être accueilli en héros aux conférences de presse d’après-match de Coupe Davis. Cette fois, contrairement à ce qui s’était passé après l’Argentine, il n’y a pas eu d’applaudissements mais les sourires en disaient long. Le Sprimontois a d’abord répondu aux questions des Allemands, qui voulaient savoir comment la Belgique avait fait pour franchir cet obstacle annoncé insurmontable. "La grosse différence, c’est que nous avions un team alors que l’Allemagne avait des individualités", a-t-il dit. Il a également été interrogé sur son revers slicé qui a fait si mal à Zverev. "Ah oui, les jeunes n’aiment pas jouer contre moi. Je suis de la vieille école mais comme ça marche, je ne vais pas changer", dit-il. "C’est vrai que l’expérience m’a beaucoup aidé. Alexander Zverev sera un jour top 5 mais il doit encore apprendre ce que c’est de jouer en Coupe Davis."

Contrairement à vendredi, où il avait battu Kohlschreiber, Darcis a livré un excellent match d’un point de vue technique. "Il servait bien mais j’ai réussi à lire son service et ça l’a ennuyé. Au 4e set, il a lancé sa balle différemment mais je suis resté solide : je me sentais bien du fond et je voyais que mon jeu l’ennuyait. Pourtant, il a livré un grand tie-break." Puis il y eut cette balle sur la ligne. Darcis s’est jeté au sol. Persuadé d’avoir gagné ? "Non, à vrai dire, je savais très bien qu’elle était bonne. Mais j’aurais tellement voulu qu’elle soit dehors. Après ça, il a fallu se reconcentrer, lui faire à nouveau plier les jambes." Steve Darcis n’a maintenant guère le temps de souffler. Dès ce lundi, il prend la direction de Sofia, où Baghdatis l’attend. "Ce n’est pas un cadeau mais j’espère que cette vie-là va encore durer quelques années", dit-il. "D’autant que la paternité m’a encore fait grandir."


André Stein: "C’est encore mieux qu’en 2015"

Dans l’attente de savoir si l’AFT devrait organiser le prochain rendez-vous ou non, André Stein, le président fédéral, savourait la qualification de Steve. Avant la rencontre, il avait prédit une victoire du Liégeois. "Mais jamais je ne pensais qu’elle serait acquise de cette manière", dit-il. "Je m’attendais à aller aux cinq sets." Oubliée la non-participation de David Goffin : la Belgique a prouvé qu’elle ne dépendait plus nécessairement d’un seul joueur. "Et face à une équipe au complet", fait remarquer judicieusement André Stein. "Nous ne sommes encore qu’en quarts de finale mais nous avons déjà fait mieux qu’en 2015 puisque, même si nous étions allés en finale cette année-là, nous avions éliminé des équipes qui, chaque fois, étaient privées de leur meilleur joueur. Ici, c’est nous qui devions faire sans David mais cela ne nous a pas empêchés d’éliminer une équipe allemande au grand complet, avec deux joueurs du top 30 en simples."


Van Herck: "J’ai eu David Goffin tous les jours au téléphone"

Johan Van Herck avait dit qu’après le tirage au sort, on ne parlait plus de David Goffin. Mais tout au long du week-end, l’ombre du numéro un belge a plané sur Francfort. Plus la Belgique se rapprochait de l’exploit, plus on se disait que la présence de Goffin aurait peut-être pu faciliter les choses. "Je ne sais pas si cela aurait changé quelque chose", dit Van Herck, qui confiait avoir eu Goffin chaque jour au téléphone. Et à la fin du week-end, celui-ci a tout de même manifesté sa joie sur Twitter : "Bravo les gars, super content pour vous ! Vous avez été incroyables." "Nous avons respecté le choix de David car nous savons que la vie sur le circuit n’est pas facile", dit Steve Darcis. "Maintenant, je suis sûr qu’au fond de lui, il regrette de ne pas être avec nous, avec ce groupe formidable que nous formons : les joueurs, le capitaine, le staff et le public." Goffin sera-t-il là début avril ? La question reste ouverte. "Jusqu’à la dernière balle du match de Steve, je n’ai pas pensé au tour suivant", dit Van Herck. "On verra déjà contre qui nous jouons. Nous espérons tous que ce sera l’Italie à domicile, bien entendu, ça résoudrait déjà pas mal de problèmes."