Tennis

En même temps qu'il est désormais accessible au plus grand nombre, le tennis a connu un engouement par le biais des performances de nos champions en général, de Justine Henin et de Kim Clijsters en particulier. Les écoles de jeunes sont envahies par des hordes de tennis (wo) men en herbe et la saison d'été attire de nouveaux membres, parfois venus d'autres sports (foot, tennis de table,...) et qui voient l'opportunité de maintenir une activité sportive en été.

Pour faire face à ce flux, les clubs s'adaptent (création ou augmentation des couverts, diversification des activités, élargissement du planning...) et se professionnalisent. Le stade du bénévolat, bien que toujours nécessaire, n'est plus suffisant et l'informatique est en train d'investir progressivement les club houses.

La convivialité d'antan serait-elle en péril? Il y a quelques jours, Bernard Mignot nous confiait que le tennis n'était plus assez social et qu'entre les cours, la compétition et les réservations, tout était codifié, planifié... Finalement, que les membres d'un club n'avaient tout simplement plus l'occasion de se connaître vu la rigidité des créneaux horaires.

Bien entendu, cette rigidité dépend de plusieurs critères et en particulier de l'importance du club et, parfois, de sa situation. Ainsi, Bruxelles et sa périphérie ont toujours une longueur d'avance sur la province...

Le membre disparaît

A Uccle Sport, on étudie de pied ferme un mode de réservation par internet: `Cela devrait être une réalité dès la prochaine saison d'été, commente le président Jean D'Havé. D'un point de vue administratif, ce sera moins lourd et, d'autre part, nous aurons un meilleur contrôle de l'occupation des terrains. Nous pourrons ainsi maîtriser une certaine forme de tennis sauvage qui prolifère sur Bruxelles. Et puis, ceux qui veulent réserver une heure de tennis pourront le faire 24 heures sur 24...´ A Uccle, on est conscient d'une certaine mutation: `Dans un club, il y a de moins en moins de membres mais de plus en plus de clients... Je sous-entends par là que le membre pur et dur, qui pouvait de temps en temps s'investir pour le club, est une espèce en voie de disparition. De plus en plus, les joueurs veulent savoir que d'une telle heure à une autre, ils auront tel terrain. Je vais même plus loin, j'ai l'impression que le tennis d'été est sur le point d'être supplanté par le tennis d'hiver. Le tennis-loisir n'est plus porteur au niveau commercial sauf dans des clubs qui proposent une diversification des activités comme c'est le cas à Sport Village où les membres peuvent combiner squash, piscine, fitness... Un peu comme au Club Med'. Pour moi, le phénomène Henin/Clijsters ne se répercute pas au niveau des membres mais bien dans la fréquentation de l'école de tennis.´

Pas de réservation!

Au RTC Jemappien (350 membres, 11 terrains extérieurs), dans la province de Hainaut, le système des réservations n'est pas en vigueur, alors, internet... Un seul leitmotiv, la convivialité: `S'il y a un terrain libre, les joueurs en prennent possession, si ce n'est pas le cas, on s'informe sur ceux qui jouent depuis le plus longtemps et les nouveaux arrivants déposent leur sac devant le terrain et les joueurs ont encore un quart d'heure pour terminer leur partie...´, explique Michel Simon, le secrétaire du club de la région montoise. Un système assez original qui n'a jamais suscité la moindre polémique: `Nous pratiquons de la sorte depuis la nuit des temps et il n'y a jamais eu le moindre problème. Quand il n'y a personne, on peut jouer trois heures si on veut et quand il y a affluence, on réduit son temps de jeu où, mieux encore, on accepte de faire des doubles. Ainsi, des membres qui ne se connaissent pas peuvent tisser des liens.´

Un signe des temps...

Au RTC Binchois (280 membres), le système des réservations est en vigueur même si la volonté du Conseil d'Administration fut un instant de revenir en arrière: `Nous avons tenté d'instaurer le vendredi soir sans réservation, indiquait Yvan Deprez, secrétaire. La formule n'a pas fonctionné, les membres ne venaient pas. Pourquoi? Je dirais que c'est un signe des temps. Les gens veulent en faire plus en un minimum de temps et ils planifient tout. La téléphonie s'est améliorée et concourt à se tourner vers un système de réservation. Ils savent que de telle heure à telle heure, ils joueront au tennis et qu'après, ils auront encore le temps de voir un match de foot à la télévision ou d'aller au resto avec madame...´

Un tennis à deux vitesses

Pour Olivier Buchet, responsable informatique du BATD, la réservation par internet répond à une demande: `C'est loin d'être gratuit et cela contribue encore à déshumaniser le tennis. Ce n'est pas un bien au niveau social mais c'est par contre optimal en ce qui concerne le remplissage des terrains. C'est une évolution de la société et lutter contre ne sert à rien... Comme il ne servait à rien, il y a vingt ans, de s'opposer à la démocratisation du tennis.´ Pour celui qui est tombé dans la marmite du tennis quand il était tout petit, le paysage bruxellois tend à se scinder en deux catégories: `Il n'y a plus beaucoup de place pour les clubs intermédiaires. Sur Bruxelles et la périphérie, la concurrence est telle qu'il faut être très grand ou très petit pour bien vivre... C'est-à-dire, soit posséder une structure familiale où le membre a son sac dans le coffre de la voiture et va boire un verre et éventuellement jouer ou un club comme le Primerose, assez impersonnel, où des groupes de personnes jouent selon des horaires et des terrains bien définis sans se marcher sur les pieds.´ En province, on n'en est pas encore là: `La lutte n'est pas aussi féroce, notamment au niveau des écoles de tennis et dans le nord du pays, il existe encore de grands clubs familiaux.´

Comme au cinéma

L'enjeu du tennis actuel n'est-il pas celui qui anima le paysage cinématographique il y a une quinzaine d'années où la création de grands complexe relança l'attrait pour le 7e art mais contribua à la disparition de moult salles? Aujourd'hui ne subsistent plus que les grands complexes qui diffusent une programmation commerciale et les petits cinémas de quartiers réservés aux initiés (films en VO, ciné-club,...) ou aux nostalgiques d'une certaine époque. Le tennis n'est pas encore arrivé à ces extrémités (surtout en province) mais la professionnalisation de certains clubs et, par corollaire, leur souci de rentabilité, met à mal une certaine convivialité.

© Les Sports 2002