Le fabuleux défi du tennis marocain

LAURENT GÉRARD Publié le - Mis à jour le

Tennis

Cela fait maintenant onze ans que Karim Alami, 28 ans, fait partie de l'équipe nationale marocaine de tennis. «Depuis 1991, j'ai eu l'occasion de jouer souvent pour mon pays, explique le joueur originaire de Casablanca. Que ce soit aux JO ou en Coupe Davis, c'est toujours quelque chose de très particulier. On joue pour une équipe, pour ses couleurs.»

C'est pourquoi, quand les Marocains se sont qualifiés enfin pour la première fois pour le groupe mondial de la Coupe Davis l'année dernière, ils se sont dit qu'ils allaient saisir leur chance.

«Avant, on jouait toujours contre des pays mineurs au niveau du tennis. Aller au Togo ou en Lettonie, ce n'était pas très passionnant. Mais ces dernières années, nous avons eu l'occasion de jouer contre la France de Pioline ou contre la Roumanie: il y avait plus de piquant.»

Malheureusement pour eux, les Marocains n'ont pas eu de chance au tirage au sort cette année. Au premier tour, ils ont dû se déplacer au Brésil, où les attendaient Gustavo Kuerten et Fernando Meligeni. Les Marocains se sont inclinés, non sans avoir vendu chèrement leur peau.

Face à la Belgique ce week-end, ils feront tout pour se maintenir parmi l'élite mondiale. Et pour cela, ils sont prêts à oublier, même provisoirement, toutes les tensions qui ont pu exister auparavant entre les joueurs, la fédération et le capitaine.

«Je suis là, les joueurs sont là, il n'y a aucun problème», confirme le capitaine Amine Ghissassi. Un refrain repris en choeur par Hicham Arazi et Karim Alami, pendant que Younes El Ayanaoui frappait encore la balle, lui qui était arrivé en retard à Liège, en raison de son long parcours au tournoi de Bucarest.

«Nous voudrions être la première nation africaine à se hisser parmi les quelques meilleurs équipes mondiales, poursuit Karim Alami. Et nous avons actuellement des chances d'y parvenir. Je ne sais pas si c'est de la chance ou une coïncidence, mais nous avons actuellement trois joueurs (Younes, Hicham et moi) qui ont fait partie du Top 30 mondial. Nous avons aussi beaucoup de talent derrière nous, comme notre quatrième joueur, Mehdi Tahiri. Les jeunes Marocains nous ont vus s'entraîner sur les mêmes courts qu'eux puis, ils nous ont vus jouer à la télévision. Ils se disent donc qu'ils peuvent aussi réussir, ils prennent confiance en eux, tout comme leurs parents qui les soutiennent ou les sponsors qui commencent, tout doucement, à investir dans le tennis.»

C'est bien là que le bât blesse au Maroc, où il n'y a pas assez où l'on manque cruellement de moyens.

«Au niveau des tout jeunes, ça va, explique Amine Ghissassi, qui cumule les fonctions de capitaine et de directeur technique national. Nous disposons de beaucoup de terrains en terre battue pour les faire jouer, nous avons lancé le plan «Tennis 2000», qui vise à permettre aux enfants des écoles primaires de jouer une fois par semaine au tennis,... Nous avons d'ailleurs un joueur classé 8e mondial chez les moins de 14 ans. Mais une fois qu'ils arrivent à un certain niveau, ils ont besoin de beaucoup plus de soutien, notamment financier, pour leur permettre de voyager. Ce que nous ne pouvons leur offrir. Cela entraîne un exode de nos meilleurs coachs et joueurs: Younes à Bruxelles, Hicham à Paris,... Mais ce phénomène est tout à fait normal, étant donné que nous ne disposons pas des infrastructures adéquates - nous n'avons même pas de Centre national de formation. Chez nous, 98 pc des courts sont en terre battue: pour jouer sur dur, il faut aller en France, en Espagne,...»

Néanmoins, le tennis marocain ne cesse de s'améliorer et d'attirer les yeux sur lui. Pour preuve, le fait que, comme au Brésil, la télévision marocaine retransmettra en direct les cinq matches de ce week-end. En espérant créer de nouvelles vocations et, surtout, convaincre les investisseurs des bienfaits du tennis, eux qui jusqu'ici étaient plus intéressés par les performances athlétiques ou footballistiques.

© La Libre Belgique 2001

LAURENT GÉRARD

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