Tennis

ENTRETIEN

ENVOYÉ SPÉCIAL À MELBOURNE

Justine Henin, que représente pour vous ce fabuleux parcours à l'Australian Open?

Enormément de choses. Je pense qu'il s'agit du tournoi dont j'ai le plus profité et où j'ai sans doute réalisé la performance la plus significative après une si longue période d'arrêt. J'y ai trouvé une sérénité qui m'a permis de très bien sentir ce qui se passait sur le court. J'ai également fait preuve de beaucoup de rigueur, au niveau de mon hygiène de vie. Je suis très heureuse de ce que j'ai atteint ici.

Vous avez dit, à plusieurs reprises, que vous étiez la première surprise de la rapidité de votre retour au plus haut niveau. A quoi l'attribuez-vous?

J'ai pris le temps de me reconstruire ces derniers mois. J'ai vraiment bien fait d'arrêter ma saison après ma défaite à Filderstadt. J'avais vécu des moments très durs à l'US Open et j'étais dans le trou, car jouer en ayant mal n'est pas ce qu'il y a de plus réjouissant. Cela m'a fait du bien d'être un peu à la maison et de changer d'environnement au niveau de ma préparation physique. J'ai retrouvé la fraîcheur et la confiance et lorsque ma blessure aux ischio-jambiers a disparu, ce fut comme une libération.

Pensez-vous que vous pourriez être un exemple pour les autres sur ce plan-là?

C'est difficile à dire. Ce qui est certain, c'est que moi j'ai compris que je devais le faire lorsque j'ai constaté que je ne bougeais plus correctement à l'entraînement. C'était n'importe quoi, ce que je faisais, et il valait mieux que j'arrête un petit temps. Je n'avais que 23 ans, mais je me sentais pourtant déjà vieille. J'ai pris le temps de faire le point et de réaliser que j'étais au summum de ma carrière. J'ai eu le courage de dire stop et cela m'a permis de mieux me relancer.

Lorsque l'on s'arrête, pense-t-on à l'argent qui ne rentre pas?

J'avoue que cela m'a traversé l'esprit, mais ce n'était pas l'élément principal. Le plus dur se trouvait dans la frustration que je ressentais sur le court en n'étant plus en mesure de faire des choses dont j'étais capable. Je déteste faire les choses à moitié.

Qu'est-ce qui a changé par rapport à votre victoire, ici, il y a deux ans?

Je pense que j'ai acquis beaucoup plus d'expérience. Après toutes les blessures, les maladies, tout ce que j'ai dû traverser ces derniers temps, je savoure véritablement mon tennis. C'est probablement la plus grosse différence. J'ai réalisé la chance que j'avais d'être en bonne santé et de pouvoir rejouer au tennis sans la moindre gêne. Et j'apprécie d'autant plus de pouvoir me produire dans ce genre d'atmosphère, sur un grand court, devant un public en liesse.

Qu'avez-vous appris sur vous-même durant cette quinzaine?

J'ai appris à prendre plus d'indépendance et à me responsabiliser. Je me suis prise en charge et j'ai eu un peu moins besoin de Carlos. Je retire des tas de choses positives de ce tournoi. Je me savais capable de revenir, car je l'avais prouvé par le passé, mais je n'imaginais pas que j'allais me sentir si bien physiquement. Je n'ai jamais eu de courbatures, je ne me suis jamais levée avec le sentiment d'être cassée. Je pense que je ne me suis plus sentie aussi bien depuis deux ans. Et quand on se sent bien physiquement, on se sent très fort mentalement. J'espère que c'est parti pour durer. J'ai toujours envie de marquer l'histoire du tennis.

Justement, qu'est-ce que cela dit pour la suite de votre saison?

J'ai franchi une étape. C'est encourageant, mais ce n'est pas une fin en soi. La saison est longue et j'espère que je resterai en bonne santé et que je pourrai disputer tous les tournois que je souhaite. On ne juge pas sur trois semaines ou un mois. Ce n'est qu'à la fin de l'année que l'on pourra tirer des conclusions.

© Les Sports 2006