Federer entre dans la légende à plus d'un titre

Aurélie Herman Publié le - Mis à jour le

Tennis

Roger Federer ? Usé, fini. Tout juste bon à grignoter les accessits laissés bon gré, mal gré par Novak Djokovic et Rafael Nadal. A Wimbledon, les impressions d'un vieux lion en fin de règne se confirmaient. Une 3e tour calamiteux face à Julien Benneteau, un dos récalcitrant, personne n'aurait misé un pound sur le champion suisse. D'autant plus qu'en demi-finale, le maestro devait affronter un as venu de Serbie: Djokovic. La victoire et le niveau de jeu développé par Federer lors de ce match rendaient un peu d'espoir à ses fans. Ces fans qui espéraient revoir leur champion au centre de l'arène, coupe à la main et dossard de n°1 mondial dans le dos.

Pour revivre une situation inédite depuis près de 2 ans, il fallait battre Andy Murray. Écossais quand il perd, Britannique quand il gagne, le natif de Dunblane portait les espoirs de toute une nation. 76 ans après Fred Perry, le Royaume-Uni pouvait rêver de voir un joueur issu du sérail brandir le trophée. Le jeune homme de 25 ans rêvait quant à lui de remporter un premier titre du Grand Chelem après 3 échecs en finale.

Historique à plus d'un titre, cette rencontre démarre sur les chapeaux de roues pour Murray. Très en jambes, le poulain d'Ivan Lendl, balance la sauce tant en revers qu'au service. Rapidement breaké, Federer sait que ce match ne va pas être une partie de plaisir. A 4-3 pourtant, le Suisse a plusieurs fois l'occasion de prendre le service de son adversaire. Mais celui-ci se rue au filet et sauve parfaitement sa peau. Terminé le Andy Murray timide et renfrogné lors des grands rendez-vous. Place à l'attaque et à l'audace. Ça paye. A 4 partout, Murray fait le break et confirme pour empocher le premier set 6-4 en un peu moins d'une heure. Federer, coupable de 16 fautes directes, est déjà dos au mur.

Federer plus fort que la pluie

Échaudé, le champion venu de Bâle remet les pendules à l'heure dès le début de la 2e manche. Nettement plus en verve sur son service, il domine Murray dans l'échange en distribuant parfaitement le jeu grâce à son coup droit. Aucun des deux joueurs ne cède cependant sa mise en jeu. Impressionnant au service, Murray démontre qu'il est toujours bien dans le coup. Mais à 6-5 en faveur de Federer, ses patates à plus de 200 km/h ne peuvent rien contre le génie suisse. Étincelant, Roger sort deux volées amorties d'une finesse inégalée et revient à 1 set partout.

Murray accuse le coup. Physiquement, on sent que les matches précédents ont fait perdre pas mal de jus à l’Écossais. A 1-1, coup de théâtre, le match est interrompu par la pluie. Une demi-heure pendant laquelle Murray peut se reconcentrer et espérer voir la belle mécanique suisse (forcément !) se dérégler. Mais le train Fed Express continue de rouler à toute allure. Certes, Murray tient sa mise en jeu. Mais il semble de plus en plus dans les cordes. A 3-2, service Murray, c'est l'un des tournants du match. Dans ce jeu long de 20 minutes (!), Roger s'octroie pas moins de 5 balles de break, toutes sauvées par son adversaire. Sur la 6e, Federer touche enfin au but: il breake et confirme pour mener 5-2. Andy a beau remporter son jeu de service, cela n'empêche pas le n°3 mondial de gagner le set 6-3 et de mener 2 manches à 1 au bout de 2h40 de combat.

Le retour du roi

Dans le 4e set, Federer ne faiblit pas. D'un calme olympien, il fait parler toute son expérience. Après 23 finales en Grand Chelem jouées, ce n'est pas dans la 24e qu'il va craquer ! Le Bâlois est bien aidé par un Murray qui ne passe plus que 45% de premières balles (contre 70 pour Roger). Breaké à 2-2, le Britannique s'accroche, refuse de rendre les armes malgré l'imminence de la défaite. Mais à 5-4, service Federer, c'en est trop. Trop de pression, trop de revers magiques, trop de coups droits dévastateurs, trop de présence au filet. Trop de Federer. Sur une ultime balle dans le couloir de Murray, le King du tennis peut s'effondrer sur le court. Il vient de réussir l'ahurissant pari de redevenir le maître de sa discipline.

Une défaite terrible pour Andy Murray, dont les larmes font chavirer le Centre Court. Très ému lors de la remise des trophées, il sort de ce Wimbledon la tête haute mais toujours avec cette étiquette de "loser magnifique" qui lui colle aux basques depuis sa première finale perdue en 2008. Qu'il se rassure, son mentor Ivan Lendl a eu besoin de 6 finales pour enfin remporter son premier titre majeur. Le Britannique ne réalisera pas le rêve de 60 millions de ses compatriotes. Pas cette année, du moins.

Reste cet incroyable come-back pour Federer, un joueur plus titré dans un Grand Chelem depuis l'Open d'Australie 2010. C'était il y a 2 ans et demi. Une éternité ! Grâce à ce 7e succès au All England Club, Federer se remet à affoler les compteurs. Il égale le record de victoires acquises à Londres, jusque-là co-détenu par Pete Sampras et William Renshaw. Il faudra désormais ajouter un 3e larron.

Le Suisse sera bel et bien seul en tête du classement des joueurs ayant passé le plus grand nombre de semaines en tête de la hiérarchie mondiale. Bloqué à 285 semaines seulement depuis 2010, Roger ne pouvait pas rester à une toute petite semaine du record de Sampras. Presque une infamie pour un champion de cette trempe. Grâce à ce 17e triomphe en Grand Chelem, Roger Federer bat l'Américain et repousse encore un peu plus loin les limites de sa propre légende. Une légende écrite en lettres d'or qui n'est pas prête de s’arrêter.

Publicité clickBoxBanner